Que cherchez-vous dans le monde? le bonheur? Il n'y est pas. Écoutez
ce cri de détresse, cette plainte lamentable qui s'élève de tous les
points de la terre, et se prolonge de siècle en siècle. C'est la voix
du monde. Qu'y cherchez-vous encore? Des lumières, des secours, des
consolations, pour accomplir en paix votre pèlerinage? Le monde est
livré à l'esprit de ténèbres[67], à toutes les convoitises qu'il
inspire, à tous les crimes et à tous les maux dont il est le principe;
et c'est pourquoi le prophète s'écriait: _Je me suis éloigné, j'ai
fui, et j'ai demeuré dans la solitude_[68]. Là, dans le silence des
créatures, Dieu parle au coeur, et sa parole est si merveilleuse, si
douce et si ravissante, que l'âme ne veut plus entendre que lui,
jusqu'au jour où tous les voiles étant déchirés, elle le contemplera
face à face[69]. Le christianisme a peuplé le désert de ces âmes
choisies, qui, se dérobant au monde, et foulant aux pieds ses
plaisirs, ses honneurs, ses trésors, et la chair, et le sang, nous
offrent, dans la pureté de leur vie, une image de la vie des anges.
Cependant les Chrétiens ne sont pas tous appelés à ce sublime état de
perfection; mais au milieu du bruit et du tumulte de la société, tous
doivent se créer, au fond de leur coeur, une solitude où ils puissent
se retirer pour converser avec Jésus-Christ, et se recueillir en sa
présence. C'est ainsi que ramenés des pensées du temps à la pensée des
choses éternelles, ils auront à dégoût celles qui passent, et seront
dans le monde comme n'en étant pas: heureux état où s'accomplit pour
le fidèle ce que dit l'Apôtre: _notre vie est cachée avec Jésus-Christ
en Dieu_[70].
[67] I. Joann., V, 19.
[68] Ps. LIV, 8.
[69] I. Cor., XIII, 12.
[70] Coloss., III, 3.