NUIT D'ÉPREUVE

Randolph avait fermé la porte, et, se tournant vers moi, me dit:

--Voyez-vous, belle Dolly, je suis très heureux que vous soyez revenue à

de bons sentiments. J'eusse été très fâché d'employer la violence à

votre égard.

Me faisant tenir debout devant la glace, il défit vivement les boutons

de mon corsage et les cordons de ma jupe, puis en un clin d'oeil, fit

sauter mon corset. Il défit ensuite mes jupons et mes pantalons et

m'enleva mes bas. Je me trouvais donc complètement déshabillée devant

lui, n'ayant que ma chemise sur le corps, et, je l'avoue, malgré ce

dernier vêtement, je me sentais rougir de honte. Quelle angoissante

position pour une femme qui était encore une jeune fille! et je savais

bien que les femmes, dans tous les temps et dans tous les pays du monde,

qui ont passé par ces épreuves n'en étaient pas mortes.

Puis, soudain, comme si le dernier voile qui me restait et me couvrait

mal, l'eût impatienté, il me l'enleva et je me trouvai complètement nue

devant cet homme. Je fermai les yeux, mais les larmes perlèrent sous mes

paupières et coulèrent lentement sur mes joues. Cependant Randolph ne

cessait de parler.

--Comme vous êtes belle et bien faite, murmurait-il. Combien vos formes

sont élégantes et pures!

Une autre femme eût peut-être été heureuse de ces compliments, mais

j'étais trop honteuse et ne prêtais que peu d'attention à ces paroles;

je désirais ardemment la fin de ce supplice.

Enfin, Randolph m'avait étendue sur le lit. Me serrant dans ses bras, il

m'étouffait de baisers...

Je ne me soucie pas de savoir comment les autres femmes se sont tirées

d'affaire en cette pareille circonstance. Pour moi, je la trouvai si

bestiale et douloureuse que, dans ma naïveté, je me crus victime d'un

abominable attentat. Je ne ressentis pas la plus fugitive sensation

voluptueuse. Rien que de la douleur.

Toutes les femmes ont passé par là; je le sais et aucune pourtant ne

s'en est plainte: la preuve en est qu'elles y retournent.

Néanmoins, je n'éprouvai que du dégoût et mon aversion pour Randolph ne

fit que d'augmenter.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Je me réveillai le lendemain matin, courbaturée. Randolph, lui, donnait

toujours profondément.

J'étais triste et découragée, et mes pensées n'étaient pas précisément

gaies.

Après avoir longuement réfléchi sur mon affreuse situation, je crus que

le mieux était de rester à Woodlands, pour quelque temps du moins, et de

faire contre fortune bon coeur. Je résolus donc de tirer le meilleur

parti de la situation.

J'en étais là de mes réflexions, lorsqu'on frappa à la porte: c'était

Suzanne, l'une des femmes de chambre, qui apportait le thé. Elle plaça

son plateau sur une table près du lit; elle me regardait sans la moindre

expression d'étonnement ou de curiosité, mais je me sentis toute

honteuse de me trouver couchée avec un homme en présence de cette fille,

et je rougis malgré moi.

Elle mit un peu d'ordre dans ma chambre, ramassant mes vêtements que

Randolph avait jetés à la volée par toute la pièce. Puis elle prépara le

bain et se retira.

Je me levai, puis une fois habillée, je descendis dans le jardin, afin

de m'asseoir dans un coin solitaire où je pusse réfléchir à mon aise.

Après tout ce que j'avais eu à subir, j'étais heureuse de me retrouver

un instant seule; la sérénité du ciel, l'air frais du matin, le doux

arôme des fleurs et le clair soleil qui montait à l'horizon, eurent pour

effet de calmer un peu la surexcitation de mes nerfs. Je me sentais

toute alanguie et je restai étendue à l'ombre jusqu'à l'heure du

déjeuner.

Après le repas, Randolph s'éloigna et Dinah entra, m'apportant un panier

de clés, en me demandant respectueusement mes ordres pour la journée. Je

remarquai qu'elle ne m'appelait plus Mamzelle, mais Maîtresse.

Comme je n'avais nullement l'intention de me donner la peine de

surveiller la gestion d'une maison aussi importante que Woodlands, je

priai Dinah de garder les clés et de continuer à diriger tout comme

auparavant.

Elle parut très heureuse de ma résolution, et, reprenant fièrement son

panier, elle partit toute joyeuse.

Je passai l'après-midi sur un divan à lire tranquillement et je ne revis

Randolph qu'au dîner.

Mon appétit était revenu; je fis honneur aux excellentes choses qu'on

nous servit et je bus une ou deux coupes de Champagne. Je trouvai, cette

fois, ce vin délicieux; il ne tarda pas à agir et me monta même

légèrement à la tête.

A onze heures, nous nous mîmes au lit et cette nuit se passa plus

agréablement que la précédente.

En Virginie, épisode de la guerre de sécession Précédé d'une étude sur l'esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d'une bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation · 第 39 / 88 题