III

Maï, la servante d’auberge,

Te ressemblait comme une sœur.

Elle avait tes yeux fins de vierge,

Ta beauté sobre, ta douceur.

Une senteur fraîche et subtile

De son cou jeune s’exhalait.

Et c’était ce parfum d’idylle

Qu’ont en Kerné les «fleurs de lait».

Comme au soleil naissant se lève

Le brouillard qu’a tissé la nuit,

Ainsi la brume de mon rêve

A son regard s’évanouit.

Plus de chambre morne, oppressée

Par on ne sait quelle stupeur!

Plus d’ombre grise balancée

Au vent suggestif de la peur!

Non! Des perspectives lointaines,

Un ciel voilé, mais transparent;

Et dans la clarté des fontaines

Un pays grave se mirant;

Une atmosphère impondérable

De paradis élyséen,

Et l’oraison d’un misérable

Mêlée à l’aboiement d’un chien...

Des vieilles aux rides sévères

Vont pieds nus accomplir un vœu...

Pays hérissé de calvaires,

Par une race ivre de Dieu!...

Dans les sonores étendues

Vibrent des cloches et des chants;

Et des fermes inattendues

Se lèvent du milieu des champs;

Des murs bas coiffés de vieux chaume,

Telle une ruche en un courtil.

Tout à l’entour, la terre embaume

L’odeur de miel, l’odeur d’avril.

C’est ici le printemps Celtique

Où l’âme des eaux et des bois

S’épanouit en fleur mystique

A l’arbre même de la Croix.

Ici, dans sa grâce première.

Entre les talus éblouis,

On voit cheminer la lumière

Comme l’ange blond du pays.

Ici, dans les demeures closes,

Habitent les songes heureux,

Et, sur la molle paix des choses,

Flotte encor l’âme de Brizeux.

La chanson de la Bretagne · 第 26 / 95 题