On ne saurait trop répéter à l'homme que sa grandeur, sa sécurité, sa
paix consiste à se renoncer, à se mépriser lui-même, à s'anéantir
devant Dieu, à ne vouloir en toutes choses et à ne désirer que
l'accomplissement de sa volonté sainte, sans aucun retour d'intérêt
propre, dans un abandon sans réserve à ce qu'il lui plaît d'ordonner
de nous. Il faut se détacher même de ses dons, pour s'unir à lui d'une
manière plus intime et plus pure. La ferveur sensible, les
consolations, les ravissantes douceurs de l'amour, nous sont données
et nous sont retirées selon des desseins que nous ignorons; elles
passent, et tout ce qui passe produit le trouble, si l'on s'y attache.
Dieu seul donc: n'aimons que Dieu seul, ne souhaitons que Dieu seul;
aimons-le pour lui-même, dans la tristesse comme dans la joie, dans
l'amertume comme dans la jouissance. Oui, _je vous aimerai,
Seigneur_[304], _je vous bénirai en tout temps_[305]: _vous êtes
vous-même notre paix_[306], _et dans cette paix, je dormirai et je me
reposerai_[307].
[304] Ps. XVII, 2.
[305] Ps. XXXIII, 2.
[306] Ephes., II, 14.
[307] Ps. IV, 9.