Ici s'arrête le récit que m'a fait Dolly Morton.
Tant que je demeurai à New York, je la revis; j'avais pitié de son
infortune. Le jour de mon départ, je lui donnai mon adresse, lui disant
que je serais heureux d'avoir parfois de ses nouvelles. Je crois que la
pauvre fille m'aimait un peu: le jour où elle me dit adieu, des larmes
coulèrent de ses doux yeux.
Six mois plus tard, je l'avais à peu près oubliée--ainsi sommes-nous
faits--lorsque je reçus d'elle une lettre m'annonçant son mariage avec
un homme un peu plus âgé qu'elle et qui avait un commerce très
florissant.
Elle l'aimait vraiment et l'avenir s'annonçait heureux.
J'en fus satisfait pour elle. C'était ma foi, une brave créature et,
quoiqu'un peu faible de caractère, je suis persuadé qu'elle a dû être
une excellente femme de ménage fidèle à l'homme qui l'avait tirée de
l'abîme.
Depuis, je n'ai plus entendu parler d'elle je souhaite de tout coeur que
cette pauvre femme ait maintenant l'existence heureuse. Elle a souffert
beaucoup sans l'avoir mérité et la vie lui doit bien la compensation de
quelques jours heureux.
*
* *
Dans le manuscrit écrit sous la dictée de Dolly Morton, se trouvaient
beaucoup de passages que les besoins d'une publication m'ont obligés de
supprimer. Ces quelques lignes non parues n'ajoutaient rien, d'ailleurs,
à la lamentable odyssée de cette femme et j'ai cru bien faire en la
livrant ainsi expurgée au public.