RÉFLEXION.

Celui qui s'examine devant Dieu, à la lumière de la vérité, se méprise

souverainement, parce qu'il ne trouve en soi, sans la grâce, qu'un

fonds immense de corruption: et dès lors, loin de rechercher l'estime,

les respects, les honneurs, il se réfugie dans son abjection comme

dans le seul asile contre l'orgueil, la plus grande de ses misères. Si

on l'abaisse, si on le dédaigne, il ne se plaint ni ne s'irrite; il

reconnaît qu'on lui fait justice, et l'on ne saurait tant l'humilier,

qu'il ne s'humilie encore davantage intérieurement; car, en tout,

c'est Dieu qu'il regarde, et non pas les hommes. Il dit comme Job: _Si

je veux me justifier, ma bouche me condamnera; et si elle entreprend

de montrer mon innocence, elle ne prouvera que mon crime_[406]. Puis,

dans l'amertume de son coeur, appelant la miséricorde, il invoque le

Père céleste qui a pitié de sa pauvre créature. _J'ai péché: que

ferai-je, ô Sauveur des hommes? Pourquoi avez-vous mis la guerre entre

vous et moi, et suis-je devenu à charge à moi-même? Pourquoi

n'ôtez-vous pas mon péché, et n'effacez-vous pas mon iniquité? Voilà

que je dormirai dans la poussière, et quand vous me chercherez le

matin je ne serai plus_[407]. Heureux celui qui s'accuse, car il

obtiendra le pardon! heureux celui qui choisit la dernière place, car

on lui dira: _Montez plus haut_[408]!

[406] Job, XI, 20.

[407] Job, VII, 20, 21.

[408] Luc., XIV, 10.

L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre · 第 224 / 453 题