RÉFLEXION.

_Le Christ s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la

croix_[36]. Qui oserait après cela refuser d'obéir? Nul ordre dans le

monde, nulle vie que par l'obéissance: elle est le lien des hommes

entre eux et avec leur auteur, le fondement de la paix et le principe

de l'harmonie universelle. La famille, la cité, l'Église ou la grande

société des intelligences, ne subsistent que par elle, et la

perfection la plus haute n'est, pour les créatures, qu'une plus

parfaite obéissance, elle seule nous garantit de l'erreur et du péché.

Qu'est-ce que l'erreur? la pensée d'un esprit faillible, qui ne

reconnaît point de maître et n'obéit qu'à soi. Qu'est-ce que le péché?

l'acte d'une volonté corrompue, qui ne reconnaît point de maître et

n'obéit qu'à soi. Mais à qui devrons-nous obéir? à un homme comme

nous? Non, non, l'homme n'a sur l'homme aucun légitime empire; son

pouvoir n'est que la force, et quand il commande en son propre nom, il

usurpe insolemment un droit qui ne lui appartient en aucune manière.

Dieu est l'unique monarque, et toute autorité légitime est un

écoulement, une participation de sa puissance éternelle, infinie.

Ainsi, comme l'enseigne l'Apôtre, _le pouvoir vient de Dieu_[37], et

il est soumis à une règle divine, aussi bien dans l'ordre temporel que

dans l'ordre religieux; de sorte qu'en obéissant au pontife, au

prince, au père, à quiconque est réellement _le ministre de Dieu pour

le bien_[38], c'est à Dieu seul qu'on obéit. Heureux celui qui

comprend cette céleste doctrine: délivré de la servitude de l'erreur

et des passions, de la servitude de l'homme, il jouit _de la vraie

liberté des enfants de Dieu_[39].

[36] Philipp., II, 8.

[37] Rom., XIII, 1.

[38] _Ibid._

[39] _Ibid._, VIII, 21.

L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre · 第 39 / 453 题