Ainsi que l'avait voulu M. Jumelle, le poste de la place du Panthéon
s'était empressé d'envoyer une compagnie de soldats.
Restait à accomplir la besogne.
Le sous-chef de la police politique n'était pas embarrassé.
Il fit cerner la maison par ses agents, se mit lui-même à la tête des
soldats, côte à côte avec le sous-lieutenant qui les commandait, et il
frappa à la porte de la maison, comme il avait entendu frapper ceux qui
y étaient entrés.
Peut-être un malin eût-il réussi, mais pour tromper Aubin Ploguen qui
veillait, il fallait être plus que malin.
Pourtant le Breton, au lieu d'aller prévenir immédiatement les
conspirateurs, fit une chose qui, pour un moment, étonnera le lecteur.
Il alla purement et simplement éveiller le concierge et lui dit:
--On frappe à la porte. Allez donc voir ce que c'est.
En effet, à l'instant même où Aubin Ploguen prononçait ces paroles, une
voix retentissante criait de la rue:
--Au nom du roi, ouvrez!
Cet ordre eut pour effet immédiat de faire jeter à bas de son lit le
concierge qui, très-probablement, aurait continué son sommeil.
Quant à Aubin, il traversa la cour, et alla prévenir les conspirateurs
de ce qui se passait.
Pourquoi Aubin Ploguen avait-il ainsi fait ouvrir la porte?
Il avait ses raisons, nous allons les connaître.
Les soldats, précédés de M. Jumelle, se précipitèrent dans la cour.
--Fouillez partout, criait celui-ci.
Une lumière brillait à travers les vitres de la chambre où Jean et ses
amis étaient réunis.
--Ce ne peut être que là, pensa-t-il.
--Cette chambre a-t-elle plusieurs issues? demanda-t-il au concierge.
--Non, monsieur.
--Très-bien. Alors, pour en sortir, il faut passer par cette porte?
--Oui, monsieur.
Cette réponse était tellement satisfaisante que M. Jumelle se frotta le
nez avec joie.
--Eh! mordienne, je les tiens, dit-il.
--Enfoncez! ordonna le sous-chef de la police politique.
Ce fut l'affaire de deux ou trois coups de crosse. La porte vermoulue
tenait mal sur ses ais peu solides et s'éventra.