Il n’y a personne au-dessus de lui, si ce n’est, là-bas, le ministre
invisible et tout-puissant. Mais le ministre, c’est Dieu, et l’on peut
ne pas croire à son existence.
M. Granet, au contraire, a un visage que l’on voit à la classe, au
réfectoire, à l’atelier... Il goûte tous les jours à la soupe et à la
pitance et fait ajouter aux haricots trop fades un peu d’oignon rissolé.
M. Granet parle et dans le long silence des longs jours, sa voix est une
étape.
Il a des dons. Entre tous, sa mémoire:
--Hé bien! Charlier. Tu as la lettre de ta sœur, c’est une brave femme,
ta sœur! Elle a bien du mérite...!
--Oui, monsieur le Directeur.
--Ripal, qu’as-tu fait de ton galon de conduite?
--C’est à cause...
--C’est intelligent!... Et moi qui t’avais trouvé une place à
Villeneuve!
--Louis, ta mère va mieux... tu as reçu de bonnes nouvelles. Tu es
content?
M. Granet connaît ses trois cents pupilles par leur nom, par leur
famille, par leur Misère et leurs misères d’hier et d’aujourd’hui.
Il gronde; il punit. S’il se trompe, c’est qu’il s’est laissé tromper.
On se fait «porter en prévention» devant lui pour se plaindre. Parce
que, s’il vous condamne _avec sursis_... c’est en fait le surveillant
qui est condamné.