Quelques élèves, fatiguées de leur première semaine de cours, ont quitté
plus tôt la salle d’études, pour se reposer dans leurs chambres, où
elles baguenaudent jusqu’à l’heure du dîner. La nuit est venue, le gaz
éclaire une haute salle presque déserte. De longues listes de leçons à
faire barbouillent les tableaux noirs; des feuilles de buvard traînent
sur les vieilles tables incommodes, tailladées au canif, incrustées
d’initiales, luisantes à la place des coudes. Le long des murs, dans les
casiers, traîne le «fourbi» de la nouvelle promotion; dix cocottes en
papier, portant un nom en sautoir, représentent les dix Sèvriennes
littéraires de première année.
Au milieu de la salle, une poutre mal équarrie soutient le plafond.
C’est le Pilori de Sèvres, où les mécontentes ont coutume de clouer
leurs professeurs: le père Taillis s’y balance à perpétuité au bout d’un
fil.
Trois Sèvriennes, très absorbées par leur correspondance, se hâtent
d’écrire, car la cloche va sonner, et l’inflexible Lonjarrey, au nom du
règlement, entend qu’au premier coup les nouvelles soient toutes au
réfectoire.
_Lettre de Victoire Nollet à Mme Nollet, rue Royer-Collard, Paris._