_L'homme né de la femme vit peu de jours, et il est rassasié
d'angoisses_[77]. Voilà notre destinée telle que le péché l'a faite.
Écoutez les gémissements de l'humanité entière dont Job était la
figure: «Périsse le jour où je suis né, et la nuit où il fut dit: Un
homme a été conçu! Pourquoi ne suis-je pas mort dans le sein de ma
mère, ou n'ai-je pas péri en en sortant? Pourquoi m'a-t-elle reçu sur
ses genoux, et allaité de ses mamelles? Maintenant je dormirais en
silence, et je reposerais dans mon sommeil[78].» Mais déjà sur cette
grande misère se levait l'aurore d'une grande espérance. «Je sais que
mon Rédempteur est vivant, et que je serai de nouveau revêtu de ma
chair, et dans ma chair je verrai mon Dieu; je le verrai, et mes yeux
le contempleront[79].» Dès lors tout change: ces douleurs, auparavant
sans consolation, unies à celles du Rédempteur, ne sont plus qu'une
expiation nécessaire, une épreuve de justice et de miséricorde, une
semence d'éternelles joies. Le Christ, en mourant, a ouvert le ciel à
l'homme déchu, qui, pour unique grâce, demandait à la terre un
tombeau[80]. Et nous nous plaindrions des souffrances auxquelles Dieu
réserve un tel prix! Et le murmure serait sur nos lèvres, lorsque, par
les tribulations, Jésus-Christ daigne nous associer aux mérites de son
sacrifice! C'en est fait, Seigneur, je reconnais mon aveuglement, mon
ingratitude, et je ne veux plus désirer ici-bas que d'avoir part à
votre passion, afin de participer un jour à votre gloire.
[77] Job, XIV, 1.
[78] _Ibid._, III, 3, 11-13.
[79] _Ibid._, XIX, 25-27.
[80] _Ibid._, III, 21, 22.