PREMIÈRE PARTIE.

I

Vers la fin du mois d'octobre, à minuit, il pleuvait de la neige fondue;

le ciel était gris et d'une seule pièce, comme une triste et froide

coupole de plomb. C'était une de ces pluies calmes, continues, égales,

sans violence ni précipitation, qui font croire facilement qu'il pleuvra

toujours ainsi jusqu'à la fin des siècles.

A une maison près de la porte des Mariniers, à Châlons-sur-Marne, une

fenêtre s'ouvrit, et quelque chose fut poussé sur le balcon; après quoi

on referma la fenêtre. Ce quelque chose, à le regarder de plus près,

était un jeune homme à moitié vêtu. Il avait la tête nue, et les pieds

dans des pantoufles de maroquin vert. Arrivé sur la terrasse, son

premier soin fut de boutonner son habit, pour résister de son mieux au

froid et à la pluie; ensuite il chercha par quel moyen il pourrait

descendre du balcon en bas. Il faut croire qu'il n'en trouva aucun, car

à six heures du matin il était encore blotti dans un coin, immobile,

retenant son haleine, autant par la crainte de faire du bruit, que par

celle de renouveler la sensation du froid, en causant le moindre

dérangement à ses vêtements collés sur son corps par la pluie glacée qui

n'avait pas cessé de tomber.

Geneviève(#38756) · 第 14 / 158 题