III

Doucement, doucement bercées

Par le chant si câlin des flots,

Les épouses, les fiancées

Dorment au fond des grands lits clos.

Chacune d’elles, mère, femme,

Fille vierge en désir d’amour,

A bien prié sa Notre-Dame

D’Espérance et de Bon-Retour.

Et toutes elles font ce rêve

D’un pas lointain, d’un pas connu,

Qui par l’étroit sentier de grève

Jusqu’à leurs portes est venu.

Les clefs tournent dans les serrures.

--«Voici venir qui j’attendais!...»

Des hommes aux larges carrures

Entrent... Ce sont les Islandais!

A des visages noirs de hâle

Pendent des barbes de glaçons.

On entend la flamme qui râle

Sur le cadavre des tisons.

Les Bretonnes ensommeillées

Étreignent les gars à plein corps!

Dieu! qu’ils ont les lèvres mouillées!

Sont-ils vivants?... S’ils étaient morts!...

La chanson de la Bretagne · 第 63 / 95 题