Entre les choses dont la Noblesse et le Peuple sont le mieux d'accord,
c'est d'amasser du bien si faire se peut, et de fuir la pauvreté. Les
Philosophes[27] considèrent que la vertu ne s'acquiert pas avec les
biens; mais qu'au contraire, c'est assez souvent la vertu qui nous fait
obtenir des biens. Et pour le regard de la pauvreté, l'Ecclésiastique ne
laisse rien à dire pour l'esviter, quand il asseure qu'il vaut mieux
mourir, que d'y tomber: _Fili, in tempore viæ tuæ ne indigeas, melius
est enim mori, quant indigere_. C'est pourquoi nous voions que tout le
monde veut devenir riche en quelque manière que ce soit,
_Unde habeat quærit nemo, sed oportet habere_.
L'homme le plus vertueux, le mieux sensé, et de la plus haute
extraction, s'il est mal vestu, et que ses habits soient percez au
coude, n'oseroit parler en bonne compagnie, au péril qu'il courroit
d'estre moqué au mesme tems qu'on applaudit aux discours impertinens
d'un fat, qui a les rieurs de son costé, parce qu'il s'est richement
paré.
_Et genus, et virtus, nisi cum re vilior alga est_[28].
Car cette Res des Latins qui se trouve dans l'opulance, donne des amis
et des fauteurs partout, _Res amicos invenit_, comme le fait si
à-propos remarquer ce vieillard Antipho dans le _Stichon_ de Plaute[29].
C'est ici un lieu trop commun parmi les sçavans, et trop facile à estre
amplifié, pour s'y arrester davantage. Mais il n'a pas esté moins aisé,
à ceux qui l'ont voulu contredire, de prendre le parti, sinon d'une
extrême indigence, au moins d'une tolérable et honneste pauvreté.
_Culmen liberos tegit_, ont-ils dit après Sénèque, _sub marmore atque
auro servitus habitat_. Un peu de nécessité aiguise l'esprit; elle a ses
gaietez plus parfaites souvent, et plus fidelles, que ne les a
l'abondance. Et Dieu soit loué qu'il y ait des jours dans la vie, où le
riche porte envie à la condition du pauvre! En vérité quelqu'un n'a pas
mal rencontré d'escrire, qu'on voit la pluspart des grands richars
tenir dans leurs coffres le rachat des captifs, la liberté des
prisonniers, la santé des malades, la joie des affligez, et la vie des
languissans, sans qu'on puisse reprocher une telle malédiction à ceux
que la Fortune a moins favorisez. Je me trompe de parler ainsi de cette
Déesse aveugle. Le Bien, la Noblesse, et la Science mesme, sont des dons
du Ciel, qui les jette parfois, dit Epictète, comme l'on fait des noix
et des figues aux enfans, sans qu'il faille se battre comme eux à qui en
aura le plus, quoiqu'il soit permis de s'en prévaloir quand ils se
présentent à vous, et qu'on le peut faire civilement. En effet le Chef
des Gymnosophistes Mandanis ne pouvoit prononcer un plus bel axiome, que
celuy que nous lisons de luy dans Strabon, qu'il n'y a point de maison
plus à estimer, que celle qui se contente de peu, se passant de ce dont
les autres abondent. Car on peut soustenir qu'il est mesme parfois
avantageux, de diminuer ses richesses, pour devenir plus riche, et
d'imiter le bon vigneron, qui coupe la vigne pour la faire mieux
produire. La pensée de Pline est excellente là-dessus dans la Préface du
quatorzième Livre de son _Histoire naturelle_, que les Sciences et les
Arts Libéraux sont tombez de la liberté qui leur avoit donné le nom,
dans la servitude, en ce qu'autrefois les plus accommodez des biens de
Fortune, se plaisoient à cultiver leurs esprits, chose que l'opulence a
depuis empeschée, _rerum amplitudo damno fuit_. Car il est arrivé que
les hommes seuls qui se sont veus réduits à la pauvreté et à la
servitude, ont fait valoir les Arts et les Sciences, parce qu'ils
n'avoient que ce seul moyen pour se faire considérer, et pour subsister:
_Quadam sterilitate fortunæ necesse erat animi bona exercere._ C'est
ainsi que parle Pline, et qu'on balance toutes choses.
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_Rogatus Antisthenes quidnam ex philosophia lucratus esset, mecum, ait,
colloqui posse_, [Grec: to dynastai heautô homilein].
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_Qui plura novit, eum majora sequuntur dubia._ Arist.
_Extrait du Privilége_
PAR Lettres de Privilége du Roy, en datte du 9 Mars 1651, signées
CONRART, il est permis à Monsieur DE LA MOTHE LE VAYER, Conseiller du
Roy en ses Conseils, de faire imprimer, vendre, et débiter _tous les
Traitez_, _Lettres_, _Opuscules_, _et autres pièces de sa composition_,
par tel Imprimeur ou Libraire qu'il voudra choisir, conjointement ou
séparément, en un ou plusieurs volumes, en telles marges, en tels
caractères, et autant de fois que bon luy semblera, durant l'espace de
vingt ans: Et défenses sont faites à toutes personnes, d'imprimer,
vendre, ni débiter aucun de ces Traitez, et Opuscules, sans son
consentement, ou de ceux qui auront droit de luy, sur peine de trois
mille livres d'amende, et autre plus grande, ainsi qu'il est plus
amplement spécifié par lesdites Lettres.
_Achevé d'imprimer_