Considérons d'abord les impressions que nous recevons de la
nature quand nous sommes devant elle en simple contemplation.
Nous reposons notre vue sur les choses avec béatitude. Nous ne les
scrutons pas du regard, nous ne les étudions pas, nous ne nous
posons à leur sujet aucune question. La détente cérébrale est
parfaite; et c'est justement de cette détente que nous jouissons; c'est
elle que nous venons chercher aux champs, sur les grèves ou dans
les bois; c'est elle que nous demandons aux paisibles spectacles de
la nature. Notre esprit se donne congé; et il peut se faire que
vraiment, pendant un certain temps, nous ne pensions à rien. Mais
pour peu que cette contemplation oisive se prolonge, dans cet état
de distraction où s'endort l'intelligence, il est impossible que
n'apparaissent pas les images; elles se produisent, évoquées
spontanément par association d'idées, à peine conscientes, attirant
d'autant moins notre attention qu'elles sont plus en harmonie avec
les objets que nous avons devant les yeux; et peu à peu notre
contemplation devient rêverie.
L'expression même de notre regard, dans la contemplation
poétique, suffirait à déceler ce changement dans notre état de
conscience; il est songeur, distrait, ou étrangement fixe: on voit
bien que notre pensée est ailleurs. Notre attitude est celle du
recueillement ou de la méditation intérieure. C'est alors que nous
nous laissons aller à ces illusions que tous les contemplateurs et
poètes se sont plu à nous décrire: diffusion du moi dans les choses,
perte du sentiment de la personnalité, tendance du spectateur à
s'identifier avec les objets de sa contemplation. Nos représentations,
devenues plus vives, ne se distinguent plus nettement de nos
perceptions, devenues plus distraites; la différence que dans notre
état lucide nous maintenons entre l'imaginaire et le réel tend à
s'effacer; et nous aimons cette indécision; nous nous y perdons à
plaisir.
De là cet attrait particulier qu'ont pour le poète les spectacles de la
nature qui par leur caractère étrange, indécis, mystérieux, font
l'effet de choses imaginées plutôt que perçues: mirages, échos,
reflets, vagues apparitions d'objets dans la brume, clairs de lune
féeriques, bizarres édifices de nuées au soleil couchant, rumeurs
confuses du vent qui passe sur la forêt. Ce sont de ces choses qui
entrent d'elles-mêmes dans la contemplation poétique, parce que
dans la nature même et pendant que nous les percevons elles font
déjà l'effet d'un rêve.
Les objets lointains, inaccessibles, qui nous apparaissent par delà
de vastes plaines, aux confins de l'horizon, ont au plus haut degré
ce caractère. Aussi la poésie d'un paysage est-elle presque toujours
dans ses lointains. Aux premiers plans, les objets sont solides,
tangibles, bien matériels; à mesure qu'ils s'éloignent, ils perdent de
leur relief et de leur réalité; ils ne font plus l'effet que de visions,
d'apparitions vagues, de choses à demi-imaginaires[11]. C'est la
zone indécise où les couleurs des objets s'effacent, où les
colorations deviennent étranges et fantastiques, où la terre se fond
en couches vaporeuses et rejoint le ciel; c'est la région enchantée
vers laquelle s'en vont nos rêves.
Mais plus encore que l'éloignement, l'absence poétise les choses.
Les spectacles qui lorsque nous les avons réellement perçus nous
ont paru seulement agréables, deviennent charmants lorsque nous
nous en donnons la vision mentale. Un objet même vulgaire prend
une certaine poésie dans le souvenir: c'est qu'alors il n'est plus
qu'une image; ce qu'il pouvait avoir de trivial dans la réalité
s'oublie; notre représentation l'épure.
De tout temps l'imagination poétique s'est complu à diviniser la
nature, à la personnifier, à l'animer. C'est encore une manière de
mettre de l'imaginaire dans le réel, et du merveilleux dans le
monde. Ce serait en effet méconnaître étrangement l'état d'esprit
des poètes primitifs, que de supposer qu'ils prenaient tout à fait au
sérieux et dans un sens réaliste les conceptions de l'antique
mythologie. Je ne sais s'il y a jamais eu un temps où l'on croyait
que Zeus brandissait réellement la foudre, que vraiment Poséidon
soulevait les flots de son trident, que les dieux tenaient leur
assemblée sur la cime du mont Olympe. A coup sûr les poètes ne
l'ont jamais cru: ils devaient trop bien sentir ce qu'il y avait
d'imaginatif dans ces mythes dont ils s'inspiraient, et ce qu'ils y
mettaient eux-mêmes d'imagination en les développant. S'ils
avaient pris cette légende dorée pour de l'histoire, ils s'en seraient
désintéressés, car elle eût alors perdu pour eux tout son charme
poétique. S'ils se donnaient l'illusion d'y croire, c'était pour trouver
plus d'intérêt à ce jeu d'imagination. De même, quand le poète
moderne personnifie les forces de la nature, quand il leur donne
une sorte de vie, des sentiments avec lesquels il sympathise, lui
aussi sait bien que ce n'est qu'un jeu, une illusion dans laquelle il
s'enfonce à plaisir, par attrait du merveilleux, pour se, donner la
représentation d'un état d'âme étrange et surprenant, celui que l'on
pourrait prêter aux choses.
Il faut d'ailleurs le remarquer. Ce n'est pas en présence des objets
réels que cette illusion tend à se produire. L'objet perçu dans sa
réalité se prête mal à ces personnifications et ces métamorphoses.
C'est dans les souvenirs du poète, c'est dans ses descriptions que la
nature se transforme à ce point. Alors elle n'est plus que
représentée par des images plastiques, transformables, que l'on
peut modifier dans le sens du merveilleux; et les êtres fictifs que la
fantaisie du poète peut concevoir trouveront facilement place dans
ce monde imaginaire. Quand sur le bord de l'océan je regarde les
vagues qui déferlent sur la grève, j'y vois des masses d'eau
croulantes; quand je les imagine, je puis leur prêter une voix
lamentable qui parle de naufrages et de morts:
Où sont-ils, les marins sombres dans les nuits noires?
O flots, que vous savez de lugubres histoires,
Flots profonds, redoutés des mères à genoux!
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir, quand vous venez vers nous!
V. HUGO.
Dans les représentations de ce genre, on peut constater une
tendance presque fatale de l'imagination à l'anthropomorphisme.
Animer la nature, ce sera toujours prêter aux choses ou aux êtres
inférieurs des sentiments plus ou moins analogues à ceux de
l'homme, les seuls que nous puissions nettement nous représenter;
et avec la représentation de tels sentiments apparaîtront presque
fatalement, évoquées par analogie, recherchées par le poète pour
rendre plus dramatique l'expression qu'il prête aux choses, des
images de la forme humaine. Toute personnification intense des
forces de la nature, par la pente naturelle de la rêverie, devient
donc anthropomorphique.
Cette tendance, que l'on a reprochée à la mythologie grecque, ne
lui est pas spéciale: elle se retrouvera dans toute poésie.
Nous avons renoncé aux formes du merveilleux antique, à Cybèle,
à Phoebus, à Borée, à Amphitrite, aux Naïades, etc. Et nous avons
bien fait d'y renoncer, parce que ce sont des formes surannées, dont
l'art a épuisé, à force de s'en servir, toute la vertu suggestive: c'est à
nous, si nous voulons faire vraiment oeuvre de poésie, d'imaginer
des mythes nouveaux. Mais nous aurons beau nous ingénier, par la
force des choses nous reviendrons toujours à des procédés
d'invention analogues. Dans nos personnifications se retrouvera
forcément un rappel de la forme humaine. La nature sera
représentée maternelle, berçant les hommes sur son sein; ou cruelle,
absorbée dans son oeuvre, indifférente à nos joies ou nos tristesses,
mais toujours avec quelque trait qui l'humanise. Le vent, ce sera le
berger indolent, indécis dont parle Shelley, qui pousse devant lui le
troupeau des nuages; ou quand il s'irritera, il évoquera vaguement
l'image d'une figure hurlante, d'un génie ailé qui passe emporté
dans un tourbillon. Dans les litanies de la mer, qu'a chantées
Richepin, reparaît jusqu'à l'obsession la forme féminine. Prenez
une phrase poétique quelconque impliquant une personnification
de la nature, et vous verrez s'y dessiner, plus ou moins effacée,
parfois presque évanouissante, une image humaine.
Le printemps inquiet parait à l'horizon.
A. DE MUSSET.
Et l'aube douce et pâle, en attendant son heure,
Semble toute la nuit errer au bas du ciel.
V. HUGO.
Ce ne sont pas là de simples métaphores verbales, mais des
_figures de pensée_, dans lesquelles l'image réaliste des choses
tend à se métamorphoser en une image plus vivante, plus animée,
avancée de plusieurs étapes dans la progression des êtres, et par
conséquent plus rapprochée de l'homme.
Cette métamorphose comporte bien des degrés. On peut pousser le
jeu plus ou moins avant, s'enfoncer dans le merveilleux ou s'en
retirer. Dans la lutte d'Achille contre le Xanthe (Iliade, ch. XXI),
d'abord le fleuve se personnifie pour parler d'une voix humaine,
puis il se liquéfie en quelque sorte et n'est plus qu'un torrent
débordé dont les eaux grondent et mugissent. Cette instabilité des
images qui se succèdent en tableaux fondants a toutes les allures
du rêve. De même dans les descriptions de nos modernes poètes,
nous passons par transitions insensibles des personnifications les
plus fantaisistes de la nature à sa représentation réaliste; et parfois
les deux modes de représentation se superposent, transparaissent
l'un à travers l'autre, comme il arrive pour les deux courants de
pensée qui se développent simultanément dans une phrase
métaphorique.
Ainsi le monde réel, en passant par notre esprit, s'y charge de
poésie; et c'est cette poésie qu'ensuite nous retrouvons dans les
choses.
Tout ce que nous avons mis de nous-mêmes dans la nature, toutes
les rêveries qu'elle nous a suggérées, toutes les émotions qu'elle
nous a données ou que nous lui avons prêtées, tout cela nous
revient au coeur quand nous la contemplons. De là son attrait
esthétique. Nos rêveries font les fleurs plus charmantes, le ciel plus
profond, les couchants plus diaprés, les voix de la nature plus
émouvantes. Elles embellissent le monde de toute la poésie dont
elles le pénètrent.
Y a-t-il des objets poétiques en eux-mêmes? On le dit. On le croit.
Mais ce n'est qu'une illusion. Un objet perçu dans sa réalité, si
charmant, si admirable qu'il puisse être, ne donne jamais une
impression de poésie. Nulle réalité matérielle n'est poétique. Il n'y
a de poétique que l'imaginaire.
«Je ne peux pas, écrivait A. Daudet[12], me rappeler sans sourire
le désenchantement que j'ai eu en mettant le pied pour la première
fois dans un caravansérail d'Algérie. Ce joli mot de caravansérail,
que traverse comme un éblouissement tout l'Orient féerique des
_Mille et une Nuits_, avait dressé dans mon imagination des
enfilades de galeries découpées en ogives, des cours mauresques
plantées de palmiers, où la fraîcheur d'un mince filet d'eau
s'égrenait en gouttes mélancoliques sur des carreaux de faïence
émaillée; tout autour, des voyageurs en babouches, étendus sur des
nattes, fumaient leurs pipes à l'ombre des terrasses, et de cette halte
montait sous le grand soleil des caravanes une odeur lourde de
musc, de cuir brûlé, d'essence de rosé et de tabac doré... Les mots
sont toujours plus poétiques que les choses. Au lieu du
caravansérail que j'imaginais, je trouvai une ancienne auberge de
l'Ile de France, l'auberge du grand chemin, station de rouliers, relai
de poste, avec sa branche de houx, son banc de pierre à côté du
portail, et tout un monde de cours, de hangars, de granges,
d'écuries.» Les mots sont-ils en effet plus poétiques que les choses?
Disons plutôt que l'idée que nous nous faisons des choses est
toujours plus poétique que la réalité; il ne peut même y avoir de
poétique dans les choses que l'idée que nous nous en faisons.
Il est seulement des objets qui plus que les autres mettent
l'imagination en mouvement; qui nous rappellent des souvenirs
plus chers, auxquels nous revenons plus volontiers; qui se sont
trouvés sous nos yeux dans nos heures de joie ou de mélancolie;
qui grâce à leur beauté intrinsèque donnent aux rêveries qu'ils nous
suggèrent une allure plus esthétique. Ceux là nous semblent en
effet avoir une sorte de poésie propre, qui émanerait d'eux comme
d'une source vive. En réalité il en est d'eux comme des autres.
Toute leur poésie vient de nous. Elle est en nous. Eux-mêmes ne
nous donneront une impression poétique que dans la mesure où la
série des images qu'ils peuvent nous suggérer se développera
réellement en nous dans la contemplation rêveuse.
La source véritable de toute poésie, c'est l'âme humaine.
On a discuté, entre esthéticiens, pour savoir s'il peut y avoir autant
de poésie dans ce qui est artificiel que dans ce qui est naturel.
Quelques puristes estiment que l'homme, avec son industrie
encombrante, ne peut que faire tache au milieu des libres
productions de la nature: aies en croire, toute poésie fuirait devant
cet être brutal, brusque et accapareur; il n'interviendrait que pour
rompre l'harmonie des choses. -- Pourquoi l'homme gâterait-il
forcément la nature? Il en fait partie. Des travailleurs dans les
champs, le laboureur penché sur sa charrue, des marins sur la grève,
un pâtre dans les prés de la montagne ne rompent pas l'harmonie
d'un paysage. Ce qui fait fuir la rêverie, c'est ce qui est grossier,
c'est-à-dire ce qui appartenant à un milieu inférieur se trouve
transporté dans un milieu supérieur. L'homme dans son milieu
naturel n'est pas vulgaire.
L'accoutumance ici doit jouer un rôle; il faut que l'adaptation se
soit faite. Ce que nous trouvons prosaïque, c'est moins ce qui est
artificiel que ce qui est trop neuf. L'automobile paraît moins
poétique que la diligence; le steamer ne parle pas encore à
l'imagination comme l'antique navire à voiles. Les premières
cheminées d'usine se dressant à l'horizon ont paru insolites et
discordantes: peu à peu, le regard s'y est fait, l'harmonie s'est
rétablie. Ces disgracieux objets ont pris quelque chose de la poésie
des grandes plaines au milieu desquels ils s'élèvent; maintenant ils
se mêlent à des impressions de nature. Pour quiconque s'est habitué
dès son enfance à les voir, ils ont un charme de souvenir. Ils nous
font déjà l'effet de ces choses qui semblent avoir de tout temps
existé.
En somme dans tout objet, si vulgaire qu'il semble, il y a comme
une possibilité permanente de poésie.
Il est des choses artificielles qui non seulement restent en parfaite
harmonie avec la nature et ne lui retirent rien de son charme, mais
qui lui ajoutent autant de poésie qu'elles en reçoivent. Dans sa
première lettre à John Murray, Byron a plaidé avec éloquence la
cause de l'artificiel et de l'humain. «Il y a autant de poésie, dit-il,
dans le Parthénon que dans le rocher qui le porte; une digue
puissante, repoussant l'assaut des vagues, est aussi poétique que les
masses d'eau dont elle est frappée. Un mât de vaisseau avec tous
ses cordages peut aussi bien inspirer le poète qu'un sapin d'Ecosse
ou qu'un cèdre du Liban». Dans ses _Problèmes de l'esthétique
contemporaine_, Guyau défend contre Sully-Prudhomme la poésie
des machines modernes, de la locomotive «courant sur les rails de
fer qu'elle fait trembler, puissante comme la volonté humaine», des
escadres qui échangent leur salut, du canon qui tonne. Le plus
fervent adorateur de la nature qui fut jamais, John Ruskin, a senti
aussi profondément que personne la poésie de l'architecture.
Tout ce que nous venons de dire de la poésie de la nature nous
permet de nous prononcer avec certitude sur la question présente.
Toute poésie étant subjective, et consistant dans une attitude
mentale que nous prenons en présence des choses plutôt que dans
une qualité qui leur serait inhérente, il n'y a aucune raison pour que
la nature ait le privilège de déterminer en nous cette attitude. Qu'un
objet soit naturel ou artificiel, peu importe, il sera poétique dans la
mesure où il pourra nous inciter à la rêverie. Pourquoi l'oeuvre des
hommes, qui nous touche de si près, qui peut évoquer tant de
souvenirs, qui devrait éveiller tant de sympathies, parlerait-elle
moins à notre imagination que la nature inanimée?
Ce qu'il y a de plus poétique au monde, c'est l'homme même. Où
pouvons-nous trouver une plus riche matière à représentations que
dans l'être qui a lui même la vie psychique la plus intense, la plus
riche, la plus harmonieuse et la plus belle?
On s'attendrit sur la fleur qui va s'épanouir; et c'est en effet une
chose qui prête à la rêverie: la vue d'un enfant au berceau, de ce
petit être qui s'ouvre peu à peu à la vie consciente, qui commence à
s'avancer, souriant et indécis, vers ses mystérieuses destinées, est
un objet de contemplation autrement poétique. Rien dans la nature
inanimée n'a plus de grâce qu'une adolescence, plus de majesté
qu'une âme dans son plein développement, plus de mélancolie que
le déclin d'une existence humaine.
Sans doute, ici encore, nous avons une tendance, aisément
explicable, à trouver l'image des choses plus poétique que la réalité:
nous rêverons longuement sur des personnages de drame ou de
roman; leur vie fictive, leurs passions et leurs amours, les
péripéties de leur existence nous sembleront très poétiques, et
quand nous reviendrons au spectacle de l'existence réelle, nous n'y
trouverons que de la prose très vulgaire.
C'est que nous ne sommes pas assez poètes. Si nous l'étions
davantage, nous saurions transfigurer même cette réalité. Il est des
heures exceptionnelles où cette métamorphose s'opère d'elle-même,
où la poésie déborde tellement en nous que la vie réelle nous
semble plus belle que le plus beau rêve; ainsi dans l'ivresse de
l'adolescence; ainsi dans l'éveil d'un grand amour.
Il ne faut d'ailleurs pas être injuste. Même considéré tel qu'il est,
sans qu'il soit nécessaire de se faire illusion sur son compte,
l'homme a sa noblesse et sa dignité. Dans l'existence la plus
vulgaire il y a encore une place pour l'idéal. Il y a dans la vie, telle
qu'elle est, un élément de poésie pure; ce sont toutes les affections,
toutes les tendresses, toutes les passions généreuses, toutes les
nobles aspirations, dont seul un pessimisme injuste pourrait nier
l'existence; c'est toute la vie du coeur.
On s'indigne parfois de ce qui se fait chez les hommes, on en
détourne les yeux, on se réfugie dans la sérénité de la nature.
Oh, laissez-moi fouler les feuilles desséchées
Et m'égarer au fond des bois!
Dans la nature entière on ne trouvera rien qui vaille plus et mieux
que ces êtres que l'on méprise.
Que l'on cesse donc d'opposer, comme on le fait parfois, le
prosaïsme de la vie humaine à la poésie de la nature. Tout peut être
matière à poésie, et par excellence le spectacle de la vie humaine.