_Dieu est amour, et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et
Dieu en lui_[185]. Mais l'amour a ses temps d'épreuve, comme ses temps
de jouissance; et cette vie tout entière ne doit être qu'un continuel
exercice d'amour, ou la consommation d'un grand sacrifice, dont une
vie éternelle ou un amour immuable sera le prix. Tous les caractères
de la charité, détaillés par saint Paul[186], nous rappellent l'idée
de sacrifice; et l'amour infini lui-même n'a pu se manifester
pleinement à nous que par un sacrifice infini. _Dieu a tant aimé le
monde, qu'il a donné son fils unique_[187]; et notre amour pour Dieu
ne peut non plus se manifester que par un sacrifice, non pas égal, il
est impossible, mais semblable, par le don de tout notre être ou une
parfaite obéissance de notre esprit, de notre coeur et de nos sens, à
la volonté de celui qui nous _a tant aimés_. C'est alors que
s'accomplit cette union ineffable que Jésus-Christ, à sa dernière
heure, conjurait son père d'opérer entre lui et la créature
_rachetée_[188]. Pendant que la nature vit encore en nous, quelque
chose nous sépare de Dieu et de Jésus; et _l'amour de Jésus nous
presse_[189] d'achever le sacrifice, et de prononcer cette parole
dernière, que le monde ne comprend pas, mais qui réjouit le Ciel:
_Tout est consommé_[190].
[185] I. Joann., IV, 16.
[186] I. Cor., XIII.
[187] Joan., III, 16.
[188] _Ibid._, XVII, 21, 23.
[189] II. Cor., V, 14.
[190] Joann., XIX, 30.