Champ ravagé par une horrible guerre,
Tu porteras un jour d'immortels monumens.
Hélas! que de valeur, de vertus, de talens
Sont cachés sous un peu de terre!
]
[14: Promenade de Lyon.]
[15: L'auteur a fait ce mot de deux syllabes.]
[16: _Un oeil de poudre_, expression consacrée: pas plus de poudre qu'il
n'en fallait pour satisfaire l'opinion, ou bien autant de poudre qu'en
exigeait une demi-toilette.
Me pardonnera-t-on de reproduire ici le résumé de quelques recherches
sur ce mot _poudre_?
Il se reproduit à chaque instant dans la conversation; il entre dans la
composition de plusieurs proverbes. Examinons ses différentes
acceptions.
On donne le nom de _poudre_ aux débris d'un solide divisé en parties
aussi ténues que possible. _Poudre_ dans ce sens est employé pour
_terre_. Dieu dit à Adam qu'il avait tiré de la boue qui n'est que de la
_poudre_ délayée, _de limo terræ_, «tu es _poudre_ et ta redeviendras
_poudre_.» Telle est en effet l'origine et la fin de tous les hommes,
les rois y compris. Les Égyptiens pour y soustraire leurs Pharaons les
embaumaient: à force d'art, ils prolongeaient l'existence de ces nobles
cadavres. Mais encore le temps en vient-il à bout, et à la longue
fait-il tomber en poudre la momie d'un prince comme celle d'un chat.
_Poudre_ en ce sens est très-poétique. Racine, qui peut-être est un
poëte, dit en parlant de Dieu:
«Il parle, et dans la _poudre_ il les fait tous rentrer.»
Corneille avait fait dire avant lui à Camille, soeur des _Horaces_, dans
ses imprécations contre Rome:
«Puissé-je de mes yeux y voir tomber le foudre,
Voir ses maisons en cendre et tes lauriers en _poudre_!»
De là mettre en _poudre_, réduire en _poudre_.
Un imitateur de Corneille dit, en parlant de la première mésaventure du
général Mack, dans une ode qui peut se chanter sur l'air de _la pipe de
tabac_.
Vous qui deviez comme la foudre
Mettre la république à sac,
Voilà tous vos lauriers en _poudre_,
Vous pouvez les prendre en tabac.