C’est un bien étrange et troublant corollaire de la grande guerre que
cette création d’un «home national» juif en Palestine.
Un «home» c’est un «chez soi». National, ce «home» fera que tous les
fils des douze tribus d’Israël seront politiquement chez eux en Terre
Sainte. Et donc les non-juifs indigènes n’y seront plus que des
étrangers, plus ou moins tolérés d’abord, puis brimés, évincés,
dépossédés au fur et à mesure des arrivages israélites.
Et cela commence. Une correspondance des _Nouvelles religieuses_ du 15
juillet signale l’encombrement, par les immigrants juifs, du chemin de
fer qui relie l’Égypte à la Palestine.
Elle montre l’accaparement foncier et la pénétration des
administrations par ces nouveaux venus, la diffusion de leur langue
devenant peu à peu obligatoire. Ce n’est pas quatre, c’est vingt,
c’est cent pieds qu’ils mettent dans le «home» après les deux
premiers.
En sorte que tous les juifs du monde ont désormais deux patries... au
choix; celle de leur origine et celle que leur offre la falote
munificence de la Société _dite_ des nations. Deux patries, c’est
beaucoup. Voilà au moins des gens qu’on ne pourra plus nommer des
«sans-patrie».
Quand un juif sera fatigué de servir l’une--ou que de s’en servir
cessera d’être fructueux--il pourra porter ou demander secours à
l’autre. En temps de guerre, par exemple, ce sera très commode, car on
veillera à ce que les deux patries ne soient pas entraînées dans une
même conflagration. Très commode aussi, dans les cas de faillite ou de
«persécution» judiciaire de la part des goym: Quel «lieu d’asile» de
tout repos qu’un pays où l’on peut se sauver et être «chez soi» avec
un gouverneur juif, une police et une magistrature juives! Les lois du
Talmud sont, d’ailleurs, d’une prévoyance paternelle pour toutes ces
situations épineuses où peuvent se trouver ses fidèles.
Et puis, pour les mystiques, pour les fervents serviteurs de Jéhovah,
quelle sainte jubilation à se retrouver maîtres en cette Jérusalem où
leurs pères ont crucifié Jésus, à Bethléem où il naquit, à Nazareth où
s’écoulèrent son enfance et sa jeunesse! Quelle belle suite à donner
au _Tolle_, au _Crucifige_! Quelle revanche contre la malédiction
dix-neuf fois séculaire qui pèse sur la tête des déicides et de leurs
enfants!
C’est un peu l’Amérique et c’est beaucoup l’Angleterre qui ont voulu
ce triomphe du _sionisme_. Ce sont les fils de Richard Cœur de
Lion,--brave et versatile comme Lloyd George, traitant volontiers avec
l’infidèle et se résignant aisément aux paix ruineuses--ce sont les
descendants des Croisés qui ont eu cette paradoxale idée de donner ce
couronnement à la grande «Croisade, pour le droit et pour la liberté»,
qui consiste à imposer aux indigènes syriens un gouvernement juif avec
un Samuel Smith comme gouverneur et de convoquer tous les sémites de
l’univers pour régner en maîtres absolu en ce «chez soi» installé chez
les autres.
Rien, selon nous, ne dénote plus clairement l’emprise des ploutocrates
juifs sur le gouvernement anglais, rien sinon l’obstination du Cabinet
de Londres à vouloir traiter avec les forcenés commissaires du
bolchevisme, dont 99 p. 100 sont des juifs.
Mais cette rentrée du _peuple_ juif à Jérusalem soulève, dans l’esprit
des catholiques, des pensées plus graves.
Si cet événement se réalise vraiment et si le «home national» juif
s’établit complètement, ce sera un fait capital dans les destinées du
monde.
En prédisant avec une saisissante précision de détails la ruine de
Jérusalem et du Temple, telle qu’elle eut lieu une quarantaine
d’années plus tard (en 70), sous les ordres de Titus, Jésus dit des
Juifs: «Ils tomberont sous le tranchant du glaive, ils seront emmenés
captifs parmi toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds
par les gentils (les non juifs) _jusqu’à ce que les temps des nations
soient accomplis_.»
Sur ce passage, Bossuet fait cette observation: «Il faut, dit-il,
remarquer ce dernier mot: _jusqu’à ce que les temps des nations soient
accomplis_. Il y a un temps des nations, un temps que les gentils
doivent persécuter l’Église, un temps qu’ils y doivent entrer. Après
ce temps, les juifs que les nations devaient jusque-là fouler aux
pieds reviendront. Et _après que la plénitude des gentils sera entrée,
tout Israël, tout ce qui en restera, sera sauvé_.»
La dernière phrase soulignée est de saint Paul. (_Rom._, XI, 25-26.)
Tous les grands interprètes la rapprochent, comme Bossuet, du texte
évangélique cité plus haut. D’après eux, lorsque les peuples non
israélites auront parcouru les divers stades que leur assignent les
décrets divins, quand la plénitude des nations sera entrée dans
l’Église ou aura reçu l’annonce de l’Évangile, la miséricorde de Dieu
se retournera vers les restes d’Israël, les rassemblera et les
ramènera à la vraie foi. Jérusalem, pensent-ils, et, parmi eux, saint
Thomas d’Aquin, cessera alors d’être sous la domination des nations et
redeviendra la capitale d’Israël. D’autres sont plus précis et
trouvant dans _Ézéchiel_ (XXVIII-XXIX) le tableau allégorique de la
dernière attaque des nations impies contre l’Église, déduisent de tous
ces textes que les juifs réunis de nouveau en corps de nation sur le
sol de la Palestine et manifestant alors leurs velléités de conversion
au véritable Messie, seront attaqués à l’improviste par une ou
plusieurs puissances antichrétiennes (arabes et musulmanes par
exemple), dont la défaite, due à une intervention manifeste de Dieu,
hâtera la conversion d’Israël à Jésus-Christ.
Quoi qu’il en soit de ces interprétations, il est certain que dans le
texte évangélique, ces mots qu’il faut remarquer, dit Bossuet:
«Jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis», sont
immédiatement suivis de la description grandiose de la fin du monde,
de l’avènement du Fils de l’Homme et du jugement dernier: _Et erunt
signa!_
Évidemment, il y aurait témérité à tirer de ces rapprochements des
conclusions formelles, attendu que Jésus a eu soin de prévenir que de
ces événements nul, pas même les anges, ne connaît ni le jour ni
l’heure. Mais nous en profiterons pour rappeler la leçon morale que le
divin Maître en déduit:
«Veillez sur vous-mêmes de peur que vos cœurs ne s’appesantissent par
les excès de jouissances et par les soucis de la vie, et que ce jour
ne fonde sur vous à l’improviste. Veillez et priez sans cesse afin que
vous soyez dignes de triompher de tous ces maux et de paraître debout
devant le Fils de l’Homme.»