Qu'il faille exciter des chrétiens à s'asseoir à la Table sainte, à se
nourrir du pain de vie, à recevoir en eux _l'auteur et le consommateur
de la foi_[674], le Sauveur des hommes, le Verbe de Dieu; qu'ils
cherchent de tous côtés des prétextes pour se tenir éloignés de lui;
qu'ils regardent comme une dure obligation le devoir qu'impose
l'Église de participer, en certains temps, au corps et au sang de
Jésus-Christ: c'est quelque chose de si prodigieux et tout ensemble de
si effrayant, que l'âme fuit cette pensée, comme elle fuirait une
vision de l'enfer. Mais, parmi les fidèles que l'amour attire au
banquet sacré de l'Époux, il en est qui, abusés par de tristes et
fausses doctrines, ou retenus par les scrupules d'une conscience
timide à l'excès, ne se croient jamais assez préparés, et se privent
volontairement de la divine Eucharistie, à cause du respect même que
leur inspire cet auguste sacrement. Sans doute on doit s'éprouver
soi-même; sans doute il serait à désirer que ceux qui mangent le pain
des Anges, eussent toute la pureté de ces célestes esprits: mais celui
qui connaît notre misère, et qui est venu la guérir, n'exige pas que
l'homme soit parfait pour approcher de la source des grâces; il
demande seulement qu'il se soit purifié par la pénitence, et qu'il
apporte au pied de l'autel _un coeur contrit et humilié_[675], un
repentir sincère de ses fautes, une volonté droite, un amour ardent.
Tandis que Jésus repousse et maudit les Pharisiens, superbes
observateurs de la Loi, il accueille la femme pécheresse, il compatit
à son humble douleur, il bénit ses larmes, et _beaucoup de péchés lui
sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé_[676]. Trop souvent les
apparentes délicatesses de conscience qui séparent longtemps de la
communion, cachent un grand et coupable orgueil. Au lieu de
s'abandonner aux conseils du guide qui tient la place de Dieu, on veut
se conduire et se juger soi-même: erreur funeste dont le dernier
terme, le terme inévitable est ou le désespoir, ou une effroyable
présomption. Ne quittez, ne quittez jamais la voie de l'obéissance:
toutes les autres aboutissent à la perdition. Si l'on vous interdit
l'accès de la Table sainte, abstenez-vous et pleurez; car quel sujet
plus légitime de pleurs? Si l'on vous dit: Allez à Jésus dans le
sacrement de son amour; approchez avec allégresse. Nulle disposition
n'égale le sacrifice entier du raisonnement humain et de la volonté
propre; ayez en tout et toujours la simplicité d'un petit enfant: la
simplicité du coeur est chère à Dieu; il la bénit pour le temps, il la
bénit pour l'éternité.
[674] Héb., XII, 2.
[675] Ps. L, 19.
[676] Luc, VII, 47.