SCÈNE V

Pentapolis.--Appartement dans le palais.

_Entre_ SIMONIDE _lisant une lettre; les_ CHEVALIERS _viennent à sa

rencontre_.

PREMIER CHEVALIER.--Salut au bon Simonide!

SIMONIDE.--Chevaliers, ma fille me charge de vous dire qu'elle ne veut

pas avant un an d'ici entrer dans l'état du mariage: ses motifs ne sont

connus que d'elle, et je n'ai pu les pénétrer.

PREMIER CHEVALIER.--Ne pouvons-nous avoir accès auprès d'elle, seigneur?

SIMONIDE.--Non, ma foi! Elle s'est si bien renfermée dans sa chambre

qu'on ne peut y entrer; elle veut porter pendant un an encore la livrée

de Diane: elle l'a juré par l'astre de Cynthie et sur son honneur

virginal.

SECOND CHEVALIER.--C'est avec regret que nous prenons congé de vous.

(Ils sortent.)

SIMONIDE.--Les voilà bien congédiés: maintenant voyons la lettre de ma

fille. Elle me dit qu'elle veut épouser le chevalier étranger, ou ne

jamais revoir le jour ni la lumière. Madame, fort bien; votre choix est

d'accord avec le mien: j'en suis charmé. Comme elle fait la décidée

avant de savoir si j'approuve ou non! Allons, je l'approuve; et je

n'admettrai pas plus de retard. Doucement, le voici; il me faut

dissimuler.

(Entre Périclès.)

PÉRICLÈS.--Mille prospérités au bon Simonide!

SIMONIDE.--Recevez le même souhait; je vous remercie de votre musique

d'hier soir: je vous proteste que jamais mes oreilles ne furent ravies

par une mélodie aussi douce.

PÉRICLÈS.--Je dois ces éloges à l'amitié de Votre Altesse et non à mon

mérite.

SIMONIDE.--Seigneur, vous êtes le maître de la musique.

PÉRICLÈS.--Le dernier de tous ses écoliers, mon bon seigneur.

SIMONIDE.--Permettez-moi une question.--Que pensez-vous, seigneur, de ma

fille?

PÉRICLÈS.--Que c'est une princesse vertueuse.

SIMONIDE.--N'est-elle pas belle aussi?

PÉRICLÈS.--Comme un beau jour d'été, merveilleusement belle.

SIMONIDE.--Ma fille, seigneur, pense de vous avantageusement; au point

qu'il faut que vous soyez son maître: elle veut être votre écolière, je

vous en avertis.

PÉRICLÈS.--Je suis indigne d'être son maître.

SIMONIDE.--Elle ne pense pas de même: parcourez cet écrit.

PÉRICLÈS.--Qu'est-ce que ceci? Elle aime, dit cette lettre, le chevalier

de Tyr. (_A part_.) C'est une ruse du roi pour me faire mourir. O

généreux seigneur, ne cherchez point à tendre un piège à un malheureux

étranger qui ne prétendit jamais à l'amour de votre fille, et se

contente de l'honorer.

SIMONIDE.--Tu as ensorcelé ma fille, et tu es un lâche.

PÉRICLÈS.--Non, de par les dieux! Seigneur, jamais je n'eus une pensée

capable de vous faire outrage; je n'ai rien fait pour mériter son amour

ou votre déplaisir.

SIMONIDE.--Traître, tu mens.

PÉRICLÈS.--Traître!

SIMONIDE.--Oui, traître.

PÉRICLÈS.--A tout autre qu'au roi, je répondrais qu'il en a menti par la

gorge.

SIMONIDE, _à part_.--J'atteste les dieux que j'applaudis à son courage.

PÉRICLÈS.--Mes actions sont aussi nobles que mes pensées qui n'eurent

jamais rien de bas. Je suis venu dans votre cour pour la cause de

l'honneur, et non pour y être un rebelle; et quiconque dira le

contraire, je lui ferai voir par cette épée qu'il est l'ennemi de

l'honneur.

SIMONIDE, _à part_.--Non!--Voici ma fille qui portera témoignage.

(Entre Thaïsa.)

PÉRICLÈS.--Vous qui êtes aussi vertueuse que belle, dites à votre père

couronné si jamais ma langue a sollicité ou si ma main a rien écrit qui

sentit l'amour.

THAISA.--Quand vous l'auriez fait, seigneur, qui s'offenserait de ce qui

me rendrait heureuse?

SIMONIDE.--Ah! madame, vous êtes si décidée? J'en suis charmé (_à

part_). Je vous dompterai.--Voulez-vous sans mon consentement aimer un

étranger? (_à part_). Qui, ma foi, est peut-être mon égal par le

sang.--Écoutez-moi bien, madame, préparez-vous à m'obéir; et vous,

seigneur, écoutez aussi.... Ou soyez-moi soumis, ou je vous.... marie.

Allons, venez, vos mains et vos actes doivent sceller ce pacte: c'est en

les réunissant que je détruis vos espérances; et, pour votre plus grand

malheur, Dieu vous comble de ses joies.--Quoi, vous êtes contente?

THAISA, _à Périclès_.--Oui, si vous m'aimez, seigneur.

PÉRICLÈS.--Autant que ma vie aime le sang qui l'entretient.

SIMONIDE.--Quoi, vous voilà d'accord?

TOUS DEUX.--Oui, s'il plaît à Votre Majesté.

SIMONIDE.--Cela me plaît si fort que je veux vous marier; allez donc le

plus tôt possible vous mettre au lit.

Périclès Tragédie · 第 16 / 37 题