DICKENS.

Parmi les désastres imprévus qui consternent la terre, il n’est point de

plus sombre ni de plus surprenant prodige que la mort d’un être jeune

et, si fréquemment qu’il se reproduise, l’imagination ne le peut

concevoir, le tient pour impossible. Debout, Laurence considérait avec

une attention extrême le court billet qu’elle venait de lire. Elle

n’éprouvait aucune émotion, nulle peine. Son visage ne s’était point

altéré, son cœur ne battait pas plus vite, et, par moments, elle

secouait la tête comme quelqu’un qui nie. D’abord, son instinct seul

refusa de croire à la tragique nouvelle. Puis sa raison la réfuta par

des arguments victorieux. La lettre de Cyril, reçue une heure plus tôt,

restait ouverte sur la table, protestait comme une voix humaine. Sans

doute, elle datait de quatre jours et les obus tombaient à toute minute.

Mais n’aurait-il pas fallu à la mort, si prompte qu’elle soit, un long

temps, des efforts répétés pour glacer cette vie brûlante, pour détruire

ce cœur de poète, vaste comme le monde? D’ailleurs, comment admettre que

le malheur ait pu frapper Cyril sans atteindre Laurence, ni retentir, si

faiblement que ce fût, dans son âme? Cette hypothèse lui arracha un

sourire de défi. Tel est l’égarement de l’amour. On le croit sage et

inspiré, on l’appelle divinateur. A la vérité, il ressemble à un enfant

malade qui toujours délire, se trompe et ne sait rien. Grand par son

seul désir, mais aveugle, borné, impuissant, effrayé par une ombre, ravi

par la plus vague illusion, il tremble quand rien ne le menace et

follement espère quand il est condamné.

«Cyril tué.» Ces deux mots, cependant, quelqu’un avait pu les unir,

convaincre Mme de Clet de leur réalité, la contraindre à les répéter.

Laurence eut beau froisser le mince papier où ils étaient gravés comme

une sentence inexorable, ils continuèrent d’exister, retentissant à ses

oreilles comme le tintement grêle d’une cloche lointaine. Elle s’habilla

en toute hâte et sortit de chez elle. Pour aller plus vite, elle appela

un taxi et donna au chauffeur l’adresse de Mme de Clet. Assise dans la

voiture qui roulait à travers les rues tranquilles, elle réfléchissait.

Ses yeux ne voyaient que des choses riantes: la jeune verdure des

arbres, l’azur transpercé de part en part par les flèches du soleil.

C’était un bel après-midi de septembre, lumineux et pâle, dont l’aspect,

invinciblement, la rassurait. Elle savait pourtant qu’à cette heure des

combats meurtriers se livraient sous ce ciel sans altérer sa sérénité

calme. Pourquoi croyait-elle que la nature, féroce pour tous, était

cependant incapable de la tromper? Pourquoi pensait-elle que la même

lumière qui éclaire impassiblement tant de désastres, aurait refusé de

luire sur sa seule douleur? «Cyril tué!... non, c’est faux,

répétait-elle avec confiance, la preuve en est dans ta beauté, ô noble

jour! Si tu souris si doucement, c’est parce qu’il lève encore vers toi

son cher visage. Terre bienveillante, tu n’oserais pas refleurir si tu

portais, dans tes profondeurs sombres, son corps brisé, son cœur

anéanti. Soleil intègre, toi qui vois tout, tu ne brillerais pas ainsi

sans honte si tu contemplais à la fois, en même temps que ma forme

vivante, celle de mon amour au tombeau.»

La maison de Mme de Clet se dressait toute blanche au milieu de son

jardin fleuri, véritable fouillis de dahlias et de roses. La lumière de

ce beau jour l’entourait sans la pénétrer, se brisait contre sa façade

aveugle dont toutes les persiennes étaient hermétiquement fermées. Il

semblait évident que cette demeure abritait un cœur désespéré qu’elle

cherchait à défendre contre la joie insultante du dehors. Laurence

n’entendit pas, comme de coutume, des aboiements tumultueux de chiens

répondre à son coup de sonnette, ni même des pas s’approcher. La porte

s’ouvrit sans bruit, et la vieille servante, qui pleurait et chuchotait

tout bas, referma précipitamment le lourd battant de chêne, barrant la

route à l’importun soleil. L’obscurité remplissait les pièces closes,

admirablement rangées, dont toutes les portes restaient ouvertes et qui

paraissaient inhabitées depuis très longtemps. Laurence, les yeux encore

éblouis, avançait en tâtonnant à travers ces ténèbres. Elle parvint

enfin au cabinet de travail de Cyril. Là, dans la même pénombre, Mme de

Clet, déjà vêtue de noir, gisait dans un fauteuil et lui tendait les

bras avec un long sanglot. Laurence s’était jetée vers cette forme

désolée. Des larmes coulaient sur ses joues. Pourtant elle pleurait

seulement de pitié pour l’erreur tragique de cette mère. Elle ne croyait

pas à la mort de Cyril. Elle attendait que son émotion fût calmée pour

rompre la trame de mensonge jetée comme un filet sombre sur leur vie.

Mais après l’avoir embrassée, après s’être plainte à elle avec des mots

incohérents, des gémissements entrecoupés, Mme de Clet prit sur ses

genoux une lettre ouverte qu’elle lut tout haut, d’une voix vacillante

et sans timbre. Cette lettre, écrite par un prêtre, aumônier au régiment

de Cyril, était courte. Elle commençait par des condoléances et de

pieuses exhortations. Puis elle racontait en quelques lignes le fait

simple et terrible. Trois jours auparavant, vers quatre heures de

l’après-midi, pendant un court combat, Cyril avait été blessé d’une

balle en pleine poitrine. Transporté mourant au poste de secours, il

gardait cependant toute sa connaissance. L’aumônier avait pu lui donner

une dernière absolution, prononcer près de lui quelques prières

auxquelles, n’ayant pas la force de parler, il répondait par signes.

S’étant éloigné pour assister d’autres blessés, le prêtre n’avait revu

Cyril qu’au moment où celui-ci venait d’expirer. Il décrivait la paix

ineffable de ce beau visage endormi, louait cette âme admirable qui,

plus d’une fois, s’était ouverte à lui et qu’il voyait au ciel. Sa

lettre s’achevait par quelques mots d’espoir et la promesse d’une

réunion éternelle. Mais qu’importait à Mme de Clet. Elle ne voulait

point être consolée. La tête renversée sur le dossier de son fauteuil,

elle sanglotait. De ses lèvres entr’ouvertes s’échappait sans cesse là

même plainte monotone: «Il est mort, il est mort!» Et ce cri, cent fois

répété, frappant le cœur de Laurence à la même place, y faisait pénétrer

la vérité. Le cher visage, qui partout et toujours l’accompagnait, tout

à l’heure encore si radieux, graduellement se décolorait, s’estompait

dans l’air vide. Elle le cherchait et ne le trouvait plus. Tout son

amour, luttant avec la réalité inexorable, ne réussissait pas à lui

rendre la vie. Soudain, comme sous un subit éclat de foudre, Cyril lui

apparut, couché sur un lit d’ambulance, inerte, les yeux clos, le sceau

de la mort sur la face, tandis qu’autour de lui, comme un décor

maintenant inutile, le monde chancelait, se défaisait, tombait en

ruines...

Elle pleura durant des jours et des nuits, comme si elle n’avait plus

d’autre but, ni d’autre fonction sur la terre. La source de ses larmes

semblait intarissable. Elle pleurait tout naturellement comme on

respire, jusque dans son sommeil, et plus encore quand elle s’éveillait,

car la vie n’offrait plus à son imagination, comme à sa mémoire, que des

images sombres: deuils et regrets dans le passé, vide, solitude absolue

dans l’avenir. Son chagrin cependant n’était pas égoïste. Elle se

penchait, avec une immense pitié, sur la douleur de Mme de Clet.

Celle-ci, dans son désespoir, aimait à sentir son triste cœur souffrir

auprès du sien: «Oh! Laurence, je n’ai plus que vous, lui disait-elle

souvent, vous seule adoucissez ma peine, jurez-moi que vous ne me

quitterez jamais.» Avant qu’elle la réclamât, la jeune femme lui avait

secrètement voué toute sa vie.

Chaque jour, elle se rendait à Bourg-la-Reine. Mme de Clet lui

communiquait les lettres que lui écrivaient en grand nombre les chefs ou

les camarades de son fils. L’un d’eux, blessé en même temps que lui,

avait seul assisté à ses derniers moments dont il fit pieusement le

récit. Laurence apprit qu’à l’heure suprême, quand, ayant déjà l’aspect

d’un cadavre, il semblait insensible à tout, Cyril avait voulu parler.

Si grand fut son effort qu’on vit des larmes filtrer sous ses paupières

closes. A plusieurs reprises, distinctement, il avait prononcé deux

noms: celui de sa mère et celui de Laurence. Ce fut pour cette dernière

une immense consolation. La certitude que Cyril, en mourant, pensait

encore à elle, assouvit pour quelque temps l’exigence de sa passion. Ce

seul nom, prononcé par lui, était comme un lien entre eux, un signe

qu’il la réclamait pour partager son éternité. Maintenant, lorsque son

âme appelait l’âme envolée, du fond de la tombe et des ténèbres

infinies, ce cri d’amour lui répondait. Elle l’écoutait le jour et la

nuit sans parvenir à en épuiser la douceur. Cette parole était pour elle

un merveilleux trésor, l’honneur de sa vie brisée.

Peu après, l’aumônier envoya à Mme de Clet un pli cacheté que Cyril lui

avait confié pour le mettre en sûreté avant l’attaque. Ce pli contenait

deux lettres: l’une pour Mme de Clet, l’autre pour Laurence. La première

était pleine de tendres recommandations, de conseils, d’exhortations. La

seconde demeura secrète. Laurence ne voulut pas l’ouvrir. Elle sentait

encore nettement à ses côtés la présence de Cyril. Les paroles, les

beaux exemples qu’il lui avait laissés, si récents, si réels encore,

affermissaient son courage. Un jour viendrait où ce souvenir même

perdrait sa force et, peu à peu, l’abandonnerait. Elle avait devant elle

une longue vie à vivre. Cette lettre était la dernière consolation, le

seul secours qu’elle pût désormais attendre. Elle la réserva pour des

heures plus désolées. Elle l’enferma dans un étroit sachet et la porta

toujours contre son cœur.

Les premiers moments, en effet, ne furent pas les plus durs. La douleur

dans son paroxysme a quelque chose de doux et de sacré. Elle soutient en

même temps qu’elle accable. Elle détache l’âme de toutes les vanités du

monde, l’emporte sur des cimes pleines de lumière où Dieu lui parle

familièrement. Tout est simple pour celui qui pleure, comme pour celui

qui va mourir. Délivré de toute espérance humaine, n’attendant plus rien

de la terre, il écoute la rumeur de l’infini, il regarde si

attentivement l’invisible que la face nue de la vérité lui apparaît dans

toute sa splendeur. Durant assez longtemps, Laurence, dans la stupeur de

sa tristesse, fut profondément calme et résignée. Son chagrin était une

sorte d’extase où Cyril l’assistait constamment, la consolait par la

promesse d’une réunion éternelle qui lui semblait étonnamment proche.

Cet état d’attente passionnée dura peu. Ses larmes bientôt tarirent; son

âme aride rentra dans sa prison de chair. La vie, retombant devant son

regard comme un voile bariolé de couleurs affreuses, lui masqua le ciel

entr’ouvert.

Alors la religion cessa de la soutenir. Toute ferveur l’abandonna. Elle

n’avait, en effet, prié avec ardeur que dans le désir acharné de sauver

Cyril. N’ayant point été exaucée, elle douta de la Providence. Lorsque

ses confesseurs ou les Arêle lui parlaient de la bonté divine, elle

secouait la tête avec un morne sourire, évoquant ce moment où elle

jetait vers le ciel de si joyeuses actions de grâce, le remerciant

d’avoir préservé son bien-aimé, alors qu’il était déjà mort. Elle eut la

faiblesse de juger Dieu ainsi qu’un être humain, de lui garder presque

rancune, comme à l’ami qui vient de vous trahir. Maintenant, même à

l’église, au lieu de lui offrir simplement sa douleur, elle la lui

présentait orgueilleusement, le cœur plein de murmures et de reniements.

Mais lorsque sa révolte était trop vive, trop complète, Cyril

intervenait. Ombre charmante et souveraine, il revenait hanter ses

rêves, ses pensées. Vaincue par la peur de lui déplaire, Laurence

tombait à genoux. L’ayant perdu pour toute la vie, elle craignait de le

perdre encore pour l’éternité. Alors elle cessait de se plaindre et

priait pour qu’il lui fût rendu. L’amour qui la rapprochait de Dieu l’en

éloignait en même temps. Courbée au pied des autels, elle n’appelait que

Cyril et ne songeait qu’à lui.

L’été passa, puis l’hiver. Elle essaya de vivre. Elle se remit à écrire,

sans but, sans suite, sans art, simplement pour soulager parfois son

cœur trop lourd. Elle ne croyait plus à l’utilité du travail, à la

nécessité de l’effort, depuis qu’elle avait vu tant de nobles destinées

avorter misérablement, tant d’êtres investis d’une mission définie

descendre au tombeau sans l’avoir pu remplir, depuis que Cyril, poète

admirable, était mort sans achever son œuvre et presque sans honneur.

Peu à peu elle rouvrit les livres qu’il avait aimés. Elle en lut

d’autres qu’il ne connaîtrait jamais. Alors, quand une phrase

éblouissante inondait son âme de lumière, elle tournait la tête,

cherchant instinctivement l’ami perdu. Elle pleurait parce qu’il n’était

plus là pour s’émouvoir et s’enthousiasmer avec elle. Les plus beaux

vers et la splendeur du monde, quand le printemps revint, la

déchiraient, car toute beauté pour la femme est un amer poison, du

moment que, solitaire, elle ne peut l’offrir à l’amour.

Le plus terrible fut le moment où sa jeunesse, qui longtemps avait paru

foudroyée, une fois encore se réveilla et, secouant le joug du regret,

du malheur, réclama impérieusement un peu de joie. Souvent, vaincue par

la langueur d’un beau jour, Laurence se laissait enivrer par de

dangereuses illusions. Alors, son imagination puissante, habile, bien

exercée, l’entourait de prestiges, d’enchantements, et lui rendait Cyril

vivant. Elle le voyait comme autrefois, se pencher sur ses livres. Par

moments, elle sentait nettement sa main sur la sienne et la chaleur de

son visage contre le sien. Elle évoquait le passé: leurs longues

causeries, leurs rires, les adieux. Puis elle inventait d’autres scènes

impossibles, le retour de Cyril, de longs voyages avec lui, une

existence, parfois triste et pleine de tourments, où jamais pourtant il

ne la quittait. Ces rêves enfin se dissipaient, la laissant anéantie. Il

lui fallait de nouveau céder Cyril à la mort, rendre tous les bonheurs

un instant retrouvés, rentrer dans sa solitude. Pour échapper à

l’obsession de ces chimères, elle s’efforça de ne plus songer qu’à la

minute présente, de vivre comme un être éphémère qui, né le matin, doit

mourir le soir, qui n’a pas de passé et n’aura pas d’avenir. Ses

habitudes changèrent. Elle s’occupait de son ménage, se pliait à des

besognes matérielles longtemps dédaignées, rangeait, s’agitait.

Lorsqu’elle allait passer quelques jours chez les Arêle, à Versailles,

jamais plus on ne la voyait s’asseoir au parc, goûter dans le repos le

charme d’une heure radieuse. Elle allait toujours, elle marchait comme

quelqu’un qui fuit. Le soir, lorsque étendue dans son lit, elle

attendait de tomber dans l’oubli du sommeil, sa pensée s’en allait

errer, dans la forêt de Fontainebleau, parcourir les sentiers familiers,

saluer les arbres amis. Car sa jeunesse, pourtant si douloureuse, lui

apparaissait comme une époque paisible et délicieuse. C’était le seul

temps de sa vie qu’elle pût évoquer sans souffrance.

Chaque jour, l’injustice féroce de la destinée lui apparaissait avec

plus d’évidence. La douleur, la mort choisissaient, pour les frapper

avec une partialité terrible, les plus vertueux, les meilleurs,

épargnant au contraire respectueusement les méchants, les médiocres.

Elle ne pouvait dominer son indignation lorsqu’elle lisait dans les

journaux le nom de son ancien ennemi, Douran, âme basse mais brillant

officier, qui maintenant, général et commandant d’armée, se couvrait de

gloire depuis le début de la guerre. La France, si unie lors de la

mobilisation, se divisait en deux camps bien distincts: le camp des

victimes et celui des habiles auxquels seuls profitait la douleur des

premiers. Un jour, Gaston Noret vint annoncer à Laurence son prochain

mariage. Il épousait une jeune fille fort jolie, richement dotée, qui

oubliait pour lui un fiancé mort à Charleroi.

--Ceux qui se font tuer sont de fameuses poires, ricanait le bohème avec

sa franchise cynique.

Laurence ne voulut plus le voir. Elle le haïssait pour cette parole et,

parce qu’il vivait heureux, préservé de tout danger par un rempart de

héros:

--C’est pour ces lâches que Cyril est mort, se disait-elle.

--Non, mon enfant, c’est pour vous, lui répondaient les Arêle

lorsqu’elle exhalait devant eux sa révolte. Le Christ seul est mort pour

le monde entier. Tout homme, si grand qu’il soit, ne meurt que pour un

petit nombre d’amis. Parce que vous étiez très près de Cyril et qu’il

vous aimait, il a désiré sans nul doute que son exemple, son sacrifice,

servent à votre salut. Suivez donc sa trace humblement, sans regarder

autour de vous, ne méconnaissez pas son amour. N’aurait-il éclairé et

racheté que votre âme, son sang n’eût point coulé en vain.

Laurence alors s’attendrissait, comprenait de nouveau le sens divin de

la douleur. Elle retrouvait toujours auprès des Arêle un peu de courage

et de paix. Bientôt, cette consolation même lui fut retirée. Ses amis,

en effet, vieillissaient beaucoup. Le colonel eut une attaque

d’apoplexie qui lui laissa un embarras de la parole et une grande

fatigue cérébrale. Mme Arêle déclinait aussi visiblement. La maladie et

la douleur, peu à peu, les retranchaient du monde, opposaient un

invincible obstacle à l’ardeur de leur charité. S’ils ne cessaient pas

de prier pour ceux qui leur étaient chers, ils ne pouvaient plus les

aider effectivement par leurs encouragements, leurs exhortations, leurs

conseils. Ils n’avaient plus la force de soutenir une conversation

suivie. Laurence, lorsqu’elle venait les voir, ne restait qu’un instant,

n’osait plus leur parler de ses chagrins. Elle les embrassait, leur

souriait, les quittait vite. Elle les aimait et s’en savait aimée. Mais,

comme tant d’autres, ces deux figures séraphiques s’effaçaient de sa

vie.

La vivante paix · 第 47 / 57 题