Pentapolis.--Appartement dans le palais.
_Entre_ SIMONIDE _lisant une lettre; les_ CHEVALIERS _viennent à sa
rencontre_.
PREMIER CHEVALIER.--Salut au bon Simonide!
SIMONIDE.--Chevaliers, ma fille me charge de vous dire qu'elle ne veut
pas avant un an d'ici entrer dans l'état du mariage: ses motifs ne sont
connus que d'elle, et je n'ai pu les pénétrer.
PREMIER CHEVALIER.--Ne pouvons-nous avoir accès auprès d'elle, seigneur?
SIMONIDE.--Non, ma foi! Elle s'est si bien renfermée dans sa chambre
qu'on ne peut y entrer; elle veut porter pendant un an encore la livrée
de Diane: elle l'a juré par l'astre de Cynthie et sur son honneur
virginal.
SECOND CHEVALIER.--C'est avec regret que nous prenons congé de vous.
(Ils sortent.)
SIMONIDE.--Les voilà bien congédiés: maintenant voyons la lettre de ma
fille. Elle me dit qu'elle veut épouser le chevalier étranger, ou ne
jamais revoir le jour ni la lumière. Madame, fort bien; votre choix est
d'accord avec le mien: j'en suis charmé. Comme elle fait la décidée
avant de savoir si j'approuve ou non! Allons, je l'approuve; et je
n'admettrai pas plus de retard. Doucement, le voici; il me faut
dissimuler.
(Entre Périclès.)
PÉRICLÈS.--Mille prospérités au bon Simonide!
SIMONIDE.--Recevez le même souhait; je vous remercie de votre musique
d'hier soir: je vous proteste que jamais mes oreilles ne furent ravies
par une mélodie aussi douce.
PÉRICLÈS.--Je dois ces éloges à l'amitié de Votre Altesse et non à mon
mérite.
SIMONIDE.--Seigneur, vous êtes le maître de la musique.
PÉRICLÈS.--Le dernier de tous ses écoliers, mon bon seigneur.
SIMONIDE.--Permettez-moi une question.--Que pensez-vous, seigneur, de ma
fille?
PÉRICLÈS.--Que c'est une princesse vertueuse.
SIMONIDE.--N'est-elle pas belle aussi?
PÉRICLÈS.--Comme un beau jour d'été, merveilleusement belle.
SIMONIDE.--Ma fille, seigneur, pense de vous avantageusement; au point
qu'il faut que vous soyez son maître: elle veut être votre écolière, je
vous en avertis.
PÉRICLÈS.--Je suis indigne d'être son maître.
SIMONIDE.--Elle ne pense pas de même: parcourez cet écrit.
PÉRICLÈS.--Qu'est-ce que ceci? Elle aime, dit cette lettre, le chevalier
de Tyr. (_A part_.) C'est une ruse du roi pour me faire mourir. O
généreux seigneur, ne cherchez point à tendre un piège à un malheureux
étranger qui ne prétendit jamais à l'amour de votre fille, et se
contente de l'honorer.
SIMONIDE.--Tu as ensorcelé ma fille, et tu es un lâche.
PÉRICLÈS.--Non, de par les dieux! Seigneur, jamais je n'eus une pensée
capable de vous faire outrage; je n'ai rien fait pour mériter son amour
ou votre déplaisir.
SIMONIDE.--Traître, tu mens.
PÉRICLÈS.--Traître!
SIMONIDE.--Oui, traître.
PÉRICLÈS.--A tout autre qu'au roi, je répondrais qu'il en a menti par la
gorge.
SIMONIDE, _à part_.--J'atteste les dieux que j'applaudis à son courage.
PÉRICLÈS.--Mes actions sont aussi nobles que mes pensées qui n'eurent
jamais rien de bas. Je suis venu dans votre cour pour la cause de
l'honneur, et non pour y être un rebelle; et quiconque dira le
contraire, je lui ferai voir par cette épée qu'il est l'ennemi de
l'honneur.
SIMONIDE, _à part_.--Non!--Voici ma fille qui portera témoignage.
(Entre Thaïsa.)
PÉRICLÈS.--Vous qui êtes aussi vertueuse que belle, dites à votre père
couronné si jamais ma langue a sollicité ou si ma main a rien écrit qui
sentit l'amour.
THAISA.--Quand vous l'auriez fait, seigneur, qui s'offenserait de ce qui
me rendrait heureuse?
SIMONIDE.--Ah! madame, vous êtes si décidée? J'en suis charmé (_à
part_). Je vous dompterai.--Voulez-vous sans mon consentement aimer un
étranger? (_à part_). Qui, ma foi, est peut-être mon égal par le
sang.--Écoutez-moi bien, madame, préparez-vous à m'obéir; et vous,
seigneur, écoutez aussi.... Ou soyez-moi soumis, ou je vous.... marie.
Allons, venez, vos mains et vos actes doivent sceller ce pacte: c'est en
les réunissant que je détruis vos espérances; et, pour votre plus grand
malheur, Dieu vous comble de ses joies.--Quoi, vous êtes contente?
THAISA, _à Périclès_.--Oui, si vous m'aimez, seigneur.
PÉRICLÈS.--Autant que ma vie aime le sang qui l'entretient.
SIMONIDE.--Quoi, vous voilà d'accord?
TOUS DEUX.--Oui, s'il plaît à Votre Majesté.
SIMONIDE.--Cela me plaît si fort que je veux vous marier; allez donc le
plus tôt possible vous mettre au lit.