Quand vous sauriez ce qu'il y a de bon et de mauvais dans chaque
homme, sans en excepter un seul, à quoi cela vous servirait-il, si
vous vous ignorez vous-même? On ne vous interrogera point, au dernier
jour, sur la conscience d'autrui. Laissez donc là une sollicitude dont
presque toujours l'orgueil et la malignité sont le principe, et
occupez-vous d'un soin plus agréable à Dieu et plus utile pour vous.
La grande, la vraie science est de se connaître soi-même: ce doit être
notre étude de tous les instants. Alors on apprend à se mépriser, à
gémir sur la plaie de son coeur, sur l'amour-propre effréné qui nous
domine, sur les secrètes convoitises qui nous tourmentent, et l'on
s'écrie comme l'Apôtre: _Qui me délivrera de ce corps de mort_[107]?
Heureuse, heureuse délivrance! mais que trouverons-nous après, si nous
avons été fidèles? Dieu, uniquement Dieu, et en lui toutes choses,
toute consolation, tout bien. Ô mon âme! puisqu'il est ainsi, commence
dès ce moment même à te dégager du poids qui t'affaisse, de la terre
et des créatures, pour ne t'attacher qu'à Dieu seul.
[107] Rom., VII, 24.