S'il est nécessaire de _préparer son âme avant la prière_[648],
combien plus avant d'approcher de la divine Eucharistie? Et c'est
pourquoi l'Apôtre dit: _Que l'homme s'éprouve soi-même, et qu'il mange
ainsi de ce pain, et boive de ce calice: car celui qui mange et boit
indignement, mange et boit son jugement, ne discernant point le corps
du Seigneur_[649]. Mais, hélas! mon Dieu, plus je m'éprouve, plus je
me reconnais indigne de m'unir à vous dans le sacrement adorable de
votre corps et de votre sang: et cependant _si je ne mange votre
chair, et ne bois votre sang, je n'aurai point la vie en moi_[650]; de
sorte que je suis partagé entre le désir de m'asseoir au banquet sacré
où vous invitez vos fidèles, et la crainte d'entendre ces paroles
terribles: _Pourquoi êtes-vous entré ici sans être revêtu de la robe
nuptiale? Jetez-le, pieds et mains liés, dans les ténèbres
extérieures: là sont les pleurs et les grincements de dents_[651]. Que
ferai-je donc? Ah! voici ce que je ferai. Je me présenterai tel que je
suis, dépouillé, nu, misérable, devant mon Seigneur et mon Dieu, et je
lui dirai: Ayez pitié de moi, Seigneur, et daignez me revêtir
vous-même du vêtement pur, qui me rendra digne d'être admis dans la
salle du festin. Si vous ne venez à mon secours, si vous ne suppléez à
mon indigence, je serai, ô mon divin maître, à jamais exclu de votre
Table sainte; mais vous laisserez tomber sur ce pauvre un regard de
compassion; vous viendrez à lui dans votre bonté, dans votre
miséricorde immense, et votre main s'étendra pour couvrir sa nudité:
oui, _Seigneur, j'ai espéré en vous, et je ne serai point confondu
éternellement_[652].
[648] Eccles., XVIII, 23.
[649] I. Cor., XI, 28, 29.
[650] Joann., VI, 54.
[651] Matth., XXII, 12, 13.
[652] Ps. XXX, 2.