CHAPITRE PREMIER.

_DESCRIPTION DE LA MACHINE, AVEC LES MOYENS DE S'EN SERVIR SEUREMENT._

[_Figure premiere._ AA.BB.]

EST un Cylindre creux fermé par en bas, & ouvert par en haut.

Est un autre Cylindre creux de mesme grosseur, mais plus court que

le precedent, & il luy sert de couvercle en appliquant leurs deux

ouvertures l'une sur l'autre, comme on void dans la figure.

[CC.]

Sont deux Appendices qui tiennent au Cylindre AA, comme les tourillons

à un canon.

[DDDD.]

Sont des pieces de fer, qui embrassent d'un côté les Appendices CC, &

de l'autre les barres de fer EE.

[EE.]

Est une barre de fer qui entre dans les pieces DD, & qui se peut ôter &

remettre facilement, quand on veut ouvrir & fermer la Machine.

[FFFF.]

Sont deux vis qui tournans dans des écrous de la barre EE servent à

presser les Cylindres AABB, l'un contre l'autre.

[_Fig. 2._ GG.]

ESt un autre Cylindre creux de verre ou autre matiere, dans quoy l'on

met les choses à cuire, & l'ayant bouché avec un couvercle juste

& affermy dans un chassis par le moyen d'une vis comme la figure

represente, on l'enferme dans les Cylindres AABB, qui doivent être

pleins d'eau

Pour se servir bien commodément de cette Machine, elle doit être

posée sur un fourneau fait exprés, & elle y doit enfoncer jusques aux

appendix CC, le feu êtant en suitte allumé dessous & les vis FF bien

serrées, vous ferez cuire vos viandes si long-temps qu'il vous plaira,

sans crainte qu'elles diminuent, ou que les esprits s'exhalent.

Il faut remarquer, que je donne la Figure longue & êtroite à cette

Machine, afin qu'il ne soit pas besoin d'une si grande force pour la

tenir fermée, car on sçait que plus une couverture est large, plus il

faut de force pour empêcher que la pression du dedans ne souleve le

couvercle.

Il faut remarquer aussi que je donne de la profondeur au couvercle

BB afin qu'êtant remply d'eau, il conserve toûjours de l'humidité à

un cercle de papier percé au milieu, dont on doit garnir la jonction

des Cylindres marquée II; car les deux Cylindres ne sçauroient s'uzer

assez exactement l'un sur l'autre pour empescher des liqueurs pressées

de s'échapper si on ne met du papier entre les deux Cylindres, & le

papier aussi quand il est sec ne ferme pas exactement l'un sur l'autre;

Cependant la profondeur du couvercle BB doit être fort petite, afin

que la Machine enfonçant presques dans le fourneau en puisse mieux

recevoir & conserver la chaleur.

Cette Machine est sans doute fort simple, & peu sujette à se gâter:

Mais elle est incommode en ce qu'on ne regarde pas dedans si aysément

que dans le pot ordinaire, & comme elle fait plus ou moins d'effet

selon que l'eau qui y est se trouve plus ou moins pressée, & aussi

selon que la chaleur est plus ou moins grande, il pourroit arriver

quelquesfois que vous tireriez vos viandes avant qu'elles fussent

cuites, & d'autres fois que vous les laisserez brûler, ainsi il a fallu

chercher des moyens pour connoistre, & la quantité de pression qui est

dans la Machine, & le degré de chaleur.

_POVR CONNOISTRE LA QUANTITÉ DE PRESSION._

IL n'y a qu'à faire un petit tuyau ouvert des deux bouts comme HH,

& l'ayant soudé sur un trou fait au couvercle BB, il faut appliquer

sur l'ouverture d'en haut de ce tuyau une petite soupape P, bien

exacte, & garnie de papier, & en suite avoir la verge de fer LM dont

un bout entre dans la piece de fer LZ qui est attachée à la barre EE,

& s'appuyant en suitte sur le milieu de la soupape P empesche qu'elle

ne soit soulevée par la pression interieure, & elle l'empesche plus ou

moins selon que le poids N est plus ou moins avancé vers l'extremité

M, comme dans les Romaines ordinaires.

Crainte que la soupape P. ne demeurât à sec si-tost qu'il se seroit

perdu un peu d'eau. Je prend un petit tuyau OO garny de chanvre, & je

l'enfonce dans le tuyau HH, en sorte qu'une de ses extremitez entre

assez avant dans l'eau dont la Machine est remplie. Ainsi il arrive

que si elle se vuide un peu, la pression interieure pousse pourtant

toûjours de l'eau contre la soupape P, par ledit tuyau OO, ce qui la

rend plus exacte, & aide aussi à connoistre incontinent quand elle

laisse échapper quelque chose.

Le tuyau HH doit avoir peu de Diametre, afin qu'il ne soit pas besoin

d'un fort grand poids pour le tenir fermé dans la Machine ou Bain

Marie, dont je me suis le plus servy; ce tuyau a prés de 2/5 de pouce

de Diametre, si bien que son ouverture est à une ouverture d'un

pouce de Diametre comme 4. & 25. êtant donc environ six fois plus

petite, elle se peut fermer avec six fois moins de poids: Or selon

les experiences de Monsieur Boyle, dans la premiere continuation

des experiences Physicomechaniques, la pression ordinaire de l'air

contre un trou d'un pouce de Diametre est d'environ 12. livres, & par

consequent il est d'environ 2. livres contre l'ouverture de mon petit

tuyau; la verge LM dans la mesme Machine est de douze pouces de long,

& la distance depuis LL jusques à la soupape est d'un pouce; De sorte

qu'ayant un poids d'une livre à l'extremité M il fait autant d'effet

sur la soupape comme un poids de douze livres qui seroit directement

dessus; & ainsi il ne peut être soulevé si la pression dans le Bain

Marie n'est six fois plus forte que la pression ordinaire de l'air.

Ainsi quand un poids d'une livre est à l'extremité M, & que la soupape

P laisse échapper quelque chose; Je conclus que la pression dans le

Bain Marie est environ huit fois plus forte que la pression ordinaire

de l'air, puis qu'elle peut soulever, non seulement le poids qui

resiste à six pressions, mais aussi la verge LM que j'ay éprouvé qui

resiste à deux; & ainsi en augmentant ou diminuant le poids ou en le

changeant de place, je connois toûjours à peu prés combien la pression

est forte dans la Machine.

Ce mesme tuyau HH sert aussi à remplir le Bain Marie aprés que les vis

FF sont serrées & en suite j'y fais entrer le tuyau OO, qui le remplit

juste pour la raison que j'ay dite cy-dessus.

_POVR CONNOISTRE LE DEGRÉ DE CHALEUR._

J'Aurois fort souhaité pouvoir faire une sorte de Thermometre marqué

comme il faut pour faire connoistre precisément de combien la chaleur

s'augmente ou se diminuë, & je croy que par ce moyen en comparant les

degrez de chaleur avec la quantité de l'effet qu'ils produiroient, on

pourroit découvrir diverses choses sur la nature, & de la chaleur,

& des choses surquoy elle agiroit, mais manquant de loisir & des

commoditez necessaires pour ce dessein, je me suis au lieu de cela

servi d'un moyen fort simple, & pourtant assez exact pour les usages

dont je parle dans ce Traité; Je suspens proche de la Machine un poids

à un fil d'environ trois pieds de long, afin que chaque vibration ou

mouvement se fasse dans le temps d'une seconde ou environ; je mets

ce pendule en mouvement, & je laisse tomber une goutte d'eau sur le

couvercle de la Machine, afin d'observer en combien de temps cette

goutte d'eau s'évaporera: car je suis assuré que plus la Machine est

chaude, & moins le poids suspendu fait de tours & retours avant que la

goutte soit évaporée, il faut pourtant prendre garde, que le lieu où

l'on met la goutte d'eau soit toûjours bien net, parce que un peu de

graisse est capable d'empescher considerablement l'operation.

Ayant ainsi moyen de mesurer les differends degrez de chaleur & de

pression qui sont dans la Machine, il est bien aisé de se regler pour

ne faire que l'effet qu'on veut, pourveu qu'on ait une fois éprouvé

avec quelle force la Machine agit: car on n'aura qu'à prendre environ

la quantité de charbon, que l'experience aura fait connoistre la

plus propre; la mettre dans le fourneau sous le Bain Marie; laisser

les portes & les registres du fourneau ouverts, jusques à ce que la

chaleur soit parvenuë au point que vous voulez. En suite vous n'aurez

qu'à fermer les portes & les registres pour étouffer le feu, & laisser

refroidir les vaisseaux, il faut aussi avoir chargé la verge de fer

LM autant qu'il est necessaire pour faire la pression qu'on veut, &

on sera asseuré, qu'en gardant ainsi toûjours la mesme regle, l'effet

se trouvera toûjours à peu prés pareil; du moins puis-je asseurer que

j'ay manqué fort souvent tandis que j'agissois au hazard, mais depuis

que j'ay ainsi trouvé moyen de me regler, j'ay toûjours fait mes

operations fort bonnes, à moins de quelque malheur; Il faut pourtant

remarquer, que si on ne mettoit dans la marmitte GG que peu de viande

en comparaison de ce qu'elle peut contenir, elle ne pourroit y faire

autant de pression qu'il y en auroit dans le Bain Marie, (en effet)

j'ay quelquesfois veu des marmittes cassées par l'eau du bain marie qui

les environnoit, & qui les pressoit plus fort qu'elles ne pouvoient

soûtenir, & ainsi le poids qui seroit sur la verge LM ne nous pourroit

faire connoistre la pression qui seroit dans la marmitte, il vaudra

donc toûjours mieux mettre un peu trop que pas assez de viande; ou bien

si on veut faire tout exactement & ne rien perdre, il faut suivre les

directions que je donne au Chap. 2. Exper. 12.

Comme il seroit difficile de se servir sur la mer de l'invention que

j'ay décrite pour connoistre le degré de pression, à cause que le

branle du vaisseau feroit remuer les poids & ouvriroit la soupape P, il

faut au lieu de cela laisser vôtre bain marie assez vuide, afin que la

chaleur que vous avez dessein de donner fasse tout juste la pression

que vous voulez. Par exemple, si vous voulez faire dix pressions, &

que la chaleur soit assez grande pour faire évaporer la goutte d'eau

en cinq secondes, il faudra ne mettre dans le bain marie que 7/8 de

l'eau qu'il peut contenir, & prendre garde de ne pousser la chaleur que

jusqu'où je viens de dire, & vous serez asseuré, qu'il n'y aura eu dans

le bain marie qu'environ dix pressions, comme vous pouvez voir Chap. 2.

Exper. 16. On pourra par ce moyen se passer de la verge de fer, & des

points, & serrer simplement la petite soupape P avec une vis, ce qui

sera facile en faisant faire le petit tuyau HH de fonte avec de petits

appendices, comme le Cylindre AR. seulement, il ne sera pas necessaire

de faire icy les choses fortes à cause de la petitesse de l'ouverture.

Il ne sera pas besoin de sçavoir precisément toutes les differentes

quantitez d'eau qui seront necessaires pour faire tous les differens

degrez de pression, avec tous les differens degrez de chaleur, mais

il suffira pour l'usage ordinaire d'avoir toûjours une mesme quantité

d'eau dans le bain marie, & trouver par experience quel degré de

chaleur est necessaire pour chaque operation, avec cette quantité d'eau.

J'aurois souhaitté de pouvoir faire les choses aussi bien comme elles

sont icy décrites: j'aurois ainsi pû déterminer la quantité de charbon

ou de bois qu'il faut employer pour chaque operation, mais dans

l'incertitude de mes affaires je n'ay point voulu bâtir de fourneaux, &

je me suis toûjours contenté d'appuyer mes machines contre un coin de

la cheminée, & de mettre le feu dans ce mesme coin entre la cheminée &

la Machine.

Il y a donc bien de l'apparence que la chaleur n'est pas si bien

ménagée comme elle le pourra estre dans un bon fourneau, & cependant

je ne laisseray pas de donner icy le recit de diverses choses que

j'ay déja faites avec cette Machine, parce que cela pourra toûjours

beaucoup aider à trouver bien-tost la quantité de feu propre pour les

autres Machines que l'on fera; & je croy aussi que la proportion d'une

operation à l'autre se trouvera la mesme; J'ay trouvé par exemple qu'il

falloit 2/7 moins de charbon pour cuire le mouton que pour cuire le

bœuf; ainsi quand on aura trouvé par experience, la quantité de

charbon necessaire pour cuire le bœuf dans une Machine, on n'aura

qu'à prendre 2/7 moins de charbon pour cuire du mouton dans la mesme

machine, & ainsi des autres operations.

Mais avant que de commencer le recit des Experiences, je croy qu'il

ne sera pas mal à propos de dire encore icy, qu'aprés avoir fait le

premier bain Marie fermé à vis, je voulus en faire un autre fermé

sans vis par le moyen d'une grande soupape ovalle qui s'applique en

dedans, qui peut pourtant s'ôter tout à fait à cause de sa figure,

ovalle comme il a esté dit pour le fusil à vent dans la 2. continuation

des experiences Physico-mechaniques de monsieur Boyle publié cette

année 1680. Ce bain Marie a six pouces de diametre, & 18. pouces de

haut, de sorte qu'on peut y faire entrer une marmitte de 4. pouces de

diametre, & 14. de hauteur, qui tient neuf ou dix livres de viande,

mais la grande soupape ayant esté fonduë trop foible pour bien garder

sa figure, le papier ne suffit pas pour la rendre juste, & il faut

toûjours y mettre du cuir, mais comme le cuir se cuit dans l'eau si

chaude, il arrive qu'êtant reduit en boüillie la pression du dedans

le chasse, & ainsi l'eau s'échappe; Il m'est pourtant arrivé quelques

fois, que quand le cuir étoit bon & bien fort, j'ay cuit les plus gros

os d'une jambe de bœuf sans brûler la viande, mais d'autres fois

aussi il m'est arrivé que le cuir manquant trop tost, la viande se

brûloit sans que les os se puissent cuire, cela fait que je me sers

rarement de cette Machine, cependant si on la faisoit avec une soupape

assez bonne pour la pouvoir garnir de papier, cette derniere maniere

vaudroit peut-être bien l'autre; la raison est que les ressorts du fer

se lassent, & ainsi on est assujetty à resserrer les vis de temps en

temps, mais dans cette derniere Machine, on seroit asseuré que plus

la pression seroit forte au dedans, tant plus fort la soupape seroit

fermée, neanmoins jusques à ce que les ouvriers soient mieux instruits

à faire de ces sortes de soupapes, je conseilleray toûjours plûtost de

fermer le Bain Marie à vis.

Je croy que cecy suffit pour la description de la Machine, & la maniere

de s'en servir, je vais donner à present les experiences qui en feront

connoître divers usages & proprietez. Mais parce que quelques-unes des

Experiences donnoient lieu à des observations de Physique, j'ay creu

ne faire pas mal de les y joindre, quoy qu'elles n'ayent peut être pas

autant de rapport qu'on pourroit le soûhaitter avec le sujet dont il

s'agit: mais j'ay pris le soin de les distinguer par des caracteres

differends, afin que ceux qui ne s'en soucient pas puissent sauter par

dessus.

La maniere d'amolir les os, et de faire cuire toutes sortes de viandes en fort peu de temps, & à peu de frais. · 第 9 / 31 题