Cimetière intime

A M. Pierre Loti.

J’entends des portes se fermer,

Lugubres, sur des gens qui sortent...

Ils se sont lassés de m’aimer;

Les vents passent et les emportent.

Voici que je vais rester seul!

Je serai comme un cimetière

Où, de-ci de-là, sur la pierre,

Claquera le pan d’un linceul.

Sur les têtes inanimées

De mes mortes et de mes morts

Pleureront en vain mes remords

De les avoir trop mal aimées.

Plus tard, hélas! désert, vieilli,

Abandonné de mes morts mêmes,

Je n’aurai pour amis suprêmes

Que les maigres lichens d’oubli.

Je vis pourtant, et ma tristesse,

Quand je me suis couché le soir,

Prie au chevet de mon lit noir,

Comme une pâle et grave hôtesse.

La chanson de la Bretagne · 第 75 / 95 题