_Entre_ GOWER.
GOWER.--Figurez-vous Périclès arrivé à Tyr et accueilli selon ses
désirs; laissez à Éphèse sa malheureuse épouse qui s'y consacre au culte
de Diane. Maintenant occupez-vous de Marina que notre scène rapide doit
trouver à Tharse élevée par Cléon qui lui fait enseigner la musique et
les lettres, et acquérant tant de grâces qu'elle attire sur elle
l'admiration et la tendresse générale. Mais, hélas! le monstre de
l'envie, qui est souvent la mort du mérite, cherche à abréger la vie de
Marina par le poignard de la trahison. Telle est la fille de Cléon déjà
mûre pour le mariage. Cette fille se nomme Philoten; et l'on assure dans
notre histoire qu'elle voulait toujours être avec Marina, soit quand
elle formait des tissus de soie avec ses doigts délicats, minces et
blancs comme le lait, soit quand avec une aiguille elle piquait la
mousseline que ces blessures rendaient plus solides, soit quand elle
chantait en s'accompagnant de son luth et rendait muet l'oiseau qui fait
résonner la nuit de ses accents plaintifs, ou quand elle offrait son
hommage à Diane, sa divinité: toujours Philoten rivalisait d'adresse
avec la parfaite Marina. C'est comme si le corbeau prétendait le
disputer en blancheur à la colombe de Paphos. Marina reçoit tous les
éloges, non comme un don, mais comme une dette. Les grâces de Philoten
sont tellement éclipsées, que l'épouse de Cléon, inspirée par une
insigne jalousie, suscite un meurtrier contre la vertueuse Marina, afin
que sa fille reste sans égale après ce meurtre; la mort de Lychorida,
notre nourrice, favorise ses pensées; et la maudite Dionysa a déjà
l'instrument de colère prêt à frapper. Je recommande à votre attention
cet événement qui se prépare. Je transporte seulement le temps et ses
ailes sur le pied boiteux de mon poëme. Je ne pourrais y parvenir si vos
pensées ne voyagent avec moi.--Dionysa va paraître avec Léonin, un
meurtrier.
(Gower sort.)