M. Hébert..................................... Doineville.

Mademoiselle Stylite de Kersabiec (demoiselle

d'honneur et amie de la princesse)............ Françoise.

D'Autichamp................................... Marchand.

De Coislin.................................... Louis Renaud.

Dans les lettres qu'ils s'adresseraient entre eux, les soldats d'Henri V

avaient ordre de s'appeler toujours les uns les autres par leurs noms de

guerre.

Quant à la clef diplomatique, elle était dans les vingt-quatre lettres

de ces deux mots: _le gouvernement provisoire_.

Jacqueline Morel entendait tout cela.

Elle surprenait un à un tous les secrets de ces héros qui allaient

risquer leur vie dans un élan sublime, ignorant que la police était là,

aux aguets, épiant leurs moindres paroles, leurs moindres gestes!

Une chose surtout frappa Jacqueline Morel: c'est que les deux clefs,

celle des noms de guerre et celle des lettres, furent remises à Henry de

Puiseux.

Le jeune gentilhomme devait les conserver jusqu'à son départ.

Quelques minutes avant la fin de la réunion, Jacques, le valet de

chambre traître, vint dire tout bas à l'espionne:

--Partez, madame, on pourrait vous surprendre.

En effet, il était prudent peut-être de se retirer.

Mais au lieu de suivre Jacqueline pendant qu'elle s'enfuit à travers les

corridors de l'hôtel Saincaize, expliquons en quelques mots à nos

lecteurs comment la veuve de l'ouvrier de Lille avait pu jouer son rôle

de baronne.

A la mort de M. le marquis de Rieux, décédé quelques mois auparavant, la

police avait mis la main sur les papiers qu'il laissait.

On ne sait jamais ce qui peut arriver. Puis, M. de Rieux ayant joué un

certain rôle politique, il pouvait être bon de se prémunir contre des

accusations posthumes.

M. Jumelle ayant à dresser une batterie anti-légitimiste, n'avait pas

hésité.

Il résolut de construire un roman de toutes pièces, par lequel il

arriverait à introduire parmi les légitimistes un traître sans qu'ils

s'en doutassent.

Le traître devint une _traîtresse_, parce que le sous-chef de la police

politique avait Jacqueline Morel sous la main et tenait à l'utiliser.

Puis il vaut toujours mieux agir au moyen d'une jolie femme, surtout

quand elle est douée de grands moyens de séduction.

Voici donc comment s'y prit l'intelligent M. Jumelle pour arriver à ses

fins.

Il fit copier l'écriture du marquis de Rieux par un faussaire auquel on

promit sa grâce, et il composa un certain nombre de lettres qui

recommandaient chaudement madame la baronne de Sergaz à plusieurs amis

du feu marquis.

Il poussa le soin et l'habileté jusqu'à faire faire du papier semblable

à celui dont se servait le vieux gentilhomme, papier à couronne et à

chiffre identiques.

Puis il lança en avant Jacqueline Morel.

La ruse était grossière, mais simple.

Et en police, comme en toutes choses, ce qui est simple réussit

fatalement.

M. Jumelle avait une seule carte contre lui dans cette partie qu'il

jouait si délibérément: c'était que la veuve de l'ouvrier manquât de la

distinction nécessaire pour remplir le personnage d'une grande dame.

Mais M. Jumelle connaissait ce mot de Rivarol, ce Gustave Claudin du

XVIIIe siècle:

«Toute femme, si humble qu'elle soit, saura toujours monter ou

descendre, selon que vous la conduirez en haut ou en bas.»

Il savait que, s'il affublait Jacqueline d'un nom aristocratique, d'une

rivière de diamants et d'une robe de velours, il ne viendrait à personne

l'idée de croire que la baronne de Sergaz n'existât point.

Surtout, si elle se présentait dans le parti légitimiste, apportant

généreusement son offrande à la guerre.

Or, les cinquante mille francs que la jeune femme avait remis à Berryer

avaient été pris, purement et simplement, sur les fonds particuliers du

ministère de l'intérieur, au chapitre: Dépenses secrètes.

Quant à Jacques, c'était un de ces agents de sous-ordre comme, durant

tout le règne de Louis-Philippe, la police en eut dans les maisons

qu'elle craignait.

On pourrait retrouver dans les pièces politiques de 1830 à 1835 environ,

et de 1844 à 1848, un certain nombre de dénonciations faites contre

leurs maîtres par des domestiques que la police avait attachés à leur

service.

Il fallait donner ces explications au lecteur pour qu'il pût saisir,

sans être arrêté désormais, les divers incidents de notre drame.

Les royalistes se séparèrent.

Au moment où Jean de Kardigân et Henry de Puiseux allaient quitter

l'hôtel, il fut convenu entre eux et leurs amis que toutes les

communications relatives à l'insurrection de Vendée seraient transmises

à celui-ci, puis, qu'il devait se rendre, sous peu de jours, dans cette

province.

--Grand Dieu! qu'as-tu? demanda Henry à son ami, quand ils furent seuls,

et qu'il vit la figure ravagée du marquis.

--Ah! si je te disais!

--Mais quoi?

--Attends, tu sauras tout.

Jean-nu-pieds, Vol. 1 chronique de 1832 · 第 96 / 194 题