Il m’est arrivé une toute petite chose ce soir, en revenant à l’École;
je veux la noter ici pour le souvenir délicat que j’en garderai.
J’étais avec ma vieille cousine, nous passions boulevard Saint-Germain
devant une fleuriste, elle s’arrête, achète des violettes. Je marchande
une botte de mimosa, qui mettait des gouttes d’or dans l’ombre des
feuillages durcis. Combien? «Deux francs, c’est trop cher, Marguerite.»
Je repose la botte; et ma cousine, qui ne comprend pas que pour avoir
une fleur on fasse une folie, m’entraîne vers le tramway.
J’ai mis tout mon cœur dans le regard de regret que j’ai lancé sur les
branches épanouies.
Nous partons. A vingt pas de là, un gosse courant derrière nous, crie:
Mimosa! Mademoiselle! Mimosa! et sans attendre, il me met dans la main
les fleurs que j’avais désirées. C’étaient bien les mêmes.
--Combien petit? fait ma cousine.
--Cinq sous, M’ame, répond le gosse crânement.
--Tu vois Marguerite qu’il est bon quelque fois d’attendre avant
d’acheter, etc...
Oui, mais la chère femme, si drôlement sentencieuse, n’a pas vu, près de
nous, un vieux monsieur très bien, qui regardait et souriait.
Tout à l’heure ce monsieur choisissait un bouquet chez la fleuriste, et
j’ai compris, un peu confuse, qu’il m’offrait ce mimosa.
Ne sachant trop que faire, pour lui dire merci, j’ai respiré les fleurs.
Et c’est tout. Ce monsieur ne m’a ni saluée, ni suivie. Mais je vais
faire sécher dans mon journal un petit brin fleuri.