Les maladies, les peines, les souffrances, les tentations,
l'invincible désir d'une félicité que rien ne nous offre ici-bas, tout
nous rappelle sans cesse à cette grande éternité où la foi nous
promet, dans la possession de Dieu même, le repos, la paix, le bien
parfait, infini, auquel nous aspirons de toutes les puissances de
notre âme. Et voilà pourquoi les saints gémissent si amèrement sous le
poids des liens qui les retiennent encore sur la terre; voilà pourquoi
l'Apôtre s'écriait: _Je désire que mon corps se dissolve, afin d'être
avec Jésus-Christ_[455]. Alors plus de crainte, plus de larmes, plus
de combat, mais un éternel triomphe et une joie éternelle. Si un
faible reflet[456] de la vérité souveraine ravit déjà notre
intelligence, que sera-ce quand nous la contemplerons dans son plein
éclat! et si, dès à présent, il est si doux d'aimer, que sera-ce quand
nous nous abreuverons à la source même de l'amour! Oh! oui, Seigneur,
je désire la dissolution de mon corps, afin d'être avec vous! Cette
espérance seule me console; elle est toute ma vie. Qu'est-ce pour moi
que le monde, et que peut-il me donner? _J'ai séjourné parmi les
habitants de Cédar, et mon âme a été étrangère au milieu d'eux_[457].
Votre royaume, mon Dieu, votre royaume, je n'ai point d'autre patrie.
Daignez y rappeler ce pauvre exilé, _et il célébrera éternellement vos
miséricordes_[458].
[455] Philipp., I, 23.
[456] I. Cor., XIII, 12.
[457] Ps. CXIX, 5.
[458] Ps. LXXXVIII, 2.