I
Le petit Alcée est âgé de dix ans. Il jouit d’un excellent renom dans le
voisinage, parce qu’il est gentil, tranquille, avenant, et surtout à
cause de son joli visage et de ses fins cheveux blonds, qui le font
ressembler à un jeune séraphin de chez le bon Dieu, détaché à l’école
des garçons de la rue de Poissy.
Le petit Alcée est l’unique enfant d’un bon vieux marchand de couleurs
alsacien, M. Auguste Aufmerksam. M. et Mme Aufmerksam adorent Alcée et,
chaque année, au 24 décembre, c’est une joie pour eux de courir les
bazars et les librairies, afin de faire revivre, le lendemain matin, la
légende du petit Noël, que le petit Alcée écoute encore avec ses yeux
ingénus, et une charmante crédulité que n’a pu entamer encore l’impiété
commandée des instituteurs primaires.
Cette année, durant que Mme Aufmerksam gardait le magasin de couleurs,
papa avait fait une bonne expédition dans Paris et revenait chargé de
colis précieux:
Une petite forge électrique,
Une réduction de machine à écraser les cailloux, qui marchait par l’air
comprimé,
Et deux beaux livres reliés en percaline, nouveautés de l’année: _Voyage
de deux enfants bretons à travers l’Ukraine_, et _Les Petits Fabricants
de fonte émaillée_.
Le soir venu, on conduit le petit Alcée à sa chambre. Il embrasse son
papa et sa maman.
--C’est ce soir, pas? p’pa! que vient le petit Noël?
Papa regarde maman...
Hum! Viendra-t-il? Le petit Alcée a-t-il été gentil ce mois-ci? Enfin,
on verra ça demain.