’N hano ann Tad, ar Mab hac ar Spered-Zantel,
Homan’zo’r ganaouenn zavet en Breiz-Izel!
Zavet gant eur paour-kèz, en Ar-goat, en Ar-vor;
Kanet anez-hi, pewienn, hac ho pezo digor[1]!
[1] Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Celle-ci est une
chanson _levée_ en Basse-Bretagne, _Levée_ par un humble, au pays
des Bois, au pays de la Mer; Chantez-la, mendiants, et les portes
s’ouvriront devant vous.
I
J’ai laissé l’âme bretonne
Chanter en moi son doux chant;
Il est vieux et monotone,
Il n’en est que plus touchant.
C’est la chanson de nourrice
Dont enfant je fus bercé;
Humblement consolatrice,
Elle enchanta mon passé.
Si je pouvais la redire
Aussi bien que je la sais,
On l’entendrait, sans sourire,
Même au grand pays français.
Les pasteurs dans la montagne,
Les fileuses dans l’_armor_,
Sont presque seuls en Bretagne
A la fredonner encor.
Elle est douce sur les lèvres
Des fileuses de lin clair,
Ou quand les gardeurs de chèvres
Sur les monts en sifflent l’air.
Mais que vaudra-t-il, ce psaume
Du vieux peuple primitif,
Sans la hutte au toit de chaume,
Sans la mer au cœur plaintif?
Hélas! j’ai peur qu’on en rie,
Et j’en serais désolé!
C’est le chant de la patrie
Chanté par un exilé.