Écoutons la sagesse incréée: _Mes délices_, dit-elle, _sont d'être
avec les enfants des hommes_[154]. Mais la plupart des hommes ne
comprenant pas son langage, ou craignant de l'entendre, s'éloignent
d'elle pour s'entretenir avec les créatures. _Elle est venue dans le
monde, et le monde ne l'a point connue_[155]. C'est pourquoi l'Apôtre
nous défend _d'aimer le monde, ni rien de ce qui est dans le
monde_[156], _parce qu'il appartient tout entier à l'esprit de
malice_[157]. Si donc nous voulons attirer en nous l'esprit de Dieu,
cet esprit dont _l'onction enseigne toutes choses_[158], séparons-nous
du monde; renonçons à ses maximes, à ses plaisirs, à ses sociétés
tumultueuses. Jésus ne se trouve qu'au désert; _sa voix ne retentit
pas dans les lieux publics_[159], au milieu des assemblées du siècle;
mais lorsqu'il a résolu de répandre ses faveurs sur l'âme fidèle, _il
la conduit dans la solitude, et là il parle à son coeur_[160]. Comment
peindre les délices de ce céleste entretien? Qui les a goûtées une
fois ne peut plus supporter les entretiens des hommes. Ô Jésus! parlez
à mon coeur, je veux désormais n'écouter que votre voix, dans le
silence de toutes les créatures.
[154] Prov., VIII, 31.
[155] Joan., I, 10.
[156] I. Joan., II, 15.
[157] _Ibid._, V. 19.
[158] Ibid., II, 27.
[159] Matth., XII, 19.
[160] Osée, II, 14.