_TOINON, les Prisonniers_
TOINON--Y a un bon bout d'temps que not'fou est parti . . . C'est
toujours un moment de tranquillité . . . En v'la-t-y une idée de
devenir fou, comme ça, tout d'un coup! . . . et fou! . . . C'est pas
pour rire . . . Y nous cassera queuque membre dans l'corps à queuque
bon moment Tout ça, ça me fait ennuyer de chez nous, gros! C'est
embêtant d'mourir pour la patrie, comme y disent . . . j'aimerais
autant avoir jamais touché au sabre de mon grand-père . . . là . . .
vrai! . . . Epi on en a peut-être pas assez d'être enfermés comme
des malfaiteurs, nourris au pain sec, et pendus les uns après les
autres, sans se faire meurtrir à coups de pied et à coups de poing
par le fou! Moi, surtout, j'suis d'une constitution comme ça j'sais
pas . . . mais . . . j'ai la peau si délicate que le moindre coup
d'pied me fait mal . . . Epi, à la longue, c'est ça que ça vient
désagréable . . . Sans compter qu'on dirait qu'il le fait exprès,
quand il a queuque horison à distribuer, c'est toujours à moi qu'il
s'adresse . . . Ah! j'veux ben mourir pour la Patrie c'te fois-citte,
mais pour jamais me mêler de patriotisme, j'pense pas, minoux! . . .
C'est des vilains jeux, ça! (_On ouvre._) Bon, v'la not'fou! . . .
Ah! j'savais ben que ça ne serait pas pour longtemps.
(_Le geôlier amène Félix et Béchard, et sort._)