En considérant la faiblesse de l'homme, la fragilité de sa vie, les
souffrances dont il est assailli de toutes parts, les ténèbres de sa
raison, les incertitudes de sa volonté _inclinée au mal dès
l'enfance_[31], on s'étonne qu'un seul mouvement d'orgueil puisse
s'élever dans une créature si misérable; et cependant l'orgueil est le
fond même de notre nature dégradée. Selon la pensée d'un Père, _il
nous sépare de la sagesse; il fait que nous voulons être nous-mêmes
notre bien, comme Dieu lui-même est son bien_[32]: tant il y a de
folie dans le crime! C'est alors que l'homme se recherche et s'admire
dans tout ce qui le distingue des autres et l'agrandit à ses propres
yeux, dans les avantages du corps, de l'esprit, de la naissance, de la
fortune, de la grâce même, abusant ainsi à la fois des dons du
créateur et du rédempteur. Oh! que ce désordre est effrayant et
combien nous devons trembler lorsque nous découvrons en nous un
sentiment de vaine complaisance, ou qu'il nous arrive de nous préférer
à l'un de nos frères! Rappelons-nous souvent le pharisien de
l'Évangile, sa fausse piété, si contente d'elle-même et si coupable
devant Dieu, son mépris pour le publicain _qui s'en alla justifié_ à
cause de l'humble aveu de sa misère, et disons au fond du coeur avec
celui-ci: _Mon Dieu, ayez pitié de moi_ pauvre pécheur[33]!
[31] Gen., VIII, 21.
[32] S. Aug. de lib. arbitr., lib. III, cap. XXIV.
[33] Luc., XVIII, 13.