_POUTRÉ, CAMEL_
CAMEL, _entrant_--Eh bien, père Poutré, avez-vous appris la
nouvelle?
POUTRÉ--Arrière, traître! . . . ou plutôt approche! Tu n'es pas
satisfait, je suppose . . . Eh bien, mets le comble à toutes les
infamies, lâche. Tu as conduit le fils à l'échafaud; il n'ira pas
seul; arrête le père aussi! Achève ton ouvrage! . . . je hais les
despotes dont tu t'es fait le vil valet, entends-tu? je les hais!
je les insulte, et je leur cracherais à la figure s'ils étaient
ici présents. Toi, tu es trop lâche!
CAMEL--Allons donc, père Poutré, vous m'en voulez donc toujours? Je
n'ai pourtant fait que mon devoir. Mon intention n'a jamais été de
vous faire de la peine. Je sais bien que vous m'avez rendu service
plus d'une fois, et pour vous prouver que je ne suis pas ingrat, je
viens vous apporter des nouvelles de Montréal.
POUTRÉ--Qu'as-tu encore à m'apprendre, renégat? La condamnation de
Félix, sans doute? . . .
CAMEL--Oh! non, pas tout à fait; mais il y a dix de ses compagnons
qui viennent d'être condamnés à mort. Le notaire De Lorimier est du
nombre.
POUTRÉ--Et l'on ne parle pas de Félix? On m'avait dit . . .
CAMEL--Attendez donc? Ils ne peuvent pas en pendre vingt-cinq à
la fois . . .
POUTRÉ--Le pauvre enfant! . . .