Nous voyons ici l'accomplissement des promesses divines, des
espérances du genre humain, des figures et des prophéties de
l'ancienne Loi. Le sacrifice réel, celui qui opère à jamais la
réconciliation de l'homme avec Dieu, succède aux sacrifices
symboliques et sans efficacité. La véritable Pâque est immolée[562],
la manne céleste nourrit désormais, non plus seulement le peuple
d'Israël, mais tous les peuples de l'alliance nouvelle, tous les vrais
enfants du Père des croyants. À l'exemple du _Roi de Paix[563], le
Pontife éternel selon l'ordre de Melchisedech_[564], offre au
Très-Haut le pain et le vin, _le pain vivant descendu du Ciel_[565]:
_et le pain qu'il donne est sa chair_[566], et le vin est son sang; et
_en vérité, à moins qu'on ne mange la chair, et qu'on ne boive le sang
du Fils de l'homme, on n'aura point la vie en soi_[567]: _car ma
chair_, il le dit lui-même, _est vraiment une viande, et mon sang un
breuvage: celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et
moi en lui_[568]: _voilà le pain descendu du Ciel: qui mange ce pain
vivra éternellement_[569]. Il n'y a point à hésiter; ce langage est
clair; il faut se soumettre, il faut dire: Je crois; Seigneur,
augmentez ma foi[570]. Et qu'avaient annoncé les Prophètes? _Les
pauvres mangeront et seront rassassiés, et leur âme vivra
éternellement. Tous les riches de la terre ont mangé et ont adoré:
tous ceux qui habitent la terre se prosterneront en sa présence_[571].
Et nous aussi, dans l'inébranlable fermeté de notre foi, mangeons et
adorons; rassasions-nous de celle chair, abreuvons-nous de ce sang,
qui nous transforme en Jésus-Christ même. Victime d'un prix
inestimable, il acquitte volontairement notre dette envers la justice
divine, et pour nous appliquer, sans réserve et sans mesure, la vertu
de son sacrifice, il unit sa chair à notre chair, son âme à notre âme,
de sorte que, par celle ineffable union, _nous sommes remplis de la
divinité dont la plénitude habite en lui corporellement_[572].
Prodigieux mystère d'amour! _L'homme a mangé le pain des anges_[573].
Et comment? parce que «le Verbe de Dieu qui nourrit, dit saint
Augustin, de sa substance incorruptible les anges incorruptibles,
s'est fait chair, et a habité parmi nous[574]. Comme donc la créature
spirituelle se nourrit du Verbe, qui est son aliment par excellence;
et comme l'âme humaine, spirituelle aussi, mais, en punition du péché,
chargée des liens de la mortalité, a été abaissée de telle sorte,
qu'il faut qu'elle s'efforce d'atteindre par les conjectures des
choses visibles, à l'intelligence des choses invisibles: l'aliment
spirituel de la créature a été fait visible, non par un changement de
sa nature, mais relativement à la nôtre, afin qu'en cherchant ce qui
est visible, nous fussions rappelés au Verbe invisible[575].»
Chrétiens, allez au banquet sacré, approchez-vous de cette table où
Jésus-Christ tout entier se livre à vous, où le Verbe divin se fait
lui-même votre aliment incompréhensible: _Prenez et mangez le
véritable pain du Ciel_[576]. Là est l'espérance, la vie, la dernière
épreuve de la foi, la consommation de l'amour.
[562] I. Cor., V, 7.
[563] Gen., XIV, 18.
[564] Ps. CIX, 4.
[565] Joann., VI, 51.
[566] _Ibid._, 52.
[567] _Ibid._, 54.
[568] _Ibid._, 56, 57.
[569] _Ibid._, 59.
[570] Luc., XVII, 5.
[571] Ps. LIX, 21, 27, 30.
[572] Coloss, II, 9, 10.
[573] Ps. LXXVII, 25.
[574] S. Aug., Enarrat. in Ps. LXXVI, c. 17.
[575] Aug., De liber. arbitr., libr. III, cap. 30.
[576] Luc., XXII, 10. Joann., VI, 33.