_Entre_ GOWER.
GOWER.--Maintenant le sommeil a terminé la fête. On n'entend plus dans
le palais que des ronflements, rendus plus bruyants par un estomac
surchargé des mets de ce pompeux repas de noces. Le chat, avec ses yeux
de charbon ardent, se tapit près du trou de la souris, et les grillons
qu'égaye la sécheresse chantent sous le manteau de la cheminée. L'hymen
a conduit la fiancée au lit, où, par la perte de sa virginité, un enfant
est jeté dans le moule. Soyez attentifs; et le temps, si rapidement
écoulé, s'agrandira, grâce à votre riche et capricieuse imagination; ce
qui va vous être offert en spectacle muet sera expliqué par mes
paroles.--(_Pantomime.--Périclès entre par une porte avec Simonide, et
sa suite. Un messager les aborde, s'agenouille, et donne une lettre à
Périclès. Périclès la montre à Simonide. Les seigneurs fléchissent le
genou devant le prince de Tyr. Entrent Thaïsa, enceinte, et Lychorida.
Simonide communique la lettre à sa fille. Elle se réjouit. Thaïsa et
Périclès prennent congé de Simonide et partent; Simonide et les autres
se retirent_.)
On a soigneusement cherché Périclès à travers les pays les plus
terribles et les plus sombres, aux quatre coins opposés du monde; on l'a
cherché avec soin et diligence, à cheval, sur des navires, et sans
épargner aucuns frais. Enfin la renommée répond à ces puissantes
recherches. De Tyr à la cour de Simonide on apporte des lettres dont
voici la teneur:
«Antiochus et sa fille sont morts. Les seigneurs ont voulu placer la
couronne sur la tête d'Hélicanus; mais il l'a refusée, se hâtant de leur
dire, pour apaiser le tumulte, que, si le roi Périclès ne revient pas
dans douze mois, il se rendra alors à leurs voeux.»
Cette nouvelle, apportée à Pentapolis, y a ravi toute la contrée; chacun
applaudit et s'écrie: Notre jeune prince naîtra roi. Qui eût rêvé, qui
eût deviné une semblable chose? Bref il faut qu'il parte pour Tyr. Son
épouse, enceinte, désire partir. (Qui s'y opposerait?) Nous abrégeons le
récit des pleurs et des regrets. Elle prend avec elle Lychorida, sa
nourrice, et s'embarque. Le vaisseau se balance sur le sein de Neptune:
la quille de leur vaisseau a fendu la moitié des ondes; mais nouveau
caprice de la fortune: le nord envoie une telle tempête, que, semblable
à un cygne qui plonge pour se sauver, le pauvre navire est la proie de
sa furie. La dame pousse des cris, et se voit près d'accoucher d'effroi.
Vous allez voir la suite de cet orage, dont je ne ferai pas le récit, ne
pouvant pas espérer de m'en acquitter dignement. Représentez-vous par
l'imagination le vaisseau sur lequel le prince, ballotté par les flots,
est supposé parler.
(Gower sort.)