Tout bien découle de Dieu, qui est le bien suprême, et tout ce qu'il
fait est bon[210], parce qu'il le tire de lui. Il n'y a dans le monde
d'autre mal que le péché; car la peine du péché n'est pas un mal,
puisque, supportée patiemment, elle l'expie, et que toujours elle
rétablit l'ordre que le péché avait troublé. Ainsi nous tenons de Dieu
la vie, l'intelligence, l'amour, qui doit remonter perpétuellement
vers sa source, et de nous-mêmes nous ne pouvons rien, pas même dire:
_Mon Père_[211]! car _nous ne savons pas prier, et c'est l'esprit qui
demande en nous avec des gémissements ineffables_[212]. L'unique chose
qui nous appartienne, c'est le péché; il est le fruit de notre volonté
libre, _et son salaire est la mort_[213]. Élevons-nous tant que nous
voudrons dans notre pensée, voilà ce que nous sommes; nous n'avons
rien de plus que ce que Dieu nous donne dans sa bonté et sa
miséricorde toute gratuite. Donc à nous le mépris, la confusion, la
honte, en nous trouvant si misérables; et à Dieu _la bénédiction,
l'honneur, la gloire, la puissance_[214], comme les saints le chantent
dans le Ciel, au pied du trône de l'Agneau.
[210] Genes., I, 4 et seq.
[211] Rom., VIII, 15.
[212] _Ibid._, 26.
[213] Rom., VI, 23.
[214] Apoc., V, 13.