_Du premier consul de la république_,
_Aux Français._
Français!
Vous desirez la paix; votre gouvernement la desire avec plus d'ardeur
encore. Ses premiers voeux, ses démarches constantes ont été pour
elle. Le ministère anglais la repousse; le ministère anglais a trahi
le secret de son horrible politique. Déchirer la France, détruire sa
marine et ses ports, l'effacer du tableau de l'Europe, ou l'abaisser
au rang des puissances secondaires, tenir toutes les nations du
continent divisées, pour s'emparer du commerce de toutes et s'enrichir
de leurs dépouilles; c'est pour obtenir ces affreux succès que
l'Angleterre répand l'or, prodigue les promesses, et multiplie les
intrigues.
Mais ni l'or, ni les promesses, ni les intrigues de l'Angleterre
n'enchaîneront à ses vues les puissances du continent. Elles ont
entendu le voeu de la France; elles connaissent la modération des
principes qui la dirigent; elles écouteront la voix de l'humanité et
la voix puissante de leur intérêt.
S'il en était autrement, le gouvernement, qui n'a pas craint d'offrir
et de solliciter la paix, se souviendra que c'est à vous de la
commander. Pour la commander, il faut de l'argent, du fer et des
soldats.
Que tous s'empressent de payer le tribut qu'ils doivent à la défense
commune; que les jeunes citoyens marchent; ce n'est plus pour le choix
des tyrans qu'ils vont s'armer: c'est pour la garantie de ce qu'ils
ont de plus cher; c'est pour l'honneur de la France; c'est pour les
intérêts sacrés de l'humanité et de la liberté. Déja les armées ont
repris cette attitude, présage de la victoire; à leur aspect, à
l'aspect de la nation entière, réunie dans les mêmes intérêts et dans
les mêmes voeux, n'en doutez point, Français, vous n'aurez plus
d'ennemis sur le continent. Que si quelque puissance encore veut
tenter le sort des combats, le premier consul a promis la paix; il ira
la conquérir à la tête de ces guerriers qu'il a plus d'une fois
conduits à la victoire. Avec eux il saura retrouver ces champs encore
pleins du souvenir de leurs exploits; mais, au milieu des batailles,
il invoquera la paix, et il jure de ne combattre que pour le bonheur
de la France et le repos du monde.
_Le premier consul_, BONAPARTE.
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