_Des prophètes se sont levés en Israël, qui prophétisent à Jérusalem
des visions de paix; et il n'y a point de paix, dit le Seigneur
Dieu_[296]. Et le monde aussi prophétise des visions de paix à ses
sectateurs; mais cette paix qu'il met dans les plaisirs, dans le
contentement de l'orgueil et de toutes les passions, ne se montre de
loin que pour tromper ceux qui la poursuivent, et quand ils se croient
près de la saisir, tout à coup elle s'évanouit _comme le songe d'un
homme qui s'éveille_[297]. La paix véritable n'est, au contraire, que
le calme d'une conscience pure: elle consiste à retrancher les désirs,
et non pas à les satisfaire. Est-il un lieu caché, un emploi obscur,
une place, un rang méprisable aux yeux du monde, elle est là surtout.
Plus le coeur s'humilie, plus elle est douce et profonde. Qu'est-ce,
en effet, qui pourrait troubler celui qui ne souhaite rien, et ne
s'attribue rien? Il n'a guère à craindre qu'on lui envie l'abaissement
où il se complaît. Mais que de grandeur dans cet abaissement cherché,
voulu de toute l'âme! Les anges le contemplent avec respect, et Dieu
le bénit du sein de sa gloire. Seigneur, venez à mon aide; terrassez
en moi l'orgueil, et j'aurai la paix; faites que, pénétré des
sentiments qui animaient le roi-prophète, il me soit donné de dire
comme lui: _J'ai choisi d'être abject dans la maison de mon Dieu,
plutôt que d'habiter tous les tentes des pécheurs: elegi abjectus
esse[298]!_
[296] Ezech., XIII, 16.
[297] Ps. LXXII, 20.
[298] Ps. LXXXIII, 11.