ULM.--MOREAU.

Défauts des plans de campagne, suivis en 1795, 1796,

1797.--Position des armées françaises en 1800.--3. Position des

armées autrichiennes.--Plan du premier consul. Dispositions

qu'il prend.--Ouverture de la campagne.--Bataille

d'Engen.--Bataille de Moeskirch.--Bataille de

Biberach.--Manoeuvres et combats autour d'Ulm.--Kray quitte

Ulm. Prise de Munich. Combat de Neubourg.--11. Armistice de

Parsdorf, le 15 juillet 1800.--Remarques critiques.

§ 1er.

La république française avait eu sur le Rhin trois armées pendant les

campagnes de 1795, 1796 et 1797. L'une, désignée sous le nom d'armée

du Nord, avait son quartier-général à Amsterdam, et était composée

des troupes bataves, environ vingt mille hommes, et d'un pareil nombre

de troupes françaises. Par les traités existants entre les deux

républiques, celle de Hollande devait entretenir un corps de

vingt-cinq mille Français pour protéger ce pays. Cette armée de

quarante à quarante-cinq mille hommes, était chargée de la garde des

côtes de la Hollande depuis l'Escaut jusqu'à l'Ems, et du côté de

terre des frontières jusque vis-à-vis Wésel. La deuxième armée, sous

le nom de Sambre-et-Meuse, avait son quartier-général à Dusseldorf,

bloquait Mayence et Erenbreisten. La troisième, sous le nom d'armée du

Rhin, avait son quartier-général à Strasbourg; elle s'appuyait à la

Suisse, et formait le blocus de Philisbourg.

L'armée du Nord n'était en réalité qu'une armée d'observation, qui

n'avait plus pour but, que de contenir les partisans de la maison

d'Orange, et de s'opposer aux tentatives que l'Angleterre pourrait

faire pour débarquer des troupes en Hollande. La paix conclue à Bâle

avec la Prusse, les maisons de Saxe et de Hesse, avait rétabli la

tranquillité dans tout le nord de l'Allemagne.

L'armée de Sambre-et-Meuse, nécessaire tant que la Prusse faisait

partie de la coalition, était devenue inutile du moment que la

république française n'avait plus à soutenir la guerre que contre

l'Autriche et l'Allemagne méridionale. Dans la campagne de 1796, cette

armée, commandée par Jourdan, marcha sur le Mein, s'empara de

Wurtzbourg et prit position sur le Rednitz; sa gauche appuyée au

débouché de la Bohême par Egra, tandis que sa droite débouchait sur la

vallée du Danube. L'armée du Rhin, commandée par Moreau, partit de

Strasbourg, traversa les montagnes noires et le Vurtemberg, passa le

Lech et entra en Bavière. Pendant que ces deux armées manoeuvraient

sous le commandement de deux généraux indépendants l'un de l'autre,

l'armée autrichienne, opposée à ces deux armées du Rhin et de

Sambre-et-Meuse, était réunie sous le commandement unique de

l'archiduc Charles. Elle se centralisa sur le Danube à Ingolstadt et

Ratisbonne et se trouva placée entre les armées françaises, dont elle

parvint à empêcher la jonction. L'archiduc battit Bernadotte qui

commandait la droite de l'armée de Sambre-et-Meuse, l'accula sur

Vurtzbourg et enfin le rejeta au delà du Rhin. L'armée du Rhin resta

spectatrice de cette marche de l'Archiduc sur l'armée de

Sambre-et-Meuse; et ce fut trop tard que Moreau ordonna à la division

Desaix de passer sur la rive gauche du Danube pour secourir Jourdan;

ce défaut de résolution du général de l'armée du Rhin, obligea bientôt

cette même armée à se mettre en retraite. Elle repassa le Rhin, et

reprit la première position sur la rive gauche. Ainsi l'armée

autrichienne, en nombre très-inférieur aux armées françaises réunies,

fit échouer, sans aucune bataille générale, le plan de campagne des

Français, et reconquit toute l'Allemagne.

Le plan des Français était vicieux pour la défensive comme pour

l'offensive. Du moment que l'on n'avait pour ennemie que l'Autriche,

il ne fallait avoir qu'une seule armée, n'agissant que sur une seule

ligne et conduite par une seule tête.

En 1799, la France était maîtresse de la Suisse. On forma deux armées:

l'une appelée armée du Rhin; l'autre, armée d'Helvétie. La première

qui prit ensuite le nom d'armée du Danube, sous le commandement de

Jourdan, passa le Rhin, traversa les montagnes noires, arriva à

Stockach, où ayant été battue par l'archiduc, elle fut obligée de

repasser le Rhin, dans le temps même que l'armée d'Helvétie restait

dans ses positions, maîtresse de toute la Suisse. On commit donc

encore la même faute, d'avoir deux armées indépendantes au lieu d'une

seule; et lorsque Jourdan fut battu à Stockach, c'est sur la Suisse

qu'il aurait dû se replier, et non sur Strasbourg et Brisack. Depuis,

l'armée du Rhin fut chargée de la défense de la rive gauche du fleuve,

vis-à-vis Strasbourg; et l'armée d'Helvétie, qui devenait l'armée

principale de la république, perdit une partie de la Suisse, et garda

long-temps la Limath; mais à Zurich, conduite par Masséna, et

profitant de la faute que firent les alliés en se divisant aussi en

deux armées, elle battit les Russes, et reprit toute la Suisse.

§ II.

Au mois de janvier 1800, cette armée d'Helvétie était cantonnée en

Suisse; celle du Bas-Rhin, sous le général Lecourbe, dans ses

quartiers d'hiver, sur la rive gauche du Rhin; celle de Hollande, sous

Brune, voyait s'embarquer la dernière division du duc d'Yorck[9].

[9] Les généraux Masséna, Brune, Lecourbe, Championnet étaient

attachés à la personne de Napoléon, mais fort ennemis de Siéyes;

ils partageaient plus ou moins les opinions des jacobins du

manège: il devenait nécessaire de rompre tous les fils en

changeant sans retard tous les généraux en chef. Si jamais

l'armée devait donner de l'inquiétude, ce ne serait que par

l'influence du parti exagéré et non pas celui des modérés, qui

était alors en grande minorité.

L'armée d'Italie, battue à Genola, se ralliait en désordre sur les

cols des Apennins; Coni capitulait; Gênes était menacée, mais le

lieutenant-général Saint-Cyr repoussa un des corps de l'armée

autrichienne au delà de la Bocchetta, ce qui lui mérita un sabre

d'honneur; ce fut la première récompense nationale que Napoléon

décerna, comme chef de l'état.

Les deux armées entrèrent en quartier d'hiver: les Autrichiens sur les

belles plaines du Piémont et du Mont-Ferrat; les Français, sur les

revers de l'Apennin, de Gênes au Var. Ce pays, bloqué par mer depuis

long-temps, sans communication avec la vallée du Pô, était épuisé.

L'administration française mal organisée, était confiée à des mains

infidèles.

La cavalerie, les charrois périrent de misère; les maladies

contagieuses et la désertion désorganisèrent l'armée; enfin le mal

empira au point que des corps entiers, tambour battant, drapeau

déployé, abandonnèrent leur position, et repassèrent le Var. Ce qui

donna lieu à divers ordres du jour de Napoléon aux soldats d'Italie.

Il leur disait:

«Soldats, les circonstances qui me retiennent à la tête du

gouvernement, m'empêchent de me trouver au milieu de vous; vos besoins

sont grands; toutes les mesures sont prises pour y pourvoir. La

première qualité du soldat est la constance à supporter la fatigue et

la privation; la valeur n'est que la seconde. Plusieurs corps ont

quitté leurs positions; ils ont été sourds à la voix de leurs

officiers: la dix-septième légère est de ce nombre. Sont-ils donc

morts les braves de Castiglione, de Rivoli, de Newmarkt! Ils eussent

péri plutôt que de quitter leurs drapeaux, et ils eussent ramené leurs

jeunes camarades à l'honneur et au devoir. Soldats, vos distributions

ne vous sont pas régulièrement faites, dites-vous? Qu'eussiez-vous

fait, si comme les quatrième et vingt-deuxième légères, les

dix-huitième et trente-deuxième de ligne, vous vous fussiez trouvés au

milieu du désert, sans pain, ni eau, mangeant du cheval et du chameau?

_La victoire nous donnera du pain_, disaient-elles; et vous, vous

désertez vos drapeaux! Soldats d'Italie, un nouveau général vous

commande; il fut toujours à l'avant-garde, dans les plus beaux moments

de votre gloire; entourez-le de votre confiance, il ramènera la

victoire dans vos rangs. Je me ferai rendre un compte journalier de la

conduite de tous les corps, et spécialement de la dix-septième légère

et de la soixante-troisième de ligne; _elles se ressouviendront de la

confiance que j'avais en elles_.»

Ces paroles magiques arrêtèrent le mal comme par enchantement: l'armée

se réorganisa, les subsistances furent assurées, les déserteurs

réjoignirent.

Napoléon rappela Masséna d'Helvétie, et lui confia l'armée d'Italie;

ce général, qui connaissait parfaitement les débouchés des Apennins,

était plus propre que personne à cette guerre de chicane; il arriva le

10 février à son quartier-général de Gênes.

Le général Brune, d'abord appelé au conseil-d'état, fut quelques

semaines après envoyé sur la Loire pour commander l'armée de l'Ouest;

le général Augereau le remplaça dans le commandement de la Hollande;

la proclamation suivante fut mise à l'ordre des armées:

«Soldats! en promettant la paix au peuple français, j'ai été votre

organe, je connais votre valeur, vous êtes les mêmes hommes qui

conquirent la Hollande, le Rhin, l'Italie, et donnèrent la paix sous

les murs de Vienne. Soldats! ce ne sont plus vos frontières qu'il faut

défendre, ce sont les états ennemis qu'il faut envahir. Il n'est aucun

de vous qui n'ait fait campagne, qui ne sache que la qualité la plus

essentielle d'un soldat, c'est de savoir supporter les privations avec

constance: plusieurs années d'une mauvaise administration ne peuvent

être réparées dans un jour. Premier magistrat de la république, il me

sera doux de faire connaître à la nation entière les corps qui

mériteront, par leur discipline et leur valeur, d'être les soutiens de

la patrie. Soldats! lorsqu'il en sera temps je serai au milieu de

vous, et l'Europe se souviendra que vous êtes de la race des braves.»

Telle était la position des armées; le premier consul ordonna

sur-le-champ la réunion de celles du Rhin et d'Helvétie en une seule

sous le nom d'armée du Rhin; il en donna le commandement au général

Moreau, qui lui avait montré le dévouement le plus absolu dans la

journée du 18 brumaire[10]. Les troupes françaises manquaient de tout,

leur dénuement était extrême, tout l'hiver fut employé à recruter,

habiller, solder cette armée. Un détachement de l'armée de Hollande

fut dirigé sur Mayence, et bientôt l'armée du Rhin devint une des

plus belles qu'ait jamais eues la république; elle comptait 150,000

hommes, et était formée de toute les vieilles bandes.

[10] Moreau était ennemi du directoire, et surtout de la société

du manège; quoiqu'il n'eût eu que des revers dans la campagne qui

venait de se terminer, qu'il eût alors moins de considération que

les généraux qui venaient de sauver la Suisse, à Zurich, et la

Hollande à Alkmaer, en faisant capituler le fils du roi

d'Angleterre, il avait une connaissance particulière du champ

d'opération de l'armée d'Allemagne: ce qui décida le premier

consul à lui donner toute sa confiance, et à le mettre à la tête

de l'armée.

§ III.

Paul I était mécontent de la politique de l'Autriche et de

l'Angleterre; l'élite de son armée avait péri en Italie sous Suvarow,

en Suisse sous Korsakow, en Hollande sous Hermann. Les prétentions

anciennes et nouvelles des Anglais sur la navigation des neutres,

l'indisposaient tous les jours davantage; le commerce des neutres,

surtout celui des puissances de la Baltique était troublé; des convois

escortés par des bâtiments de guerre étaient insultés et soumis à des

visites. D'un autre côté les changemens survenus dans les principes du

gouvernement français, depuis le 18 brumaire, avaient neutralisé,

suspendu sa haine contre la révolution: il estimait le caractère que

le premier consul avait montré en Italie, en Égypte, et qu'il

déployait tous les jours; ces dernières circonstances déterminèrent sa

conduite, et s'il n'abandonna pas la coalition, du moins ordonna-t-il

à ses armées de quitter le champ de bataille et de repasser la

Vistule.

L'abandon de l'armée russe ne découragea pas l'Autriche, elle déploya

tous ses moyens et mit deux grandes armées sur pied.

L'une en Italie, forte de 140,000 hommes, sous les ordres du

feld-maréchal Mélas, fut destinée à prendre l'offensive, s'emparer de

Gênes, de Nice et de Toulon. Sous les murs de cette place, elle devait

être rejointe par l'armée anglaise de 18,000 hommes qui devaient se

rassembler à Mahon, et par l'armée napolitaine de 20,000 hommes.

Willot était au quartier-général de Mélas, pour insurger le Midi de la

république, où les Bourbons pensaient avoir des partisans.

L'autre en Allemagne, commandée par le feld-maréchal Kray, forte de

120,000 hommes, y comprises les troupes de l'empire et celles à la

solde de l'Angleterre. Cette dernière armée était destinée à rester

sur la défensive pour couvrir l'Allemagne. L'expérience de la campagne

passée avait convaincu l'Autriche de toutes les difficultés attachées

à la guerre de Suisse.

Le feld-maréchal Kray avait son quartier-général à Donau-Schingen; ses

principaux magasins à Stockach, Engen, Moerskirch, Biberach. Son armée

était composée de quatre corps.

Celui de droite, commandé par le feld-maréchal-lieutenant Starray,

était sur le Mein.

Celui de gauche, sous les ordres du prince de Reuss, était en Tyrol.

Les deux autres étaient sur le Danube, tenant des avant-gardes: l'une

sous le général Kienmayer, vis-à-vis de Kehl; l'autre sous les ordres

du général-major Giulay, dans le Brisgaw; une troisième sous les

ordres du prince Ferdinand, dans les villes forestières aux environs

de Bâle; une quatrième sous les ordres du prince de Vaudémont,

vis-à-vis Schaffhouse.

Dans ces circonstances, il devenait donc urgent que l'armée du Rhin

prît vigoureusement l'offensive; ses forces étaient presque doubles de

celles de l'ennemi, tandis que l'armée autrichienne d'Italie était

plus que double de l'armée française, qui, complétée à 40,000 hommes,

gardait l'Apennin et les hauteurs de Gênes. Une armée de réserve de

35,000 hommes fut réunie sur la Saône, pour se porter au soutien de

l'armée d'Allemagne si cela était nécessaire, déboucher par la Suisse

sur le Pô, et prendre l'armée autrichienne d'Italie à revers.

Le cabinet de Vienne comptait que ses armées seraient, au milieu de

l'été, au coeur de la Provence; et celui des Tuileries avait calculé

que son armée du Rhin serait avant ce temps-là sur l'Inn.

§ IV.

Le premier consul ordonna au général Moreau de prendre l'offensive et

d'entrer en Allemagne, afin d'arrêter le mouvement de l'armée

autrichienne d'Italie, qui déja était arrivée sur Gênes. Toute l'armée

du Rhin devait se réunir en Suisse et passer le Rhin à la hauteur de

Schaffhouse; le mouvement de la gauche de l'armée sur sa droite devant

se faire derrière le rideau du Rhin, et d'ailleurs, étant préparé

beaucoup à l'avance, l'ennemi n'en aurait aucune connaissance. En

jetant quatre ponts à la fois à la hauteur de Schaffhouse, toute

l'armée française passerait en vingt-quatre heures, arriverait sur

Stockach, et culbuterait la gauche de l'ennemi, prendrait par derrière

tous les Autrichiens placés entre la rive droite du Rhin et les

défilés de la forêt Noire. En six ou sept jours de l'ouverture de la

campagne, l'armée serait devant Ulm; ce qui pourrait s'échapper de

l'armée autrichienne se rejetterait en Bohême. Ainsi, le premier

mouvement de la campagne aurait eu pour résultat de séparer l'armée

autrichienne de Ulm, Philisbourg et Ingolstadt, et de mettre en notre

pouvoir le Wurtemberg, toute la Souabe et la Bavière. Ce plan

d'opération devait donner lieu à des évènements plus ou moins

décisifs, selon les chances de la fortune, l'audace et la rapidité des

mouvements du général français. Le général Moreau était incapable

d'exécuter et même de comprendre un pareil mouvement; il envoya le

général Dessolles à Paris, présenter un autre projet au ministre de la

guerre, suivant la routine des campagnes de 1796 et 1797; il proposait

de passer le Rhin à Mayence, Strasbourg et Bâle. Le premier consul,

fortement contrarié, pensa un moment à aller lui-même se mettre à la

tête de cette armée, il calculait qu'il serait sous les murs de Vienne

avant que l'armée autrichienne d'Italie ne fût devant Nice. Mais

l'agitation intérieure de la république s'opposa à ce qu'il quittât sa

capitale, et s'en éloignât pour autant de temps: le projet de Moreau

fut modifié, et le général fut autorisé à exécuter un projet mitoyen,

qui consistait à faire passer le fleuve par sa gauche à Brisach, par

son centre à Bâle, par sa droite au-dessus de Schaffhouse. Il lui

était surtout prescrit de n'avoir qu'une seule ligne d'opération;

encore dans l'exécution ce dernier plan lui parut-il trop hardi, et il

y fit des changements.

§ V.

Moreau avait son quartier-général à Bâle; son armée était composée de

quatre corps d'infanterie, d'une réserve de grosse cavalerie et de

deux divisions détachées, savoir

Le lieutenant-général Sainte-Suzanne commandant la gauche: les

divisions Souham et Legrand; le lieutenant-général Saint-Cyr

commandant le centre: les divisions Baraguai-d'Hilliers et Ney; le

général en chef commandant la réserve: les divisions Delmas, Leclerc

et Richepanse; le lieutenant-général Lecourbe commandant la droite:

les divisions Vandamme, Montrichard et Lorge.

Le général d'Hautpoult commandant la réserve de grosse cavalerie; le

général Éblé, l'artillerie.

Les corps détachés étaient commandés par les généraux Collaud et

Moncey, en Suisse.

Le 25 avril Sainte-Suzanne, commandant la gauche, passa le Rhin à

Strasbourg; Saint-Cyr, avec le centre, le passa le même jour à

Brisach; le général Moreau, à la tête d'un corps de réserve, passa le

27 à Bâle.

Le corps de Sainte-Suzanne culbuta un corps ennemi de 12 à 15,000

hommes, qui était en position en avant d'Offembourg; Saint-Cyr entra

à Fribourg, que l'ennemi ne lui disputa pas; de là il se porta sur

Saint-Blaise, où déja la réserve, qui avait passé à Bâle, était

arrivée. Richepanse resta à Saint-Blaise, les deux autres divisions,

remontant la rive droite du Rhin, se portèrent à l'embouchure de

l'Alb. Le 26 et le 27, les trois divisions se réunirent sur le

Wuttach; le 28, elles prirent position à Neukirch; Saint-Cyr se porta

de Saint-Blaise sur le Wuttach à Stühlingen.

Cependant Moreau sentit la nécessité de rappeler Sainte-Suzanne, qui

dut passer à Kehl le 27, pour venir par la rive gauche du Rhin à

Vieux-Brisach, passer de nouveau le fleuve et se trouver en deuxième

ligne du corps de Saint-Cyr; il marcha sur Fribourg, traversa le

Val-d'Enfer, et prit position à Neustadt.

Telle était la position de la réserve du centre et de la gauche

française, lorsque le 1er mai la droite, sous Lecourbe, passa le Rhin

près Stein, sans presque aucun obstacle, et se porta sur le fort

Hohentwoel, qui capitula. Il avait quatre-vingts bouches à feu; ainsi,

ce fut cinq jours après le signal de l'ouverture de la campagne, que

Lecourbe put entrer en opération. Le 2 mai, l'armée resta inactive

dans ses positions, où elle se trouvait en bataille sur une ligne de

quinze lieues obliques au Danube, depuis le fort Hohentwoel jusqu'à

Neustadt.

§ VI.

Le feld-maréchal Kray eut ainsi le temps de réunir ses troupes le 2

mai; il était en position avec 45,000 hommes en avant de la petite

ville d'Engen, ayant sur sa gauche, à Stockach, à six lieues, le

prince de Vaudémont, avec un corps de 12,000 hommes, liant sa position

d'Engen avec le lac de Constance, gardant ses magasins, et assurant sa

retraite sur Moeskirch. Le 3, à la pointe du jour, Lecourbe, avec ses

trois divisions, se dirigea sur Stockach; Moreau, avec les trois

divisions de la réserve, sur Engen; Saint-Cyr et Sainte-Suzanne, trop

éloignés du champ de bataille, ne purent y arriver à temps. Lecourbe

marcha sur trois colonnes; Vandamme, à la droite, tourna Stockach;

Montrichard, au centre, entra au pas de charge dans la ville; le

général Lorge, à la gauche, coupa avec une brigade la communication de

Stockach avec Engen, et seconda avec son autre brigade l'attaque de la

réserve. Le prince de Vaudémont fut mis en déroute; il se retira en

toute hâte sur Moeskirch, laissant 3,000 prisonniers, cinq pièces de

canon et des drapeaux au pouvoir de Lecourbe. Pendant ce temps, les

trois divisions de la réserve s'engagèrent avec les avant-gardes du

feld-maréchal Kray sur un chemin d'Engen, aux approches de la rivière

d'Aach. Le combat devint bientôt vif à Wetterdingen, à Mulhausem; mais

Moreau étendit bientôt sa ligne sur sa gauche: il fit attaquer par

Richepanse le mamelon de Hohenhoven, celui-ci l'attaqua en vain toute

la journée; les trois divisions de la réserve, avec la brigade de la

division Lorge et la réserve de grosse cavalerie, formaient une force

de 40,000 hommes, c'est-à-dire un peu moins que l'ennemi n'avait

devant Engen. La victoire penchait en faveur des Autrichiens, lorsque

Kray fut instruit de la défaite du prince de Vaudémont, des grands

succès de Lecourbe et de l'arrivée de Saint-Cyr sur Hohenhoven; il

battit en retraite. Saint-Cyr était parti le matin de Stühlingen; il

avait remonté la rive droite du Wuttach, et il fut arrêté au défilé de

Zollhaus; à la nuit, sa brigade d'avant-garde, commandée par le

général Roussel, occupa le plateau de Hohenhoven. La perte fut de 6 à

7,000 hommes de chaque côté, les Autrichiens perdirent en outre 4,000

prisonniers et quelques pièces de canon, la plupart pris par Lecourbe

à Stockach.

_Bataille de Moeskirch._

Pendant la journée du 4, le feld-maréchal Kray joignit à Moeskirch le

prince de Vaudémont, et fut rejoint par la division que commandait

l'archiduc Ferdinand; il ordonna l'évacuation de ses magasins, et fit

ses dispositions pour se porter sur le Danube, qu'il voulait passer

sur le pont de Sigmaringen: pendant cette journée l'armée française ne

fit aucun mouvement; mais le général Lecourbe se porta de Stockach sur

Moeskirch. St.-Cyr, qui n'avait pas donné à Engen, se porta sur

Liptingen: les trois divisions de la réserve marchèrent en deuxième

ligne à l'appui de Lecourbe; celui-ci marcha sur Moeskirch sur trois

colonnes; Vandamme à la droite sur Kloster-Wald; Montrichard au

centre, appuyé par la réserve de grosse cavalerie; Lorge à la gauche,

par Neuhausen: il couvrait ainsi un front de deux grandes lieues. La

rencontre des troupes légères de l'ennemi ne tarda pas à lui indiquer

la présence de l'armée: bientôt les trois divisions furent aux mains

contre toute l'armée autrichienne; elles étaient fort compromises,

lorsque, dans l'après-midi, elles furent soutenues par trois divisions

de la réserve. Le combat devint fort chaud, les armées se maintinrent

sur leur champ de bataille. Saint-Cyr eut décidé de la victoire; mais

il n'arriva à Liptingen que la nuit, encore éloigné du champ de

bataille de plusieurs lieues. Pendant la nuit Kray battit en retraite:

la moitié de ses troupes avaient passé le Danube à Sigmaringen;

l'autre moitié était sur la rive droite, lorsque Saint-Cyr, qui avait

suivi la rive droite du Danube, arriva le 6 sur les hauteurs qui

dominent ce fleuve. Si Moreau eût marché, de son côté, à la suite de

l'ennemi, une partie de l'armée autrichienne aurait été détruite, mais

Moreau ne connaissait pas le prix du temps; il le passait toujours le

lendemain des batailles, dans une fâcheuse indécision.

_Bataille de Biberach._

Quelques jours après la bataille de Moeskirch, Lecourbe se porta sur

Wurzach et envoya ses flanqueurs au pied des montagnes du Tyrol.

Saint-Cyr se porta sur Buchau; Moreau, avec la réserve, marcha en

deuxième ligne; Sainte-Suzanne continua son mouvement par la rive

gauche du Danube, et se porta à Geissingen, séparé de l'armée par le

fleuve. Kray avait fait sa retraite sans être inquiété. Se trouvant le

7 à Riedlingen, et ayant eu avis du mouvement décousu de la droite de

l'armée sur le Tyrol, et de celui de Sainte-Suzanne sur la rive gauche

du Danube, il passa ce fleuve au pont de Riedlingen, et se porta

derrière Biberach, plaçant une avant-garde de dix mille hommes sur la

route de Buchau, et toute son armée derrière la Riess, la gauche à

Ochsenhausen, la droite sur le plateau de Mettenberg. Le 9 mai,

Saint-Cyr partit de Buchau, attaqua cette avant-garde, qui était

séparée du corps de bataille par la Riess, la culbuta dans la rivière,

lui fit quinze cents prisonniers, et lui prit du canon; il la suivit

sur la rive droite; deux divisions de la réserve étaient survenues

dans ces entrefaites. Kray se mit en route sur l'Iller; Lecourbe

l'attaqua à Memmingen, lui fit douze cents prisonniers, et lui prit du

canon; il se refugia dans son camp d'Ulm.

_Manoeuvres et combats autour d'Ulm._

Du 10 au 12 mai, l'armée française occupait les positions suivantes:

la droite, sous Lecourbe, avait son quartier-général à Memmingen; la

réserve et le centre le long de l'Iller, jusqu'au Danube; le général

Sainte-Suzanne, sur la gauche du Danube, à une journée d'Ulm. L'armée

autrichienne était toute réunie dans le camp retranché d'Ulm, hormis

le corps du prince de Reuss, de 20,000 hommes, qui était dans le

Tyrol. Ulm avait une enceinte bastionnée; le mont Saint-Michel qui la

domine, était occupé par des fortifications de campagne faites avec

soin, et armées d'une nombreuse artillerie: sur la rive droite, de

forts retranchements protégeaient deux ponts. De grands magasins de

fourrages, vivres et munitions de guerre y étaient réunis. Le général

autrichien pouvait manoeuvrer sur les deux rives du Danube, protégeant

à la fois la Souabe et la Bavière, couvrant la Bohême comme

l'Autriche; il recevait tous les jours des recrues, des vivres, et

paraissait résolu à vouloir se maintenir dans cette position centrale,

malgré l'infériorité bien constatée de ses forces, et les échecs qu'il

avait essuyés.

Moreau, pour le déposter, résolut de marcher en avant, la droite en

tête: Lecourbe quitta Memmingen, et s'approcha du Lech. Le

quartier-général passa le Günt; Saint-Cyr, avec le centre, le suivit

en échelon, longeant le Danube; Sainte-Suzanne s'approcha d'Ulm par la

rive gauche. La division Legrand prit position à Erbach sur le Danube,

à deux lieues de la place; la division Souham, à la même distance sur

la Blau. Les deux divisions couvraient ainsi une ligne de deux lieues.

Sainte-Suzanne n'avait aucun pont sur le Danube; il affrontait avec

son seul corps toute l'armée de Kray, qui s'était contenté d'envoyer

le général Merfeld derrière le Lech, et continua à occuper en force

toute la rive gauche du Danube, depuis Ulm jusqu'à l'embouchure de

cette rivière, poussant des avant-gardes jusque sur la chaussée

d'Augsbourg, où elles escarmouchaient avec les flanqueurs de gauche de

l'armée française.

Le 16, à la pointe du jour, l'archiduc Ferdinand déboucha sur le

général Legrand, ainsi qu'une autre colonne sur le général Souham. Les

avant-postes des deux divisions françaises furent bientôt reployés,

leurs communications coupées, le corps des divisions rejeté deux

lieues en arrière; à mesure qu'elles reculaient, la distance qui les

séparait s'augmentait.

Sainte-Suzanne était percé; il ordonna au général Legrand d'abandonner

le Danube, afin de se rapprocher de la division Souham: ce mouvement

de concentration, avantageux sous ce point de vue, avait le terrible

inconvénient de l'éloigner de l'armée; mais Saint-Cyr, au bruit de la

canonade, rétrograda avec son arrière-garde, et plaça sur la rive

droite du Danube des batteries, qui battaient la route d'Ulm à

Erbach, et donnèrent de l'inquiétude à l'archiduc: il crut que toute

l'armée allait passer ce fleuve, et le couper; il se reploya sur Ulm.

La perte du corps de Sainte-Suzanne fut considérable en tués et

blessés, moindre cependant qu'elle n'aurait dû l'être, vu la fausse

position où on l'avait abandonné: l'intrépidité des troupes,

l'habileté du général, sauvèrent ce corps d'une destruction totale.

Moreau, étonné de cet évènement, contremanda la marche sur le Lech;

ordonna à Saint-Cyr et à d'Hautpoult de passer le Danube à Erbach,

pour soutenir Sainte-Suzanne; se porta lui-même sur l'Iller, et

rappela Lecourbe. Sainte-Suzanne passa la Blau, de sorte que des onze

divisions qui composaient son armée, cinq étaient sur la rive gauche,

et six étaient sur la rive droite du Danube, à cheval sur ce fleuve,

occupant une ligne de quatorze lieues; il passa plusieurs jours dans

cette position.

Attaquera-t-il Kray sur la rive gauche? repassera-t-il sur la rive

droite? il se décida de nouveau à ce dernier parti. Lecourbe se

reporta sur Landsberg, où il arriva le 27 mai; le 28, sur Augsbourg,

où il passa le Lech; St.-Cyr se porta sur la Günzt; Sainte-Suzanne

passa sur la droite du Danube, et prit position à cheval sur l'Iller.

L'armée française se trouva en bataille, la gauche au Danube, la

droite au Lech, occupant une ligne de vingt lieues. Le 24 mai, le

feld-maréchal Kray fit passer une avant-garde sur la rive droite, qui

attaqua à la fois les deux divisions de Sainte-Suzanne: le combat fut

vif, il dura toute la journée: la perte de part et d'autre fut

considérable; mais le soir, les Autrichiens repassèrent le Danube.

A cette nouvelle, le général Moreau changea encore de résolution: il

arrêta son mouvement, et se rapprocha du Danube. Lecourbe abandonna

pour la deuxième fois le Lech. Mais le 4 juin, le feld-maréchal Kray,

ayant réuni une partie de ses forces, passa sur le pont d'Ulm, et

attaqua le corps de Sainte-Suzanne, conduit par Richepanse.

Sainte-Suzanne avait été prendre le commandement des troupes de

Mayence, qui se trouvaient en position sur l'Iller. Richepanse,

environné par des forces supérieures, se reploya toute la journée: sa

position devenait des plus critiques, lorsque le général Grenier (il

avait remplacé Saint-Cyr, renvoyé de l'armée par Moreau), fit

déboucher par le pont de Kellmuntz sur l'Iller la division Ney; le

combat se rétablit. Le général Moreau se concentra tout-à-fait sur

l'Iller: c'était justement ce que voulait Kray, qui, trop faible pour

faire tête à l'armée française, voulait l'empêcher de cheminer, et la

consumer dans des combats de détail.

Après avoir séjourné plusieurs jours dans cette position, enhardi par

l'attitude défensive de Kray, qui ne faisait aucun mouvement, et

restait dans son camp retranché, Moreau reprit pour la troisième fois

son projet d'attaque sur la Bavière; il fit mine de passer le Lech.

Lecourbe repassa de nouveau le Lech, et les 10, 11 et 12 juin, toute

l'armée se rapprocha de cette rivière. Ainsi il y avait un mois que le

combat de Biberach avait eu lieu, et l'armée était toujours dans la

même position; elle avait perdu ce temps en marches et contre-marches,

qui l'avaient compromise, et avaient donné lieu à des combats où les

troupes françaises, en nombre inférieur, avaient perdu beaucoup de

monde. L'arrière-garde de Lecourbe avait perdu deux mille hommes, en

évacuant Augsbourg, au combat de Shwamunchen. Cette hésitation avait

indisposé quelques généraux de l'armée. Moreau avait renvoyé

Saint-Cyr, qu'il avait remplacé par le général Grenier; il reprochait

à ce général les lenteurs de sa marche à Engen, surtout à Moeskirch,

et d'être mauvais camarade, de laisser écraser les divisions voisines,

lorsqu'il pouvait les secourir; de son côté, Saint-Cyr critiquait

amèrement la conduite de son général en chef, et manifestait

hautement la désapprobation des manoeuvres qui avaient été faites

depuis l'ouverture de la campagne. On voit dans les dépêches de

Lecourbe plusieurs lettres pleines d'énergie et de plaintes sur ses

lenteurs, ses incertitudes, ses hésitations, ses ordres et

contre-ordres. Cela décida enfin le général en chef à se porter sur la

rive gauche du Danube, en passant la rivière, du 19 au 20 juin, 40

jours après être arrivé sur le fleuve, à la hauteur d'Ulm.

§ VII.

Lecourbe, avec la droite, se porta vis-à-vis Hochstet; Moreau, avec la

réserve, vis-à-vis Dillingen; Grenier, avec le centre, à Guntzbourg;

Richepanse, avec la gauche, resta en observation sur l'Iller,

vis-à-vis Ulm. Le 19, à la pointe du jour, Lecourbe fit raccommoder le

pont du Danube à Blindheim, fit passer son corps d'armée, se porta

avec une division sur Schwoningen, en descendant à deux lieues, du

côté de Donawert, et renvoya deux autres sur Lauingen, en remontant le

Danube. A peine arrivé à Schwoningen, la division fut attaquée par une

brigade de quatre mille hommes que commandait le général Devaux, qui

avait son quartier-général à Donawert. Le combat fut assez vif, mais

ce corps fut défait, la moitié resta sur le champ de bataille, et dans

les mains des Français. Peu après, l'ennemi attaqua les divisions

placées sur Lauingen; après un combat fort vif, il fut repoussé.

Moreau, avec la réserve, passa au pont de Dillingen. Grenier voulut

rétablir le pont de Gunztbourg, mais il en fut empêché par le général

Giulay; ce qui l'obligea à aller passer au pont de Dillingen. Aussitôt

que Kray apprit que le passage était effectué, il résolut de se

retirer; ce qu'il fit, sous la protection d'un corps de cavalerie

qu'il plaça sur la Brenzt: mais, pendant les journées du 20, 21, 22 et

23, l'armée française resta immobile et ne fit rien. C'était perdre un

temps précieux, et qui, bien employé, pouvait devenir funeste à son

ennemi: le général autrichien en profita; il passa par Neresheim,

Nordlingen, et arriva sur la Wernitz le 23 au soir. Le général

Richepanse cerna Ulm, avec son corps. L'armée se mit trop tard à la

suite de l'armée autrichienne, dont elle n'atteignit que

l'arrière-garde. La division Decaen fut dirigée sur Munich; après un

léger combat contre le général Merfeld, il entra dans cette capitale.

Lecourbe repassa sur la rive droite du Danube, se porta sur Rain et

Neubourg. Kray était en position avec vingt-cinq mille hommes. En

avant de cette ville, sur la rive droite du Danube, Montrichard, qui

osa l'y attaquer, fut vivement repoussé et ramené pendant deux lieues.

Lecourbe rétablit le combat avec la division Grandjean: la valeur des

troupes et l'énergie du général remédièrent au mal qui eût pu être

beaucoup plus grand. Le champ de bataille resta à l'ennemi; mais dans

la nuit il sentit qu'il n'était plus à temps de gagner le Lech, et que

le reste de l'armée française allait l'accabler; il repassa le Danube,

se porta sur Ingolstadt, passa de nouveau le fleuve, et porta son

quartier-général à Landshut, derrière l'Iser. Le général Moreau entra

à Ausgbourg; y plaça son quartier-général, il envoya la division

Leclerc sur Freysing, qui y entra après un combat très-vif contre

l'avant-garde autrichienne.

Dans ce temps, Sainte-Suzanne sortit de Mayence avec deux divisions

réunies de ce côté, et il entra dans la Franconie, se rapprochant du

Danube.

Cependant le prince de Reuss, occupant toujours Feldkirch, Fuessen et

tous les débouchés du Tyrol, Lecourbe repassa le Lech, avec vingt

mille hommes, et se porta sur trois colonnes, la gauche sur Scharnitz,

le centre sur Fuessen, et la droite sur Feldkirch. Le 14 juillet,

Molitor entra dans cette place; l'ennemi lui abandonna le camp

retranché. Le prince de Reuss se retira derrière les défilés et les

retranchements qui couvraient le Tyrol.

§ VIII.

L'armistice fut conclue le 15 juillet à Parsdorf: les trois places

d'Ingolstadt, Ulm, Philipsbourg durent rester bloquées, mais

approvisionnées jour par jour, pendant le temps de la suspension

d'armes. Tout le Tyrol resta au pouvoir de l'Autriche, et la ligne de

démarcation passa par l'Iser, au pied des montagnes du Tyrol. Dès le

24 juin, le feld-maréchal Kray avait proposé de se conformer à

l'armistice conclu à Marengo, dont il venait de recevoir la nouvelle.

Le reste de juillet, août, septembre, octobre, novembre, les armées

restèrent en présence, et les hostilités ne recommencèrent qu'en

novembre. L'armistice disait:

Article premier. Il y aura armistice et suspension des hostilités

entre l'armée de sa majesté impériale et de ses alliés, en Allemagne,

dans la Suisse, le Tyrol et les Grisons, et l'armée française dans les

mêmes pays. La reprise des hostilités devra être annoncée

respectivement douze jours d'avance.--Art. 2. L'armée française

occupera tout le pays qui est compris dans la ligne de démarcation

suivante: cette ligne s'étend depuis Balzers, dans les Grisons, sur la

rive droite du Rhin, jusqu'aux sources de l'Inn, dont elle comprend

toute la vallée; de là aux sources du Lech, par le revers des

montagnes du Vorarlberg, jusqu'à Reuti, le long de la rive gauche du

Lech. L'armée autrichienne reste en possession de tous les passages

qui conduisent à la rive droite du Lech; elle forme une ligne qui

comprend Reuti, s'étend au delà de Scebach, près de Breitenwang, le

long de la rive septentrionale du lac dont sort le Scebach, s'élève

sur la gauche, dans Lechtal, jusqu'à la source de l'Ammer; delà, par

les frontières, du comté de Werdenfels, jusqu'à la Loisach. Elle

s'étend jusqu'à la rive gauche de cette rivière, jusqu'à Kochelsée,

qu'elle traverse, jusqu'au Walchensée, où elle coupe le lac de ce nom,

et se prolonge le long de la rive septentrionale de la Jachnai jusqu'à

son embouchure dans l'Iser; et, traversant cette rivière, elle se

dirige sur Reitu, sur le Tegernsée, au delà de la Manguald, près de

Gmünd, et sur la rive gauche de celle-ci, au delà de la Falley: de là,

elle prend la direction par Ob-Laus, Reifing, Elkhofin, Frafing,

Ecking, Ébersberg, Malckirchen, Hohenlinden, Krainacher, Weting,

Reting, Aidberg, Isen, Penzing, Zuphtenbach, le long de l'Iser jusqu'à

Furden et Sendorff, où elle passe vers la source de la Vilz, qu'elle

suit jusqu'à son embouchure dans le Danube, et ensuite sur la rive

droite de la Vilz jusqu'à Vilsbibourg, et au delà de cette rivière

jusqu'à Binabibourg, où elle suit le cours de la Bina jusqu'à

Dornaich. Elle coupe près de Sculmshansen, s'étend vers la source du

Colbach, ensuite la rive gauche jusqu'à son embouchure dans la Vilz,

et, se portant sur la gauche, vers la Vilz, se prolonge jusqu'à son

embouchure dans le Danube. La même ligne s'étend sur la rive droite du

Danube jusqu'à Kehlheim, où elle passe le fleuve, et se prolonge sur

la rive droite de l'Altmühl jusqu'à Pappenheim; elle se dirige ensuite

par la ville de Weissembourg, vers la Bednitz, dont elle longe la rive

gauche jusqu'au point où elle se jette dans le Mein; elle suit de là

la rive gauche de cette dernière rivière jusqu'à son embouchure. La

ligne de démarcation, sur la rive droite du Mein, entre cette rivière

et Dusseldorff, ne s'étendra plus vers Mayence jusqu'à la Nidda. Dans

le cas où les troupes françaises auraient fait, dans l'intervalle, des

progrès de ce côté, elles conserveront ou reprendront la même ligne

qu'elles occupent aujourd'hui, 15 juillet.--Art. 3. L'armée impériale

occupera de nouveau le haut et bas Engadin, c'est-à-dire la partie des

Grisons, dont les rivières se jettent dans l'Inn, et de la vallée de

Sainte-Marie, dans l'Adige. La ligne de démarcation française

s'étendra depuis Balzers, sur le lac de Como, par Coire, Tossana,

Splugen, Chiavenna, y compris le Luciensteig. La partie des Grisons,

située entre cette ligne et l'Engadin, sera évacuée par les deux

parties. Ce pays conservera sa forme de gouvernement actuelle.--Art.

4. Les places qui sont dans la ligne de démarcation, telles que Ulm,

Ingolstadt et Philipsbourg, lesquelles sont occupées par les

impériaux, resteront, sous tous les rapports, dans l'état où elles

auront été trouvées par les commissaires nommés à cet effet, par les

généraux en chef; la garnison n'en sera pas augmentée, et elles ne

troubleront point la navigation sur les rivières, et le passage sur

les grandes routes. Le territoire de ces places fortes s'étend jusqu'à

deux mille toises des fortifications; elles s'approvisionneront tous

les dix jours, et, pour ce qui regarde cet approvisionnement

déterminé, elles ne seront pas censées comprises dans les pays occupés

par l'armée française, laquelle, de son côté, ne pourra pas non plus

empêcher les transports des munitions dans lesdites places.--Art. 5.

Le général, commandant l'armée impériale, est autorisé à envoyer dans

chacune de ces places une personne chargée d'informer les commandants

de la conduite qu'il auront à tenir.--Art. 6. Il n'y aura pas de ponts

sur les rivières qui séparent les deux armées, à moins que ces

rivières ne soient coupées par la ligne de démarcation, et alors les

ponts ne pourront être établis que derrière cette ligne, sans

préjudice cependant des dispositions qui pourraient être faites à

l'avenir pour l'utilité des armées et du commerce. Les chefs

respectifs s'entendront sur cet article.--Art. 7. Partout où des

rivières navigables séparent les deux armées, la navigation sera libre

pour elles et pour les habitants. La même chose aura lieu pour les

grandes routes comprises dans la ligne de démarcation, et cela pendant

le temps de l'armistice.--Art. 8. Les territoires de l'empire et des

états autrichiens qui se trouvent dans la ligne de démarcation de

l'armée française, sont sous la sauve-garde de la loyauté et de la

bonne foi. Les propriétés et les gouvernements actuels seront

respectés, et aucun des habitants de ces contrées ne pourra être

inquiété, soit pour services rendus à l'armée impériale, soit pour

opinion politique, soit pour avoir pris une part effective à la

guerre.--Art. 9. La présente convention sera expédiée avec la plus

grande célérité possible.--Art. 10. Les avant-postes des deux armées

ne communiqueront pas entre eux.

_Plan de campagne._

_Première remarque._--1º Un plan de campagne doit avoir prévu tout ce

que l'ennemi peut faire, et contenir en lui-même les moyens de le

déjouer. La frontière d'Allemagne était, dans cette campagne, la

frontière prédominante; la frontière de la rivière de Gênes était la

frontière secondaire. Effectivement, les évènements, qui auraient lieu

en Italie, n'auraient aucune action directe, immédiate et nécessaire

sur les affaires du Rhin; tandis que les évènements, qui auraient lieu

en Allemagne, auraient une action nécessaire et immédiate sur

l'Italie. En conséquence, le premier consul réunit toutes les forces

de la république sur la frontière prédominante, savoir: l'armée

d'Allemagne, qu'il renforça, et l'armée de Hollande et du Bas-Rhin;

l'armée de réserve, qu'il réunit sur la Saône, à portée d'entrer en

Allemagne, si cela était nécessaire.

Le conseil aulique réunit sa principale armée sur la frontière

secondaire, en Italie. Ce contre-sens, cette violation de ce grand

principe, fut la véritable cause de la catastrophe des Autrichiens

dans cette campagne.

2º Le gouvernement avait ordonné au général Moreau de réunir son armée

derrière le lac de Constance, par la Suisse; de dérober cette marche à

l'ennemi, en interdisant toute communication de la rive gauche à la

rive droite du Rhin; de jeter, à la fin d'avril, quatre ponts entre

Schaffhausen, Stein et le lac de Constance; de passer sur la rive

droite du Danube avec toute son armée; de se porter sur Stockach et

Engen; d'appuyer sa droite au Danube, sa gauche au lac de Constance;

de prendre à dos toutes les divisions ennemies qui se trouveraient en

position sur les Montagnes Noires et dans la vallée du Rhin, de les

séparer de leurs magasins, de se porter ensuite sur Ulm avant

l'ennemi. Moreau ne comprit pas ce plan; il envoya le général

Dessolles au ministre de la guerre, pour proposer de passer le Rhin à

Mayence, Strasbourg et Bâle. Napoléon résolut alors de se mettre

lui-même à la tête de cette armée; mais les évènements exigèrent

qu'elle entrât en opération en avril, et les circonstances intérieures

de la république ne lui permettant pas de quitter alors Paris, il se

contenta de prescrire que l'armée du Rhin n'eût qu'une seule ligne

d'opération.

_Deuxième remarque._ MOREAU.--1º Sainte-Suzanne passa le Rhin à Kelh;

Saint-Cyr, à Neuf-Brisach: ils devaient se joindre dans le Brisgaw.

Moreau en sentit le danger; il rappela Sainte-Suzanne sur la rive

gauche, pour lui faire repasser le Rhin sur le pont de Neuf-Brisach:

ce fut un faux mouvement, et non pas une ruse de guerre. La marche de

trente lieues, depuis Vieux-Brisach à Bâle et Schaffhausen, par la

rive droite du Rhin, était fâcheuse, l'armée prêtait son flanc droit

au Rhin, et son flanc gauche à l'ennemi; elle était dans un

cul-de-sac, au milieu des ravins, des forêts et des défilés. Le

feld-maréchal Kray fut ainsi prévenu où voulait aller son ennemi; il

eut huit jours pour se concerter; aussi fût-il réuni en bataille à

Engen et Stobach, et en mesure de couvrir ses magasins et Ulm avant le

général français, qui cependant avait l'initiative du mouvement. Si

Moreau eût débouché par le lac de Constance avec toute l'armée, il eût

surpris, défait et pris la moitié de l'armée autrichienne; les débris

n'auraient pu se rallier que sur le Necker: il fut arrivé à Ulm avant

elle. Que de grands résultats! La campagne eût été décidée dans les

quinze premiers jours.

2º L'armée française était beaucoup plus forte que celle de l'ennemi

dans un arrondissement de quinze lieues, et cependant l'ennemi fut

supérieur en nombre sur le champ de bataille d'Engen. Moreau éparpilla

son armée, et la compromit; il manoeuvra par sa gauche pour se réunir

à Saint-Cyr, qui était trop loin; il fit attaquer, par Richepanse

seul, le pic de Hohenhoven, qui était une position forte. Il eût dû

tenir ses troupes réunies, et manoeuvrer par sa droite, s'appuyer à

Lecourbe, et couper la ligne de retraite de l'ennemi; là il n'eût été

arrêté par aucune forte position.

3º Kray fit sa retraite, dans la nuit du 3 au 4, sur Moeskirch; il en

était éloigné de six lieues: Lecourbe n'en était éloigné que de trois

lieues. Si celui-ci eût reçu l'ordre de marcher, le 4, il eût coupé

l'armée ennemie, l'eût attaquée en tête et en flanc, dans le temps que

Saint-Cyr et la réserve eussent attaqué en queue; Kray eût été fort

compromis, la bataille de Moeskirch n'eût pas eu lieu. Moreau est

resté, le 4, oisif, sans aucune raison. Cette fatale indécision remit

en question, le lendemain, ce qui avait été décidé à Engen, et rendit

inutile le sang versé sur le champ de bataille.

4º Sainte-Suzanne était à Donauschingen pendant la bataille d'Engen:

il eût pu au moins se trouver à la bataille de Moeskirch; il n'y fut

pas non plus que Saint-Cyr, de sorte que les six divisions de Lecourbe

et de la réserve s'y trouvèrent seules; ce qui faisait une force

inférieure à celle de l'ennemi.

5º La conduite de Saint-Cyr a donné lieu à des plaintes; il n'est

arrivé que la nuit à Liptingen, à plusieurs lieues du champ de

bataille.

6º Si Moreau eût marché, le 6, à la pointe du jour, à la poursuite de

l'ennemi; qu'il eût appuyé Saint-Cyr, le 6, il eût détruit une partie

de l'armée ennemie pendant qu'elle était occupée au passage du Danube:

mais, le 6, comme le 4, Moreau resta inactif sur son champ de

bataille.

7º Que devait faire le général français pour déposter le feld-maréchal

Kray, de son camp retranché? Une seule chose: avoir une volonté,

suivre un plan; car l'initiative était à lui: il était vainqueur, plus

nombreux, et avait une meilleure armée. Le 14 mai, il eût dû passer

l'Iller, se mettre en marche sur trois colonnes, ne pas occuper plus

de six lieues de terrain, passer le Lech, et arriver en deux jours, au

plus en trois à Augsbourg passer le Lech. Le général autrichien eût

aussitôt suivi le mouvement par la rive gauche du Danube, se fût porté

par Neubourg, derrière le Lech, pour couvrir la Bavière et les états

héréditaires; il ne se fût pas exposé à suivre l'armée française sur

la rive droite, puisqu'il aurait fallu qu'il s'avançât sous les murs

d'Augsbourg pour l'atteindre, et que, faisant volte-face, elle

l'aurait battu, coupé d'Ulm, et rejeté dans les Montagnes Noires.

L'armée autrichienne pouvait avoir encore la prétention de combattre

et de vaincre des divisions isolées; mais elle n'avait plus celle de

lutter contre l'armée française réunie.

Les Français devaient être le 18 mai à Munich, et maîtres de la

Bavière. Kray se serait estimé fort heureux de regagner l'Inn à temps:

on voit par ses dépêches, qu'il juge parfaitement de l'irrésolution de

son ennemi. Lorsque celui-ci poussa un corps sur Augsbourg, il

écrivit: l'armée française fait une démonstration sur la Bavière, qui

n'est pas sérieuse, puisque ses divisions sont en échelons jusqu'à

l'Iller, et que sa ligne est déja trop étendue; il avait raison.

7º Moreau a trois fois, en quarante jours, réitéré les mêmes

démonstrations; mais toutes les trois fois, sans leur donner un

caractère de vérité, il n'a reussi qu'à enhardir son rival, et lui a

offert des occasions de battre des divisions isolées. En effet,

l'armée française avait dans ses manoeuvres, la gauche sur Ulm, et la

droite à vingt lieues, menaçant la Bavière; c'était défier l'armée

ennemie et la fortune. Pendant cette campagne, l'armée française qui

était plus nombreuse, a presque toujours été inférieure en nombre sur

le champ de bataille; c'est ce qui arrive aux généraux qui sont

irrésolus, et agissent sans principes et sans plans; les tâtonnements,

les _mezzo termine_ perdent tout à la guerre.

8º Le projet de passer sur la rive gauche du Danube, au-dessous d'Ulm,

était périlleux et fort hasardeux; si Kray et le prince de Reuss

réunis eussent manoeuvré la gauche au Danube, la droite au Tyrol,

l'armée française pouvait être prise en flagrant délit et être fort

compromise. Mais, puisque le général français était résolu à cette

opération inutile et téméraire, il la fallait faire avec résolution et

d'un seul trait; il fallait que le passage ayant été surpris le 19, le

20 toute l'armée se trouvât sur la rive gauche, laissant seulement

quelques colonnes mobiles en observation sur la rive droite, et

qu'elle se portât droit sur Ulm et Nordlingen, afin d'attaquer en

flanc l'armée autrichienne, et de l'obliger, si Kray prenait le parti

de la retraite, à recevoir la bataille, et de s'emparer de son camp

retranché, si Kray se décidait à passer sur la rive droite pour

marcher sur l'armée française. De cette manière le général Moreau

n'avait rien à redouter; son armée supérieure comme elle l'était en

forces et en moral, si elle perdait la rive droite, s'établissait sur

la rive gauche: toutes les chances étaient pour elle; elle profitait

de son initiative pour marcher réunie, surprendre l'ennemi pendant ses

mouvements, dans le temps qu'elle ne laissait rien exposé aux coups de

l'initiative de l'ennemi. C'est l'avantage de toute armée qui marche

toujours réunie; qu'eût pu faire le général Richepanse, qui était le

plus près d'Ulm, si Kray et le prince de Reuss l'eussent attaqué avec

60,000 hommes; et que fût devenue l'armée, si le corps de Richepanse

eût été défait, qu'elle eût perdu sa ligne d'opération sur la rive

droite, en y éprouvant un si grand échec, lorsqu'elle n'avait pas

encore pris pied sur la rive gauche?

9º La marche du général Decaen sur Munich, celle de Lecourbe sur

Neubourg, celle de Leclerc sur Freysing, étaient des mouvements

isolés, où les troupes françaises se sont trouvées en nombre inférieur

de l'ennemi; elles y ont payé d'audace, atteint le point qu'elles

voulaient occuper, ont obtenu peu de résultat, et perdu autant que

l'ennemi.

10º La marche rétrograde de Lecourbe sur le Vorarlberg était inutile:

il fallait qu'il marchât sur Inspruck; il y serait arrivé dix jours

plus tôt avec moins de difficultés, et en perdant moins de monde qu'il

n'en a perdu à tous ces débouchés du Tyrol, pour n'obtenir aucun

résultat: la possession d'Inspruck était d'une toute autre importance,

l'armée se fût alors trouvée en ligne sur l'Inn.

11º L'armistice ne remplit pas le but du gouvernement qui voulait

avoir les quatre places d'Ulm, Philipsbourg, Ingolstadt et Inspruck,

pour bien assurer la position des armées.

_Troisième remarque._--KRAY.--1º le feld-maréchal Kray compromit son

armée en la tenant disséminée à l'approche de l'ouverture de la

campagne; son quartier-général à Donauschingen et surtout ses magasins

de Stockach, Engen, Moeskirch, étaient mal placés. Il agissait comme

si la Suisse eût été neutre; son quartier-général et ses magasins

eussent alors été couverts par les défilés des Montagnes Noires. Mais

les Français étaient maîtres de la Suisse et de tout le cours du Rhin

de Constance à Bâle; ses magasins se trouvaient à une demi-journée

d'eux, et tout-à-fait aux avant-postes.

2º Le feld-maréchal Kray a montré de l'habileté autour d'Ulm: il a

obtenu un grand succès, puisque avec une armée battue trois fois en un

mois, et fort inférieure, il a retenu, pendant quarante jours sous le

canon de son camp retranché, une armée supérieure et victorieuse; les

marches, les manoeuvres, les fortifications n'ont pas d'autre but.

Mais ce maréchal n'eût-il pas pu faire davantage, lorsque

Sainte-Suzanne, avec moins de 20,000 hommes, se trouvait, le 16 mai,

séparé par le Danube du reste de l'armée, à une heure de marche de son

camp retranché; pourquoi ne l'attaqua-t-il pas avec ses forces

réunies? De si belles occasions sont rares; il fallait déboucher sur

les deux divisions de Sainte-Suzanne avec 60,000 hommes, et les

détruire.

3º Lorsque, le 26 mai, l'armée française était disséminée sur une

ligne de vingt lieues du Danube au Lech, pourquoi n'a-t-il pas

débouché avec toutes ses forces sur les deux divisions Sainte-Suzanne

et Richepanse? Il ne les a attaquées qu'avec 16,000 hommes; son

attaque sur l'Iller, le 4 juin, fut faite avec trop de circonspection

et avec trop peu de troupes: le prince de Reuss aurait dû y

concourir, en descendant du Tyrol avec toutes ses forces. Si le

général autrichien eût profité de ses avantages, de l'indécision de

son adversaire, de ses fausses manoeuvres, il l'eût, malgré ses succès

et sa supériorité, rejeté en Suisse.

Mémoires pour servir à l'Histoire de France sous Napoléon, Tome 1/2 écrits à Sainte-Hélène par les généraux qui ont partagé sa captivité · 第 21 / 109 题