De l'exemple des Saints.
1. Contemplez les exemples des saints Pères, en qui reluisait la vraie
perfection de la vie religieuse, et vous verrez combien peu est ce que
nous faisons, et presque rien.
Hélas! qu'est-ce que notre vie comparée à la leur?
Les Saints et les amis de Jésus-Christ ont servi Dieu dans la faim et
dans la soif, dans le froid et dans la nudité, dans le travail et dans
la fatigue, dans les veilles et dans les jeûnes, dans les prières et
dans les saintes méditations, dans une infinité de persécutions et
d'opprobres.
2. Oh! que de pesantes tribulations ont souffertes les Apôtres, les
Martyrs, les Confesseurs, les Vierges, et tous ceux qui ont voulu suivre
les traces de Jésus-Christ! _Ils ont haï leur âme en ce monde, pour la
posséder dans l'éternité_[58].
[58] Joan., XII, 25.
Oh! quelle vie de renoncement et d'austérités, que celle des Saints dans
le désert! quelles longues et dures tentations ils ont essuyées! que de
fois ils ont été tourmentés par l'ennemi! que de fréquentes et ferventes
prières ils ont offertes à Dieu! Quelles rigoureuses abstinences ils ont
pratiquées! quel zèle, quelle ardeur pour leur avancement spirituel!
quelle forte guerre contre leurs passions! quelle intention pure et
droite toujours dirigée vers Dieu!
Ils travaillaient pendant le jour, et passaient la nuit en prières; et
même, durant le travail, ils ne cessaient point de prier en esprit.
3. Tout leur temps avait un emploi utile. Les heures qu'ils donnaient à
Dieu leur semblaient courtes, et ils trouvaient tant de douceur dans la
contemplation, qu'ils en oubliaient les besoins du corps.
Ils renonçaient aux richesses, aux dignités, aux honneurs, à leurs amis,
à leurs parents: ils ne voulaient rien du monde; ils prenaient à peine
ce qui était nécessaire pour la vie; s'occuper du corps, même dans la
nécessité, leur était une affliction.
Ils étaient pauvres des choses de la terre: mais ils étaient riches en
grâces et en vertus.
Au dehors tout leur manquait; mais Dieu les fortifiait au dedans par sa
grâce et par ses consolations.
4. Ils étaient étrangers au monde, mais unis à Dieu, et ses amis
familiers.
Ils se regardaient comme un pur néant, et le monde les méprisait; mais
ils étaient chéris de Dieu, et précieux devant lui.
Ils vivaient dans une sincère humilité, dans une obéissance simple, dans
la charité, dans la patience, et devenaient ainsi chaque jour plus
parfaits et plus agréables à Dieu.
Ils ont été donnés en exemple à tous ceux qui professent la vraie
religion, et ils doivent nous exciter plus à avancer dans la perfection,
que la multitude des tièdes ne nous porte au relâchement.
5. Oh! quelle ferveur en tous les religieux au commencement de leur
sainte institution! quelle ardeur pour la prière! quelle émulation de
vertu! quelle sévère discipline! que de soumission, que de respect ils
montraient tous pour la règle de leur fondateur!
Ce qui nous reste d'eux atteste encore la sainteté et la perfection de
ces hommes qui, en combattant généreusement, foulèrent aux pieds le
monde.
Aujourd'hui on compte pour beaucoup qu'un religieux ne viole point sa
règle, et qu'il porte patiemment le joug dont il s'est chargé.
Ô tiédeur! ô négligence de notre état qui a si vite éteint parmi nous
l'ancienne ferveur! Maintenant tout fatigue notre lâcheté, jusqu'à nous
rendre la vie ennuyeuse.
Plût à Dieu qu'après avoir vu tant d'exemples d'hommes vraiment pieux,
vous ne laissiez pas entièrement s'assoupir en vous le désir d'avancer
dans la vertu!