POUR LES TINTURIERS.

_EXPERIENCE PREMIERE._

PARCE que dans la seconde Experience du Chap. V. j'avois crû que les

grozeilles vertes avoient tiré de l'étain une belle couleur de pourpre

violet, je voulus voir si des grozeilles rouges ne feroient pas une

couleur encore plus belle; ainsi le 3. Aoust, je mis plusieurs lames

d'étain dans une petite marmite de verre avec des grozeilles rouges

pilées; je poussay le feu jusques à faire évaporer la goutte d'eau en

3. secondes, avec la pression interieure 12. fois plus grande que la

pression ordinaire de l'air; je trouvay en suite que les groseilles

rouges au lieu d'avoir fait une couleur plus belle, avoient une couleur

pâle, & le fruit avoit beaucoup de goût de brûlé; J'avois mis en mesme

temps dans l'autre marmite de verre des cerises noires, & je trouvay

que le suc avoit aussi perdu beaucoup de sa couleur; cela me fit croire

que le feu altere les couleurs des choses, sur lesquelles il agit, en

donnant aux corps qui n'en ont pas, & l'ôtant à ceux qui en ont, & je

croy que dans la 2. Experience du Chap. V. les grozeilles vertes qui

s'êtoient crevées contre l'étain n'avoient pas plus de couleur que les

autres, parce qu'elles avoient souffert plus de chaleur, Il y a donc

apparence que par le moyen de cette machine qui fait si bien agir la

chaleur sans dissiper les parties des corps; On pourra faire servir à

diverses teintures des substances qui n'y êtoient pas propres par les

voyes ordinaires.

_EXPERIENCE II._

LE quatriéme Aoust je pris du suc de limon & l'enfermay avec des

lamines d'étain dans une petite marmite de verre & ayant poussé le feu

jusques à faire évaporer la goute d'eau en 10. secondes, & la pression

interieure seulement triple de la pression ordinaire de l'air, je

trouvay que le suc de limon n'avoit point tiré de teinture de l'étain,

quoy qu'il soit bien plus acide que les grozeilles vertes quand elles

sont meures.

Le 7. Aoust je reïteray la même experience avec le mesme suc de limon,

& je poussay le feu jusques à faire évaporer la goute d'eau en trois

secondes, & la pression 12. fois plus forte que la pression ordinaire

de l'air; Je laissay un peu de charbon afin de conserver la chaleur

plus long temps, & je trouvay que le suc de limon n'avoit point de goût

de brûle, & qu'il n'avoit point tiré de teinture de l'étain, seulement

il paroissoit un peu jaunâtre, ce qui me confirma que la couleur des

grozeilles vertes, Chap. V. Experience II. n'avoit pas esté tirée de

l'étain.

J'avois mis en même temps dans une autre marmite des grozeilles

écrasées, & je trouvay qu'elles avoient contracté un goût d'empyreume,

si fort qu'on ne les pouvoit avaller, leur liqueur êtoit rougeâtre,

& beaucoup moins belle que celle du Chap. V. Experience II. De sorte

qu'il paroist que l'excez de chaleur peut beaucoup nuire; cette liqueur

tachoit mes mains d'une couleur jaune que je ne pouvois faire passer en

huit jours de temps, quoy que je n'épargnasse pas le savon.

_EXPERIENCE III._

LE seiziéme Aoust Monsieur Meres Teinturier à Londres m'apporta de la

racine nommée _Rubea tinctorum_ en poudre; Nous en mismes dans deux

marmites de verre avec des petits morceaux d'étoffe & de l'eau, & dans

l'une nous melâmes un peu d'eau de vie, nous poussames le feu jusques

à faire douze pressions & évaporer la goute d'eau en trois secondes,

ce qui fut fait en 1/2 heure, & ayant incontinent osté le feu, nous

trouvâmes que la couleur rouge étoit gâtée, & qu'elle tiroit sur le

jaune; les morceaux d'étoffe étoient tout à fait gâtez & se déchiroient

sans peine quoy que pour l'ordinaire on puisse faire boüillir cette

étoffe trois heures sans se gâter. Cette experience nous fit croire que

le _Rubea tinctorum_, ny les étoffes ne sont pas propres pour une si

grande chaleur.

Monsieur Meres eut en suite envie de voir si la cochenille pourroit

donner toute sa couleur sans être morduë; Pour cét effet il mit trois

grains de Cochenille, fort entiers dans trois onces & demie d'eau, &

en même temps il mit dans l'autre marmitte de la Cochenille commune

qui se vend huit fois meilleur marché que l'autre, à cause de cela il

en mit environ huit fois plus à proportion de l'eau; ayant poussé le

feu de même que dans l'experience precedente, nous trouvâmes que dans

le premier verre il y avoit eu un des grains de Cochenille qui s'êtoit

tout à fait dissout, & que les deux autres n'avoient plus du tout de

couleur, mais qu'ils étoient noirs. La liqueur êtoit d'un beau rouge:

mais dans l'autre verre la teinture êtoit bien plus forte.

Cette experience fit voir qu'on peut par le moyen du Bain Marie fermé

à vis, épargner toute la peine & le déchet qu'il y a à brayer la

Cochenille, & que peut-être la Cochenille commune donneroit beaucoup

plus de teinture qu'elle ne fait d'ordinaire.

Je fis avec ces liqueurs une experience pour sçavoir si la Machine du

vuide pourroit servir à faire penetrer les teintures dans les étoffes;

Je mis un morceau d'étoffe dans une des liqueurs, & les ayant mis dans

le vuide, je vis comme je l'attendois, qu'il sortit grande quantité

d'air de l'étoffe, si bien que je croyois que la teinture entrant

ensuite dans la place de cét air, se trouveroit avoir bien penetré par

tout; cependant quand j'eus redonné l'air, & que l'humidité de l'étoffe

eut esté exprimée, il se trouva qu'il n'y resta pas de couleur, ce

qui me fit voir que ce n'est pas assez que la teinture s'insinuë entre

les poils mesmes; & elle ne sçauroit s'y insinuer si les parties dont

chaque poil est composé, ne sont rarefiées par la chaleur qui a bien

plus de force pour cela, que le vuide.

_EXPERIENCE IV._

LE 18. Aoust ie mis deux morceaux d'étoffe de laine dans deux marmittes

de verre, & ie versay sur l'un de la teinture de cochenille à bon

marché, & sur l'autre du suc de prunes distillées de la maniere décrite

chap. 6. exper. 3. ie ne poussay le feu que iusques à faire évaporer la

goutte d'eau en quarante deux secondes & six pressions; ensuite i'ôtay

vite le feu, craignant que l'étoffe ne fust gâtée; les vaisseaux

estant refroidis, ie trouvay mes deux morceaux d'étoffe encore bons &

bien teints, celuy qui estoit dans le ius de pruneaux aussi bien que

l'autre, mais il estoit d'un rouge plus enfoncé & tirant sur le brun;

le iu des pruneaux aussi avoit beaucoup changé de couleur, estant

devenu rougeastre de violet qu'il estoit auparavant, il estoit aussi

devenu plus liquide.

Cette experience fait voir que le Bain Marie conservant longtemps les

choses à la chaleur sans qu'elles se gastent, & retenant les plus

subtiles parties qui s'exhalent d'ordinaire, sera propre à faire

penetrer dans les étoffes des teintures, qui d'ordinaire sont estimées

trop visqueuses, comme est le ius de pruneaux.

Parce que pour les teintures on ne se soucie pas du goût, Mr. Meres

croit qu'on n'auroit pas besoin de marmitte pour mettre dans le Bain

Marie; ainsi ie croy qu'on pourroit laisser l'ouverture moindre que la

cavité, comme vous voyez fig. 6. & il faudroit aussi suspendre cette

machine en equilibre sur les tourillons CC, afin de la vuider & remplir

facilement.

Si on vouloit y teindre des étoffes, il faudroit que l'entrée HH fust

du moins assez grande pour pouvoir introduire les pieces d'étoffe dans

la cavité AA.

La maniere d'amolir les os, et de faire cuire toutes sortes de viandes en fort peu de temps, & à peu de frais. · 第 27 / 31 题