Extrait d’un vieux livre

En marge d’un vieux paroissien,

J’ai lu ce sône très ancien:

--Ma fille, avez-vous peine amère,

Peine de cœur, peine d’esprit?

Votre lèvre plus ne sourit.

--Plus je ne pleurerai, ma mère!

Mère, coupez mes cheveux blonds;

Ils sont trop lourds, ils sont trop longs.

En vérité, j’ai peine amère,

Peine d’esprit, peine de cœur.

C’est d’avoir cru dans un moqueur...

Coupez mes cheveux blonds, ma mère.

Coupez mes longs cheveux dorés,

Puis, d’un ruban vous les nouerez.

Nouez-les d’un ruban de moire

A ma quenouille de roseau;

Et filez-en tout un fuseau

Pour les âmes du purgatoire.

Mais les plus soyeux, les plus doux,

Ne les donnez qu’à Jean le Roux.

Il en est d’aussi clairs que l’ambre;

Vous les irez porter, le soir,

Le soir des morts dans le mois noir,

A Jean le Roux, de Plouzélambre.

Et, s’il s’étonne, dites-lui

Que c’est du lin exprès roui.

Du lin exprès filé, pour être

Le signet du livre latin

Qu’il relira soir et matin,

Quand il sera devenu prêtre:

Ainsi, plus tard, mes cheveux d’or

En ses doigts frémiront encor.

Ce sera comme une caresse

Qui jusqu’à ma tombe viendra.

Mon âme se rappellera

Le temps où je fus sa maîtresse.

La fille est morte, ce disant.

Aimez qui vous aime, passant!

Si quelqu’un feuillette ce livre,

Que celui-là plaigne en son cœur,

Non la morte, mais le moqueur

Qui tant pleura de lui survivre.

Il n’est pire mal à souffrir

Qu’aimer l’amour qu’on fit mourir.

La chanson de la Bretagne · 第 65 / 95 题