LES RÉVOLUTIONS.

Assurément on ne pouvait rien imaginer de plus solidement constitué que

cette famille des anciens âges qui contenait en elle ses dieux, son culte,

son prêtre, son magistrat. Rien de plus fort que cette cité qui avait

aussi en elle-même sa religion, ses dieux protecteurs, son sacerdoce

indépendant, qui commandait à l'âme autant qu'au corps de l'homme, et qui,

infiniment plus puissante que l'État d'aujourd'hui, réunissait en elle la

double autorité que nous voyons partagée de nos jours entre l'État et

l'Église. Si une société a été constituée pour durer, c'était bien celle-

là. Elle a eu pourtant, comme tout ce qui est humain, sa série de

révolutions.

Nous ne pouvons pas dire d'une manière générale à quelle époque ces

révolutions ont commencé. On conçoit, en effet, que cette époque n'ait pas

été la même pour les différentes cités de la Grèce et de l'Italie. Ce qui

est certain, c'est que, dès le septième siècle avant notre ère, cette

organisation sociale était discutée et attaquée presque partout. A partir

de ce temps-là, elle ne se soutint plus qu'avec peine et par un mélange

plus ou moins habile de résistance et de concessions. Elle se débattit

ainsi plusieurs siècles, au milieu de luttes perpétuelles, et enfin elle

disparut.

Les causes qui l'ont fait périr peuvent se réduire à deux. L'une est le

changement qui s'est opéré à la longue dans les idées par suite du

développement naturel de l'esprit humain, et qui, en effaçant les antiques

croyances, a fait crouler en même temps l'édifice social que ces croyances

avaient élevé et pouvaient seules soutenir. L'autre est l'existence d'une

classe d'hommes qui se trouvait placée en dehors de cette organisation de

la cité, qui en souffrait, qui avait intérêt à la détruire et qui lui fit

la guerre sans relâche.

Lors donc que les croyances sur lesquelles ce régime social était fondé se

sont affaiblies, et que les intérêts de la majorité des hommes ont été en

désaccord avec ce régime, il a dû tomber. Aucune cité n'a échappé à cette

loi de transformation, pas plus Sparte qu'Athènes, pas plus Rome que la

Grèce. De même que nous avons vu que les hommes de la Grèce et ceux de

l'Italie avaient eu à l'origine les mêmes croyances, et que la même série

d'institutions s'était déployée chez eux, nous allons voir maintenant que

toutes ces cités ont passé par les mêmes révolutions.

Il faut étudier pourquoi et comment les hommes se sont éloignés par degrés

de cette antique organisation, non pas pour déchoir, mais pour s'avancer,

au contraire, vers une forme sociale plus large et meilleure. Car sous une

apparence de désordre et quelquefois de décadence, chacun de leurs

changements les approchait d'un but qu'ils ne connaissaient pas.

La Cité Antique Étude sur Le Culte, Le Droit, Les Institutions de la Grèce et de Rome · 第 99 / 170 题