Chaume d’Islandais

Me am eus clewet er Porz-Gwenn

Canan clemmuz eur ganaouenn[11].

[11] J’ai entendu, à Port-Blanc, Chanter plaintive une chanson.

Fille d’Islandais, ô ma femme,

L’entends-tu qui geint au dehors,

L’entends-tu qui geint et qui brame,

La mer sans cœur, la mer sans âme,

Pour qui tant des nôtres sont morts?

En ce logis du bord des grèves,

Sous ce chaume, dans ce lit clos,

Nous refaisons les anciens rêves

Qu’en leurs haltes, leurs haltes brèves

Y songèrent des matelots.

Autour de la grise chaumine

Leur pas sonne comme autrefois,

Par les sentiers leur pas chemine,

Et la mer lasse, qui rumine,

Laisse vers nous monter leurs voix.

Femme, pendant que tu reposes

Au lit de leurs vieilles amours,

N’entends-tu pas leurs lèvres closes

Nous crier les suprêmes choses

Qu’ils n’ont pu dire qu’aux flots sourds.

J’ai souvenance de leurs lettres.

Mon père autrefois me les lut.

On eût dit des sermons de prêtres,

Rédigés par des quartiers-maîtres...

Pour signature, au bas, «Salut!»

Ce salut envoyé du Pôle,

Une bouteille l’apportait.

Mon père, doux maître d’école,

Traduisait la triste épistole

Aux veuves... Et la mer chantait!

La chanson de la Bretagne · 第 85 / 95 题