BALZAC.

A l’époque fixée, les de Clet quittèrent Paris pour s’installer à

Bourg-la-Reine. Bientôt la vie de Cyril changea complètement. Il dut

délaisser la poésie, écrire de fastidieux articles, s’initier aux

besognes du reportage, se tenir à l’affût des actualités. Si rares que

fussent ses loisirs, il trouvait encore le moyen de venir chez Laurence

assez régulièrement. Mais toujours elle voyait maintenant s’interposer

entre eux l’image d’Aurélia Loriel. Aigrie par la jalousie, elle épiait

avec une attention amère l’attitude de Cyril, examinait, commentait,

défigurait ses moindres paroles, prompte à leur prêter un sens blessant.

Leur intimité était trop grande, leurs caractères trop vifs pour qu’ils

ne fussent point parfois entraînés à se dire des choses peu agréables.

Laurence avait depuis longtemps habitué Cyril à ses caprices, à ses

rebuffades, à ses brutalités soudaines. D’ordinaire, il les supportait

en riant, car il aimait son humeur changeante et il trouvait du charme à

son orageuse amitié. Parfois, il se plaisait à riposter, rendant coup

pour coup et blessure pour blessure. Laurence jadis s’amusait de ces

joutes qui, maintenant, la réduisaient au désespoir. A certains moments,

lasse de tant souffrir, elle se demandait s’il ne serait pas plus sage

de fuir loin des de Clet, de chercher à oublier, avant que sa passion,

fortifiée par l’habitude, ne fût devenue inguérissable. Obsédée par

cette pensée, elle dit un jour à Cyril:

--Je voudrais habiter la campagne. J’aurais bien dû, après ma ruine,

quitter Paris, rien ne m’y retenait vraiment. Tous les gens m’ennuient,

tout me fait mal. Je serais tellement mieux dans quelque petit village

ensoleillé du Midi! J’aurais une petite maison, un jardin, des chiens,

des chats qui suffiraient à mon bonheur.

--Mais, ma petite enfant, vous ne me verriez plus, protesta Cyril

aimablement.

Cette tendre parole lui était dictée par une affection sincère. Laurence

crut comprendre qu’il devinait son amour. Elle se raidit dans une

défense désespérée.

--Voilà qui m’est égal, s’écria-t-elle avec insolence.

--A moi aussi, ma chère, je vous l’assure, riposta-t-il aussitôt.

Il plaisantait, mais Laurence ne songea pas qu’elle avait provoqué cette

réponse. «Je ne suis rien pour lui, se dit-elle, il me verrait partir

sans un regret.» Son chagrin fut affreux. Toute femme qui n’est point

aimée par celui qu’elle aime prend en horreur son âme et sa chair et sa

vie. Laurence devint pour elle-même un objet d’aversion. Elle ne se

pardonnait pas d’exister, puisqu’elle n’était pas nécessaire à Cyril.

Alors, elle chercha le moyen de lui plaire, de lui être douce et, durant

une semaine, étudia le rôle qu’elle pouvait jouer encore dans sa vie.

Bien qu’il ne se plaignît jamais, elle savait qu’il n’était point

heureux. Jamais homme, en effet, n’avait été moins armé pour les luttes

auxquelles la pauvreté l’obligeait. Chaque jour lui apportait quelque

déception nouvelle. Mais son plus grand chagrin était la perte de sa

liberté. Ecrasé par l’ennui des besognes quotidiennes, il perdait peu à

peu tout espoir d’écrire une œuvre vraiment grande, toute confiance de

jamais la concevoir. Ce fut ce doute de soi-même que Laurence voulut

soulager. Elle relut plusieurs fois les livres de Cyril et, lorsqu’il

revint, elle sut lui en parler avec un enthousiasme chaleureux, une foi

communicative. Sa louange ranima le cœur humilié du poète. Avec une

impétuosité enfantine, il s’abandonna de nouveau à l’espérance. Ah! sans

doute, la destinée ne se montrerait pas toujours si cruelle. Un jour

viendrait où il obtiendrait peut-être dans quelque revue une

collaboration régulière et bien rétribuée. Délivré alors de ses

préoccupations matérielles, il pourrait organiser sa vie, écrire des

vers, des contes, des romans. Son imagination déjà avait ébauché mille

projets qu’il confia gaîment à Laurence. Elle l’écoutait,

l’applaudissait, heureuse de voir resplendir ce visage qui, depuis

quelque temps, n’exprimait plus que l’ennui, l’accablement, l’amertume.

Leur entretien se prolongea durant tout un après-midi. Enfin Cyril

s’aperçut qu’il faisait nuit. Il se leva d’un bond, courut vers la

pendule.

--Quoi! s’écria-t-il effaré, il est six heures, le saviez-vous? J’ai

perdu chez vous ma journée entière. Adieu... adieu...

Il s’enfuit et Laurence expia cruellement son triomphe passager. Que

pouvait-elle espérer? Cyril était maintenant l’esclave de la nécessité.

Tous ceux qui le détournaient de l’action et d’un labeur, pourtant

odieux, lui rendaient un mauvais service. Les heures qu’il passait

auprès d’elle étaient des heures perdues. Il venait de le lui avouer.

Dès lors, elle fut étrangement timide avec Cyril et n’osa plus même

jouir de sa présence sans arrière-pensée. Malheureuse lorsqu’il la

quittait trop vite, elle s’effrayait lorsqu’il s’attardait trop

longtemps à ses côtés. Elle lui rappelait l’heure à chaque instant,

abrégeant volontairement ces visites, son seul bonheur. Son renoncement,

cependant, n’était point absolu. Elle avait la faiblesse de croire que

Cyril s’apercevrait de ses sacrifices, qu’il lui en saurait gré. Un des

grands malheurs de l’amour est son avidité perpétuelle. Il veut toujours

progresser dans l’affection de l’être adoré et, chaque jour, gagner

quelque victoire. A toute heure, Laurence se trouvait en présence de

Cyril et suppliait: «De grâce, aimez-moi, aimez-moi, non pas uniquement

et plus que tout au monde, je sais bien que c’est impossible, mais

aujourd’hui plus qu’hier, demain plus qu’aujourd’hui. Voyez, je parle

quand je voudrais me taire, je ris quand je voudrais pleurer, et, quand

j’étouffe de tendresse, je ne vous tends pas les bras. Tenez-moi compte

des tourments que j’endure pour vous plaire.»

Cyril, qui ne soupçonnait aucunement son martyre, continuait à l’aimer

comme par le passé, d’une amitié tranquille, profonde, invariable. Mais

Laurence avait perdu la notion exacte de ce que pouvait être l’amitié.

Il lui semblait qu’une affection qui ne s’augmentait pas de jour en jour

devait forcément décroître. Elle ne tarda pas à se persuader que Cyril

l’aimait moins qu’autrefois; bientôt elle douta qu’il l’eût jamais

chérie.

La présence de son ami dissipait toujours miraculeusement ses vaines

alarmes, lui rendait la raison. Mais dans l’état de perpétuelle

inquiétude où elle se consumait, une absence trop prolongée prenait à

ses yeux un sens tragique, presque définitif, car le plus grand tort de

tous les vrais amants est de ne jamais vouloir admettre que les

contretemps dont ils souffrent soient l’effet du hasard.

Cyril ne restait jamais plus de quinze jours sans passer rue Vavin. Un

moment vint pourtant où il disparut pendant trois semaines. Laurence,

anéantie, ne tarda pas à lui prêter un plan bien établi. Elle pensa

qu’excédé de son inutile amitié, il avait décidé de se délivrer d’elle.

Comme il était trop bien élevé pour ne pas entourer sa trahison de

ménagements infinis, de raffinements horribles, il commençait à espacer

savamment ses visites. Bientôt elle ne le verrait plus que tous les

mois, puis tous les deux mois, puis trois ou quatre fois par an, puis ce

serait la séparation complète. A l’avance elle se révolta contre ce lent

supplice. Si son cœur devait être brisé, mieux valait que ce fût d’un

seul coup. Elle se jura d’accomplir elle-même, en un moment, une rupture

inévitable.

Sa résolution faiblit bientôt. Mme de Clet vint la voir et lui annonça

la visite de Cyril pour le lendemain.

--Il se désole de paraître vous oublier, affirma-t-elle, mais il

travaille tant qu’il n’a plus la moindre liberté.

De nouveau, Laurence, rassurée, s’accusa d’injustice. Mais la journée du

lendemain ne lui apporta que la plus amère déception. Cyril ne vint pas.

Le supplice de l’attente vaine acheva d’affoler cette femme malheureuse.

Elle se donna trois jours encore avant d’exécuter la résolution qu’elle

avait prise. Ce court sursis, qui seul la séparait d’une douleur presque

inévitable et non moins redoutable que la mort, s’écoula goutte à

goutte, minute par minute, dans une épouvantable angoisse. Durant ces

trois jours, elle n’osa pas sortir un instant. Désemparée, incapable de

s’intéresser à rien, toute sa vie suspendue dans l’attente, elle errait

tristement dans son appartement, revenait sans cesse dans son

antichambre, regardait, oisive et les larmes aux yeux, sa porte close,

écoutait tous les bruits de la maison. Un pas entendu dans l’escalier,

une sonnerie de timbre éveillait toujours dans son âme les mêmes

transports de joie et d’espérance. Et les déceptions s’ajoutaient aux

déceptions, se faisaient de plus en plus cruelles. A la fin du troisième

jour, excédée d’un tel martyre, elle écrivit à Cyril ce court billet:

«Ami, ne venez plus me voir. Je suis obligée de partir pour un très long

voyage. Peut-être même ne reviendrai-je plus jamais. Oubliez-moi.

Adieu.»

Laurence discerna vaguement l’absurdité de cette lettre, mais elle ne

s’en inquiéta pas. Son but unique était de signifier à Cyril sa volonté

de ne plus le voir. Elle avait saisi, pour y parvenir, le premier

prétexte venu. Peu lui importait qu’il fût vraisemblable. La pensée que

son ami pouvait la prendre au mot et lui obéir docilement la laissait

résignée. Elle n’était sensible qu’à la douleur du moment. Tout lui

semblait doux pourvu qu’elle n’eût plus à attendre jamais personne,

pourvu que prît fin cet espoir, toujours trompé, qui, depuis un mois,

était sa torture quotidienne. Pourtant, redoutant que la nuit ne lui

enlevât son courage, elle s’habilla et, bien qu’il fût tard, courut

porter sa lettre à la poste.

Le lendemain, elle partit pour Versailles où les Arêle s’étaient retirés

depuis la mise à la retraite du colonel. Elle allait leur demander

l’hospitalité pour quelque temps, car elle craignait que Cyril ne tentât

de la voir et de réclamer une explication. S’il se heurtait à une porte

close, il se lasserait et l’oublierait vite. Elle ne voulait rentrer

chez elle qu’avec la certitude que tout était fini.

Son amour ombrageux l’avait trompée. Cyril ne songeait nullement à

l’abandonner. Le motif de son absence était tout simple.

Retenu chez lui, durant quelques jours, par une forte grippe, il avait

négligé de décommander le rendez-vous fixé par sa mère à Laurence, parce

qu’il ignorait avec quelle fièvre elle l’attendait. Sa lettre lui causa

la plus vive surprise. Il la lut, la relut et ne la comprit pas. Comment

croire, en effet, à ce départ subit, à cette absence sans fin? Il

connaissait à merveille la vie de Laurence, ses relations, sa famille.

Il savait qu’elle n’avait, loin de Paris, ni parents, ni amis, aucun

intérêt, nulle affaire. Un moment, la pensée lui vint qu’elle avait été

appelée auprès de son mari repentant, malade, mourant peut-être. Mais

alors, pourquoi ce mystère vis-à-vis de lui, auquel habituellement elle

ne cachait rien, et pourquoi cet adieu, si blessant, si glacé? Dès le

lendemain, il se rendit chez elle. La concierge lui confirma son départ.

Il feignit d’en être étonné, la questionna et obtint cette réponse: «Je

ne sais pas où Madame est allée. Elle n’a pas laissé d’adresse, mais son

absence ne peut être bien longue, car elle n’a emporté qu’une petite

valise.»

Ayant acquis la preuve que le long voyage annoncé n’était qu’un prétexte

absurde, Cyril repartit, plus inquiet. Un fait restait certain,

inexplicable. Laurence ne voulait plus le voir, Laurence le chassait de

sa vie. Il ne parvenait pas à deviner quels griefs insoupçonnés, quelle

mortelle injure avaient pu détruire ainsi en un moment son affection

pour lui. Il la savait ombrageuse, violente, mais simple, sans détours.

Son caractère était mauvais, mais sa nature fidèle. Elle pouvait se

montrer parfois très dure et méchante pour ses amis, elle était

incapable de les trahir ou de leur tourner le dos sans raison. Le soir,

quand il fut de retour chez lui, en relisant pour la dixième fois la

lettre mystérieuse, il comprit soudain toute la vérité. A travers les

lignes hâtives, sèches, blessantes, il entendit avec une netteté

affreuse le cri déchirant de l’amour. Un moment, dans sa stupeur et son

chagrin, il voulut repousser cette hypothèse. Elle revint s’imposer à

lui plus fortement encore. Il se rappela mille petits faits

significatifs et s’étonna d’avoir pu rester si longtemps aveugle.

L’attitude de Laurence envers lui, depuis quelques mois, n’était plus la

même. Il s’expliquait maintenant sa nervosité chaque jour plus grande,

sa gaîté forcée, ses tristesses soudaines, ses emportements auxquels

succédaient bientôt la plus servile douceur et cet air d’égarement

qu’elle prenait parfois lorsqu’il lui disait adieu.

Cyril ne jugeait pas que les malheurs de l’amour fussent légers ou

dérisoires. Lui-même avait beaucoup souffert depuis quatre années que

durait sa liaison avec Aurélia Loriel et il connaissait les ravages

qu’opère la passion dans les âmes. Chez Laurence, ce mal était d’autant

plus grave qu’elle n’avait, dans la vie, nul but, nulle occupation, nul

devoir absorbant, nulle affection précieuse qui pût le lui faire

oublier. A la pitié que Cyril éprouvait pour elle se mêlait un poignant

remords. Il se reprochait d’avoir le premier recherché son amitié.

Comment n’avait-il pas compris le danger d’une intimité constante avec

une femme jeune, ardente, solitaire? Sensible comme elle l’était,

pouvait-elle ne point s’attacher démesurément à l’ami qu’elle voyait

sans cesse et qui lui ressemblait si fort? Le cœur tout occupé d’Aurélia

Loriel, il s’était inconsciemment joué de son cœur vide et brûlant. Il

avait envahi sa vie sans réclamer son âme, il l’avait à la fois choisie

et refusée. Trop tendre pour qu’elle pût rester indifférente, trop froid

pour qu’elle pût être heureuse, il l’avait lentement empoisonnée,

réduite à cette horrible misère qu’elle venait d’avouer en s’enfuyant.

Cyril ne se pardonnait pas sa légèreté coupable. La certitude d’avoir

fait le malheur d’un être qu’il chérissait et admirait lui était

insupportable. Il cherchait le moyen d’alléger un peu cette grande

infortune, de réparer le mal qu’il avait causé. Laurence lui dictait

bien un devoir tout simple en lui signifiant sa volonté de ne plus le

voir. Elle semblait sincèrement ne plus désirer que l’oubli et la paix.

Mais lui souffrait de la quitter ainsi, sans un mot d’explication ni

d’excuse, de perdre pour toujours une affection si belle. Au surplus, il

se demandait si elle désirait vraiment cette rupture. En lui obéissant

trop strictement, trop vite, il devinait qu’il pouvait la tuer, car il

connaissait les contradictions de l’amour malheureux. Pendant des jours,

ce problème le tortura et le souvenir de Laurence ne le quitta pas un

instant. Elle eût été rassurée, presque heureuse, de le savoir ainsi

tout occupé de sa douleur. Mais elle se croyait déjà entièrement oubliée

et, réfugiée à Versailles, y traînait tristement sa vie.

Les Arêle l’avaient accueillie avec bonté, lorsqu’elle était venue leur

demander asile en disant qu’elle était souffrante et que Paris la

fatiguait. Ils avaient deviné sans peine qu’elle était sous le coup d’un

poignant chagrin. Elle avait encore assez de volonté pour parler quand

il le fallait, pour rire quelquefois. Mais ces paroles, ce rire qui

sonnaient dans sa bouche sans animer aucunement son visage, sans que ses

yeux perdissent leur expression fixe et morne, révélaient sa détresse.

Pour échapper à toute contrainte, à toute société, elle sortait de bonne

heure et passait son après-midi au parc où elle errait comme une bête

mourante. Elle regrettait amèrement sa lettre et toute son âme criait

vers son ami perdu.

--Je ne l’oublierai pas, se disait-elle. Pourquoi lui ai-je écrit,

pourquoi n’ai-je pas tout accepté? Tout valait mieux que cette rupture

et cette absence dont je ne puis guérir!

La société des Arêle, quoique discrète, ne tarda pas à lui devenir

importune; après quinze jours d’exil, elle retourna chez elle. Là, sa

douleur prit une intensité nouvelle, car l’atmosphère était toute

saturée d’une chère présence, elle n’y pouvait respirer sans absorber du

poison. Là, tout lui parlait de Cyril, le grand fauteuil qu’il préférait

à tous les autres, le divan où parfois il s’allongeait avec des

nonchalances de femme. Sur tous les livres qu’elle ouvrait, elle avait

vu se pencher son visage. Pas une phrase belle et sonore qu’elle n’eût

partagée avec lui, connue par lui, et dans laquelle elle n’entendît

chanter sa voix. Elle ferma les yeux, voulut se recueillir, songer à la

mort, à l’éternité, à la douleur du monde. Mais, dans ses pensées mêmes,

elle retrouvait l’écho des pensées de Cyril. Son âme, comme sa demeure,

était pleine de lui. Il dominait entièrement son cœur, sa volonté, sa

raison, son intelligence. En l’aimant, peu à peu, elle avait perdu,

jusqu’à sa liberté, jusqu’à sa solitude.

Voici que vers sept heures retentit le timbre de sa porte. Elle alla

ouvrir et se trouva en présence de Cyril. Passant devant sa maison, il

avait vu de la lumière à sa fenêtre. Il était monté, voulant à tout prix

connaître l’état de ce cœur qui l’avait repoussé, qui maintenant le

regrettait peut-être. A sa vue, le visage altéré de Laurence changea,

resplendit comme celui d’un condamné auquel on apporte sa grâce. Elle ne

put cacher sa joie flagrante, insensée, délirante. Celui-là seul est

exigeant qui n’a jamais été privé de tout. Peu lui importait maintenant

que Cyril ne dût jamais l’aimer. Du moins, il refusait la rupture

offerte, il était revenu sans attendre son appel, il attachait du prix à

son amitié. Cette certitude lui suffisait, son pauvre amour, maté par la

plus rude misère, ne demandait qu’un peu de pain pour vivre. Cyril ne se

trompa point au regard extatique et humble qu’elle fixait sur lui.

Pourtant il voulut obtenir d’elle une réponse précise. Retenant sa main

dans les siennes, il demanda gravement:

--Ai-je eu tort de venir, Laurence?

Elle répondit, les yeux fermés, acceptant de souffrir pour lui toujours:

--Non, Cyril. Pourquoi? Je vous attendais.

Ils n’eurent point besoin de s’expliquer davantage.

La vivante paix · 第 39 / 57 题