BEETHOVEN.

Qu’est-ce seulement que notre vie? Expiation ou perfectionnement?

A-t-elle un sens même?

Notre destin est-il écrit, notre liberté se borne-t-elle à l’accomplir

magnifiquement? Est-ce que notre valeur d’individu ne serait pas d’avoir

conscience de ce destin, de vivre en harmonie avec lui?

Je le crois.

Personne n’échappe à sa destinée.

Charlotte avait entrevu la sienne. Tous, nous sommes entraînés vers un

but suprême, qui s’impose à notre volonté, comme la vie elle-même, qui

subordonne à lui toutes nos forces pensantes, toutes nos forces

aimantes.

Voir nettement ce but et le poursuivre, n’est-ce pas élargir la pensée

de Mlle Vormèse; puis-je confondre la vision de mon destin, et la loi

qui doit diriger toutes mes actions?

La mort me force à regarder la vie en face.

Eh bien, ce regret poignant de mourir sans avoir vécu, n’est-ce pas un

avertissement de Charlotte? Suis-je vraiment faite pour cette vie

froide, cette vie mutilée, qui sera la nôtre une fois sorties de cette

École.

La pensée du devoir accompli me consolera-t-elle?

--Non. Tout en moi déjà se révolte à la pensée que ces livres me

tiendront lieu de tout: que peut-être, ni mon cœur, ni ma chair, ne

connaîtront la joie de vivre dans l’épanouissement naturel, la joie de

se donner éperdument.

Ce sont des pensées de vie ardente, d’une vie belle de sa force, de sa

pureté, qui me hantent, quand je vais m’agenouiller près de Charlotte,

et jusqu’au plus profond de ma conscience, retentit une voix

mystérieuse:

Vis pour le bonheur!

Vis pour assouvir ta fureur d’aimer.

Les Sèvriennes · 第 149 / 222 题