Au jardin.
«Qu'as-tu donc, Rose? dit Albert en voyant le visage de sa soeur tout
bouleversé.
--Hélas! Albert, répondit Rose, papa vend la maison.
--Celle-ci? demanda froidement Albert.
--Oui, reprit Rose, plus triste encore.
--Est-ce qu'il en trouve un bon prix?
--Il paraît que oui.
--Alors il n'y a pas là de quoi se désoler, au contraire.
--Ah! tu ne comprends pas cela, toi.
--Qu'est-ce... cela? Je vais aller m'informer auprès de mon père.»
--Oh! dit Rose, quand elle fut seule, c'est qu'on vend à la fois tous
mes souvenirs, toutes mes douces journées d'enfance, dont les riants
fantômes semblent voltiger dans le feuillage des arbres. Il n'y a pas
dans un jardin que des arbres et des fleurs; tout ce qui s'y passe, tout
ce qui s'y dit, a un caractère différent, part du coeur et va au
coeur. Toutes les paroles d'amour que m'a dites Léon sont restées dans
le jardin; et quand, l'été, le soir, un vent doux agite le feuillage, il
me semble dans son murmure entendre chaque feuille me redire une de ses
paroles qu'elle a conservée. Comment peut-on vendre tout cela? Et
maintenant qu'il n'y a plus pour moi de bonheur dans l'avenir ni dans le
présent, comment faut-il encore renoncer au passé?»
Et elle se mit à pleurer amèrement. «O mes beaux rosiers! dit-elle,
voici la dernière confidence peut-être que je vous ferai.»