Les conteuses

Les conteuses, par les sentiers, sous les nuits noires,

Descendent vers les bourgs, leurs fuseaux dans les doigts.

Là sont les âtres clairs, et le cidre, et les noix,

Et le peuple attentif des écouteurs d’histoires.

Elles disent: Salut!... Et, lointaines, leurs voix

Semblent sortir du seuil plaintif des purgatoires.

Le souffle du passé gémit dans leurs mémoires

Comme les vents d’automne au cœur dolent des bois.

Vieilles aux yeux fanés, pèlerines du rêve,

Vous m’avez par la main conduit vers l’«autre grève»;

Le navire enchanté nous a pris à son bord.

J’ai refait avec vous vos sombres traversées,

Et vu se coucher, pâle, au fond de mes pensées,

L’astre apaisant et pur des pays de la mort.

La chanson de la Bretagne · 第 69 / 95 题